‹ Œuvres de Spinoza (volume 5)Chapitre 4 sur 109 · I. C*cit on eitrait da Dictionnaire de Bayle · texte numérisé non relu

I. C*cit on eitrait da Dictionnaire de Bayle

VI LA VÏË Dt SPmOZA.

ice qui l'ayant obligé à se tenir snr ses gardes et à s'<?carter, il ^yita le coup, qui porta seulement dans ses 'habits. Il gardait encore Taîors le justaucorps percé du coup, en mémoire de cet érénement. Cependant, ne se croyant plus assez en strrété à Âmslerdam, il ne songCBit qu'à *e retirer en quelque lautre lien à 'la première occasion; car il voulait d'ailleurs poursuivre ses études -et ses méditations physiques dans quelque retraite i^aisible et éloignée du 'bruit.

LES lOlFS L EXCOMMDKIEKT.

Il s'était à peine séparé des juifs et de leur communion qu'ils le poursuivirent juridiquement selon leurs lois ecclésiastiques et l'excommunièrent. Il ^ avoué plusieurs îoÎB que la chose s'était ainsi passée, et déclaré que depuis il avait rompu toute liaiiron et tout commerce avec eux. C'est aussi ce dont M. Bayle convient, ai^ssi bien que le doCiteur'Musœus. Des juiTis d'Amsterdam, qui ont très-bien connu Spinoza, m'ont pareillement confirmé la vérité de ce fait, ajoutant que c'était le vieux Chacham Abuabh, rabbfn alors de grande réputation parmi eux, qui avait prononcé publiquement la sentence d'excommunication. J'ai sollicité inutilement les fils de ce vieux rabbin de me communiquer cette sentence ; ils s'en sont excusés sur ce qu'ils ne l'avaient pas trouvée parmi les papiers de leur pèrtt, quoiqu'il me fût aisé de voir qu'ils n'avaient pas envie de s'en dessaisir ni de la communiquer à personne.

II m'est arrivé ici, à la Ilayc, de demander un jour à un savant juif quel était le formulaire dont on se servait pour interdire ou excommunier un apostat. J'en eus pour réponse qu'on le pouvait lire dans les écrits de Maimonides, au Traité Bilcofh ThalmuA Thorah, chapitre 7, v. 2, et qu'il était conçu en peu de paroles. Cependant c'est le sentiment commun des interprètes de l'Écriture qu'il y avait trois sortes d'excommunication parmi les anciens juifs ; quoique ce sentiment ne soit pas suivi par le savant Jean Seldenus, qui n'en établît que deux dans son Traité (latin) du San-hédrin des anciens Uébreux, livre i, chapitre 7, page 64. Ils uonv maicut Aidduï la première espèce d'excommunication, qu'ils partageaient en deux brauches : prem\èremeu\, oii?>è\iîim\.l<iCQupablo o/ on lui fermait l'entrée de la svTiagogu^i \iO\ÏLt xsliv^ ?>^mmfc,^>^\^*

iîA VIS DB SPIKOZA. VYl

«)il vrdirifait wpawttnl une ttétère répriwinde et Tawr fortett€m exhorté i «e repmitir et i «e mettre en état d*obten?r 'te fsrdoft de^M -faote. A t^i n'ayant '{nis sattofait, cm loi donnait wome trente jon» on «n ttoin ikhiit rentiret en loi-fiiême.

•Pifidant^ t€a^»4à 9 lui ^taft défendn d'approcher personne iDnsi^yès'éetiifltini^dfk'piii, et pei«onne n'osaHnon plaa atok «msà coimnoroe'aTteo kn,«e«oopté«eHk qnî loi apporiaiettt à bolfe tft'i^aiigi^r; ^et ieette intevdîotîon était nommée rexeommnnioa^ tion ^ninenr^ M. HoUnan, âêm son Lexlam, tome II, pa(|e'2i^, i^e'^'iionatfiiéleind* à un ohtf^m de boire et manger aifec nti 4SI 4tiDttime'0n û^ «se 4«Yer dans an même bain ; qa'il ponvait cef«Mtatll> «'il ^^mM, ae itooter Mtam •assemblées pour y écouter seulement et pour s'instruire. Maîa «i, pendant ce terme d'an IMia, ai 4iti uafesait «n Uto, 'on 4ai réfasait la circoncision ; et si -Mtieiifiint'voflaît à «ourir, il n*'était pas permis de le pleurer ni 'dSob itânoigmer afncnn deuil ; an contraire^ pour marque d'une étemelle iniamie, ils con?faient d'un monceau de pierres le lien (^ il était Hihumé/on bien ils y roulaient une seule pierre ettrènemeiit drosse do«it œ même lien était courert.

