Quels sont, pour un prince animé de la seule pas
382 TRAITÉ POUTIQUE.
sion de dominer, les moyens de conserver et d'aflfermrr son gouvernement ? c'est ce qu'a montré fort au long le très-pénétrant Machiavel; mais à quelle fin a-t-il écrit son livre ? voilà ce qui ne se montre pas assez clairement ; s'il a en un but honnête , comme on doit le croire d'un ^ homme sage, il a voulu apparemment faire voir quelle ! est l'imprudence de ceux qui s'efforcent de supprimer un tyran, alors qu'il est impossible de supprimer les causes qui ont fait le tyran, ces causes elles-mêmes devenant d'autant plus puissantes qu'on donne au tyran de plus grands motifs d'avoir peur. C'est là ce qui arrive quand une multitude prétend faire un exemple et se réjouit d'un régicide comme d'une bonne action. Machiavel a peut-être voulu montrer combien une multitude libre doit se donner de garde de confier exclusivement son salut à un seul homme, lequel, à moins d'être plein de vanité et de se croire capable de plaire à tout le monde , doit redouter chaque jour des embûches, ce qui l'oblige de veiller sans cesse à sa propre sécurité -et d'être pins occupé à tendre des pièges à la multitude qu'à prendre soin de ses intérêts. Jlncline d'autant plus à interpréter ainsi la pensée de cet habile homme qu'A a toujours été pour la liberté et a donné sur les moyens de la défendre des conseils très-salutaires.