XLVIII APPENDICE
génie, jaloux du droit qu'ils croient avoir d'être infaillibles dans leur choix, crient contre un bruit qui les offense, et n'oublient rien de ee qu'ils savent pour l'étoufTer dans sa source. Mais quoi qu'ils fissent, le mal croissait de telle sorte qu'on était sur le point de voir une guerre civile dans l'empire des lettres, lorsqu'il fut arrêté qu'on prierait notre philosophe de s'expliquer ouvertement à l'égard do M. Descartes. M. de Spinoza, qui ne demandait que la paix, donna volontiers à ee travail quelques heures de son loisir et le fît imprimer l'an 1663.
Dans cet ouvrage il prouva, géométriquement, les deux premières parties des Prmcipef de M. Descartes ', de quoi il rend raison dans la préface par la plume d'un de ses amis'. Mais quoi qu'il ait pu dire à l'avantage de ce célèbre auteur, les partisans de ce grand homme, pour le justifier de l'accusation d'athéisme, ont fait depuis tout ce qu'ils ont pu pour faire tomber la foudre sur la tête de notre philosophai usant en cette occasion de la politique des disciples de saint Augustin, qui; pour se laver du reproche qu'on leur faisait de pencher vers le calvinisme, ont écrit contre cette secte les livres les plus violents. Mais la persécution que les cartésiens excitèrent contre M. de Spinoza et qui dura autant qu'il vécut, bien loin de l'ébranler, le fortifia dans la recherche de la vérité.
11 imputait la plupart des vices des hommes aux erreurs de renteodément, et, de peur d'y tomber, il s'enfonça plus avant dans lasolitude, quittant le lieu oh il était pour aller à Yooburg^, où il orut qu'il sertit plus en repos.
Les vrais savants, qui le trouvaient à dire aussitôt qu'ils ne le voyaient plus, ne mirent guère à le déterrer, et l'accablèrent de lenn visites dans ce dernier village, comme ils avaient fait dans le premier. Lui, qui n'était pas insensible au sincère amour des gens de bien, eédi à l'instance qu'ils lui firent de quitter la campagne pour quelque ville o& ils pussent le voir avec moins de difficulté. 11 s'habitua donc à la fUj9, qu'il préféra à Amsterdam, à cause que l'air y est plus sain, et fl ? demeura constamment le reste de sa vie.
D'abord il n'y fut visité que d'un petit nombre d'amis qui en osaieil modérément ; mais cet aimable lieu n'étant jamais sans voyageurs «P^ cherchent à voir ce qui mérite d'être vu , les plus intelligents d'ealre eux, de quelque qualité qu'ils fussent, auraient cru perdre leur voysf^ s'ils n'avaient pas vu M. de Spinoza.
Et comme les effets répondaient à la renommée , il n'y a point ^ savant qui ne lui écrivît pour être éclairci de ses doutes. Témoii <> grand nombre de lettres qui font partie du livre ^ qu'on a iinprl*^ après sa mort. Mais tant de visites qu'il recevait , tant de réponses qi*! avait à faire aux savants qui lui écrivaient de toutes parts , et m •■'
1. Cet ouvrage est intitulé: Renati Descartes Principiwrum pMlosophùtff^ I, U, more geometrico demonstraive, per Benedictum de Spinosa et apad lo^ Rieuwertz, 1663.
f • Cet ami est M. Louis Me ver, médecin d'Amsterdam.