U. ôoerée^idansaon livre intitulé Antiquités judàiquês, tome I, ftgaêiAj sotttient que parmi les Hébreux personne n'a jamais été t>ani 'â'vne inte^iotion on excommunication particulière^ n'y À^t riea de ^semblable parmi eux qui fût en usage; mais presque laos les ifitlerprètea des saintes Écritures enseignent le contraire, ctoaien ^U-ouTtua npen, soit jnifo -on chrétiens, qui approuvent son sentiment.

La seconde «spèee d'interdiction on excommunication était ap- {leié'CAtfrfin.'G'étaitiin bamûssement de la synagogue accompagné d'àoiriiiles^BAalédiolioas, prises pour la plupart du Doutérouome, diaptre U%, ic'est là le aentiment du docteur Dilherr, qu'il explique «a^gau tomeiI,JMs/>. «e^ tt PhiMag^^ page 319. Le savant UgklSooit, fur la première ÉpitrBmuc Cm-înthiens, 5, ^, au 4oneII 4td iMBeenvro8> page 890, enseigne «pie cette interdiction on ban- «iiaementélaiimise'aiitrefais en nsage lorsque, le termede trente jiMOS «spire, te coupable ne se présentait point pour reconnaître sa faute; et c'est là, selon son sentiment, la seconde branche 4a>l^iatenliction ou excommunication mineure. Les nwlédictions •|aî 7 délaient métrées ^étasent tirées de la loi deUoiift, «X^iX»&

?m LA VJE DE SPÎP^OZA.

des juifs, dftDs une de leurs assemblées publiques. On allumait alors des cierges ou cliandelles, qui brûlaient pendant toul le temps que durait la lecture de la sentence d'ejccomm uni cation ; laquelle étant finie, te rabbin éteignait les cierges, pour marquer parla que ce malbenreux bommc était abandonné à son sens réprouvé et eutiÊrement privé de la lumière divine* Après une pareille interdiction, il n'était pas permis au conpabîe de se trouver aux assemblées, même pour s'instniire et pour écouter* Cependant on lui donnait encore un nouveau délai d'un mois, qui s'étendait ensuite jusqu'à deux et trois» dans respérance qull potirrait rentrer en lui-même et demander pardon de ics fautes; tnais lorsqu'il n*en voulait rien faire, on fulminait enfin la troisième €l dernière excommunication^

C*est cette troisième sorte d*excommunication qu'ils appelaient Schammatha. C'était une interdiction ou bannissement de leurs assemblées ou synagogues, sans espérance d'y pouvoir jamais rentrer; c'était aussi ce qu'ils appelaient d'un nom particulier leur grand anathème ou bannissement. Quand les rabbins le publiaient dans rassembla -Ct ils Vivaient, dans les premiers temps, accoutumé de sonner du cornet, pour répandre ainsi une plus grande terreur dans l'e.^pril des assistants. Par cette excommunication, le criminel était privé de toute aide et assistance de la part des hommes, aussi bien que des secours de k grâce et de la miséricorde de Dieu, abandonné à ses jugements les plus sévères, et livré pour jamais a une ruine et une condamnation inévitablei. Plusieurs esliment que cette excommunication est la même que celle dont il est fait mention en VÉpilre i aux Corinthient, cbipitre 10, vcrget 22^ où l" apôtre la nomme Maranatha. Voici le passage: <S11 y a quelqu'un qui n'ai me pas le Seigneur Jésus, qu'ilsoit 1» anatlièmc mabaram motha ou maranatba; i c'est-à-dire qu'j^ soit anatbème ou excommunié à jajmis ; ou» suivant rexplicatl^l de quelques autres, le Seigneur vient, à savoir, pour juger flW - excommunié et pour le punir. Les juifs avancent que le bienheu^ rcux Ënocb est l'auteur de cette excommunication, et que c'est i iui qu'ils ta tiennent, et qu elle a passé jusqu'à eux par une tra tioû certaine et incontestable.

A l'égard des raisons pour lesquelles quelqu'un pouvait è|| e^cûmmomé, les docteurs juifs en i-apportent deux princlpa suîmm le témoigmg& de LigMoûl aulm mtm'^ ^li^a nous aTOfl

LÀ VIE DE SPINOZA. a

cité^ à savoir, pour dettes ou à cause d'une rie libertine et épicurienne.

On était excommunié pour dettes lorsque le débiteur condamné par le juge à payer refusait cependant de satisfaire à ses créanciers. On l'était pareillement pour mener une yie licencieuse et épicurienne; quand on était conTaiucu d'être blasphémateur, idolâtre, violateur du sabbat ou déserteur de la religion et du service de Dieu. Car au Traité du Talmud sanhédrin, folio 99, un épicurien est défini un homme qui n'a que du mépris pour la parole de Dieu et pour les enseignements des sages, qui les tourne en /tidîcule, et qui ne se sert de sa langue que pour proférer des choses mauvaises contre la majesté divine.

Ils n'accordaient aucun délai à un tel homme. II encourait l'excommunication, qu'on fulminait aussitôt contre lui. D'abord il était nommé et cité le premier jour de la semaine par le portier I de la synagogue; et comme il refusait ordinairement de comparaître, celui qui l'avait cité en faisait publiquement son rapport en ces termes : « J*ai, par ordre du directeur de V École, cité lf> N., qui n*a pat répondu à la citation, ni voulu comparaître. » On procédait alors par écrit à la sentence d'excommunication, qui était après signifiée au criminel et servait d'acte d'interdiction ou bannissement, dont chacun pouvait tirer copie en payant. Mais sll arrivait qu'il comparût et qu'il persévérât néanmoins dans ses sentiments avec opiniâtreté, son excommunication lui était seulement prononcée de bouche ; à quoi les assistants joignaient encore l'afihront de le bafouer et de le montrer au

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Outre ces deux causes d'excommunication, le savant Lightfoot, an lieu ci-devant cité, en rapporte vingt-quatre autres, tirées des écrits des anciens juifs; mais ce qu'il dit sur ce sujet nous mènerait trop loin, et est d'une trop grande étendue pour être inséré ici.

Enfin, à l'égard du formulaire dont ils usaient dans les sentences d'excommunication publiées de bouche ou exprimées par écrit, voici ce qu'en dit le docteur Seldenus, au lieu déjà cité, F^ge 59, et qu'il a tiré des écrits de Maimonides : < On énonçait pieoiièrement le crime de l'accusé, ou ce qui avait donné Ue\ii 1% poursuite qu'on faisait contre lui; à quoi on ^o\^ik^\V ^Tm\\fe ^MàïédJctJons conçues en peu de paroles : Cet ïiomme, N% Nm

"X 'LA VIE UE mrxGik.

soit excommunié de Texeommunieàtion Niddùi, Cherem ou Scham^ matha; qu'il soit séparé^ banni, ou entièrement extirpé du milieu tie nous. »

'J'âr longtemps cherché quélqû'inidesïOTmulàires dont les juîfti usaient dans ces sortes d'excommunications/ mais c'a été inutilement; il li'y a poirtt de juif qui àitpu ou voulu m'en communi.quer aucun. HaiB enfin le savaritUf. Surenbusius, professeur des langues orieiitales dans Técôle illustre d^Amsterdam, et qui a une parfaite connaissance des contumes et des écrits des juifs, m'ji mis en main 'le formulaire 'de l'excommunication ordinaire ^t générale dont ils se «errent pour retrancher de leur corps tous ceux qui TÎYent mal et désobéissent i la loi. Il est tiré du xë- ^moniàl des juifs nommé Cdlbo, et il me l'a donné traduit en lalin. On peut cependant' le lire dans Séldenus, page 524,' liyreï, chapitre 7 de son traité De jurenâturœ et gentium,

Spinoza s'étant séparé ouvertement des juifs, doift il avait auparavant irrité les docteurs en les contredisant et découvrant leurs fourberies ridicules, onne doit pas s'étonner s'ils le firent passer pour un blasphémateur, un ennemi de la loi de Dieu et nn apostat, qui ne s'était retiré du milieu d'eux que pour se jeter entre les bras des rnïîdèles; et il ne faut pas douter qu'ils n'aient ftfl- j miné contre'lui la phis terrible des excommunications. C'est aussi j ce qui m'a été confirmé par un savant juif, qui m'a assuré qu'an cas que Spinoza ait été excommunié, c'était certainement Tana- • thème 'Schammatha qu'on avait prononcé contre lui.' Mais Spinosa n'étant pas préseilt à celte cérémonie, on mit par écrit sa sentende | d'excommunication, dont copie lui fut signifiée. Il protesta contre i cet acte d'excommunication, et.y^t une réponse en espagnol qui i tilt adressée aux rabbins, ^t qu'ils reçurent comme nous le mar- : guerons dans 1a suite.

snimzA ArpRtMD tmnufrrfBii'OO aat «KcAinfDfe.

Xa loi et les anciens docteurs juifs marquent expressément qui j

* ne suffit pas d'être savant, mais qu'on doit en outre s'exeïot 2

dans guelque art mécanique ou profession , pour s'en pouvoir aiiltf i

à tout événement et y gagner de c^aoi ^xibsister. C'est ce que àfi t

positivement Baban Gamàliel dan* \^ '^mV^ ^m ToXm^A VVtl»

AMii^ otef>itre 2i.où il eiia(Wgaft.qner;étade.dfila loi est quelque cktm à»JQn»eadéâirAbleior8qD'Qayj,(MiU,iuie profeasionoaquelqfue». aiÉi mAea» quel . car, . (kuH, , rapj^icatioa- conf iuuelle. à ces. doux en«BÎeeflr>faitiqiL^ii=D'6a.a.poifit^pi»ur faire.le mal et qu*oa Toulitfac; eéi toui SMrant' qui iMij^iMftppp&sAttcié dlappreniie qu^lqua^ pi»teflmiudt?iMit:à UitaïUfitfawmne dJMi{)é. ei. dételé, eu. ses. mœurs; et le rabbin Jéhuda ajoute que-. totti.hoiDine qj^,nafait. pas apprendre un métier à ses enfants fait la même chose que s*i] les instruisait à deyeuir voleurs de grand chemin.

Spinoza, savant dans la loi et dans les contumes^dè» anoièns, n'ignorait pas ces maximes et ne lès oublia pas, tout séparé des joins. et excommunié qu'il était. Gomme elles sont fort sages et iiaisonnables, jU.en fît son profit, et apprit un artméCttiriqoe'aTnit d'eiohrasser.une vlé tranquille et retirée^, comme il y était résolm. Uapprit donc à faire des verres- pour dès lunettes d*ftpprocbe 'et' pour d'autres usages,. et il Y. réiissitsi'parfôitement qTiVyirs*adre8*> s^dè tous côtés à lui pour. en acUeter^ ce qui Ifii. fournil^ suffit Sdmmeut de quoi vivre et s*entJ:etenir. Oh en trouva dans-son c»biuet» après sa mort, encore un bon nombre quHl avaitpolis; et ik. forent vendus assez cher, comme on peut le jintifii^rptr le' i^gislre du crieur public (|ui assista à sob iârentaite et à -la Tente km meubles.

^prèas*ètre perfectionné dans cet art; il s^tt&elAt au dèssinr; q^'iî. apprit de lui-même, et il réussit bièu à tracer un portrait aiec de.r.eocre ou du charbon. J*éi entre lès maihs' un livre entierde semblables portraits, où Ton. en trouve de plusieurs per*> aoutes distinguées qui lui étaient connues ou qui avaient 'eu oc* casion de M &ire visite. Parmi ces portraits je trouve à la qQa> tcièioe. feuille un pêcheur dessiné en chemise, avec un filet sur l'épiiule. droite* tout à fait, semblable pour TèLttifude au fameux (ief des rebelles de Naples, Masaniellô, comme il'est reprééeuté dans lliistoire et en taiUe-douce. A Toccasiôn dé ce dessin, je ne dois pas omettre que le sieur Van der Spyck, chez qui Spinoza logeait lorsqu'il est mort, m'a assuré que ce crayon ou portrait ressemblait parfaitement bien à Spinoza, et que c'était assurément d'après lui-même ifu'il l'avait tiré» Il «l'est ipafr. nécessaire de faire iftentiou des personnes distinguées dont les portraits crayonnés tittouvent pareillement dans ce livre pfufmi ses autres dQ^^vxi<&«

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