‹ Œuvres de Spinoza (volume 5)Chapitre 45 sur 109 · DES MIRACLES · texte numérisé non relu

DES MIRACLES

De même que les hommes appellent divine toute science qui surpasse la portée de l'esprit humain, ils voient la main de Dieu dans tout phénomène dont la cause est généralement ignorée. Le vulgaire en effet est persuadé que la puissance et la providence divines n'éclatent jamais si visiblement que lorsqu'il arrive dans la nature quelque chose d'extraordinaire et qui choque les idées reçues , surtout si l'événement tourne au profit et à l'avaatage des hommes. Aussi rien ne prouve plus clairement aux yeux du peuple l'existence de Dieu que l'intecruption soudaine de l'ordre de la nature ; et de là vient que ceux qui exphquent toutes choses, ei ixito^ les nûradeii, par des causes naturelles, et &'efiot^:^XL\ ^«&

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les comprendre, sont accusés de nier Dieu, ou du moins la providence de Dieu. Tant que la nature suit son cours ordinaire, on s'imagine que Dieu ne fait rien ; et céciproquement, pendant que Dieu agit, la puissance de la nature semble suspendue et ses forces oisives, de façon qu'on établit ainsi deux puissances distinctes Tune de l'autre, celle de Dieu et celle de la nature, laquelle toutefois est déterminée par Dieu d'une certaine façon, ou, comme Ja plupart. le croient maintenant, créée par lui. Mais qu'entend -on par chacune de ces puissances, Dieu et la nature ? voilà ce que le vulgaire ne sait pas; la puissance de Dieu, c'est pour lui quelque chose comme l'autorité royale ; la nature, c'est une force impétueuse et aveugle. Le vulgaire donne donc aux phénomènes extraordinaires de la nature le nom de miracles, c'est-idire d'ouvrages de Dieu, et soit par dévotion, soit en haine de ceux qui cultivent les sciences naturelles, Use complaît dans l'ignorance des causes, et ne veut entendre parler que de ce qu'il admire, c'est-à-dire de ce qu'il ignore. Le seul moyen pour lui d'adorer Dieu et de rapporter toutes choses à son empire et à sa volonté, c'est de supprimer les causes naturelles, de bouleverser l'ordre des choses, et de se représenter la puissance de la nature enchaînée par celle de Dieu-

Si l'on cherche l'origine de ces préjugés, il faut, à ce qu'il me semble, remonter jusqu'aux premiers Hébreux. On sait que les nations païennes de cette époque adoraient des dieux visibles, comme le Soleil, la Lune, la Terre, l'Eau, l'Air, etc. Pour les convaincre d'erreur, pour leur montrer que ces divinités faibbîs et changeantes étaient sous l'empire d'un Dieu invisible, les Hébreui racontaient les miracles dont ils avaient été témoios, s'efforçant de prouver en outre par ces récits que le Dieu qu'ils adoraient gouvernait la nature entière pour leur seul avantage. Cet exemple a séduit si fortement les hommes qu'ils n'ont pas cessé depuis lors d'imaginer les miracles; chaque natiou a \o\x\w\^vc^ ct^w^ ^'^Ue est

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pins chère à Dieu que toutes les autres, que Dieu a tout créé pour elle, et qu'il dirige tout vers cet unique dessein. Voilà l'excès d'arrogance où la stupidité du vulgaire s'est portée. Dans la grossièreté de ses idées touchant Bien et la nature, il confond les volontés de Dieu avec les désirs des hommes, et se représente la nature si bornée que l'homme en est la partie principale. Mais e'est assez parler des opinions et des préjugés du vulgaire sur la nature et les miracles; j'arrive aux quatre principes que je me propose de démontrer ici dans l'ordre suivant. 1* J'établirai d'abord que rien n'arrive contre l'ordre de la nature, et qu'elle suit sans interruption nn cours étemel et immuable ; j'expliquerai en même temps ce qu'il faut entendre par miracle. 2^ Je prouverai ^e ce ne sont point les miracles qui peuvent nous faire connaître l'essence et l'existence de Dieu, ni par conséquent sa providence, toutes ces vérités se comprenant l)eaucoup mieux par Tordre constant et immuable de la nature. 3* Je prouverai par plusieurs exemples tirés de l'Écriture que l'Écriture elle-même n'entend rien autre chose par les décrets, les volontés de Dieu, et conséquemment par sa providence, que l'ordre même de la nature qui résulte nécessairement de ses étemelles lois. 4* Je traiterai en dernier lieu de la manière d'interpréter les miracles de l'Écriture, et marquerai les points principaux qu'il convient de considérer dans le récit de ces miracles. Tels sont les divers objets qui feront la matière du présent chapitre, et, si je ne me trompe, il n'en est pas un qui ne doive beaucoup servir au dessein que je me propose dans tout cet ouvrage.

Pour établir mon premier principe, il me suffît de rappeler ce que j'ai démontré au chap. iv, sur la loi divine, savoir : que tout ce que Dieu veut ou détermine enveloppe une nécessité et une vérité éternelles. L'entendement de Dieu ne se distinguant pas, nous l'avons prouvé, de sa volonté, dire que Dieu veut une cliose om ^vt^ o^'^ /s pense, c'est afîrwer exactement la mèmei cViOs^- ^^

conséquence, la même nécessité en vertu de laquelle il suit de la nature et de la perfection de Dieu qu'il pense une certaine chose telle qu'elle est, cette même nécessité, dis-je, fait que Dieu veut cette chose telle qu'elle est. Or, comme rien n'est nécessairement vrai que par le seul décret divin, il est évident que les lois universelles de la nature sont les décrets mêmes de Dieu, lesquels résultent nécessairement de la perfection de la nature divine. Si donc un phénomène se produisait dans l'univers qui fût contraire aux lois générales de la nature, il ^ serait également contraire au décret divin, à rintclligence et à la nature divines ; et de même si Dieu agissait contre les lois de la nature, il agirait contre sa propre essence, ce qui est le comble de l'absurdité. Je pourrais appuyer encore ma démonstration sur ce principe, que la puis-' sanoe de la nature n'est, en réalité, que la puissance même et la vertu de Dieu, laquelle est le propre fond de l'essence divine ; mais ce surcroît de preuves est présentement superflu. Je conclus doue qu'il n'arrive rinn dans la nature^ qui soit contraire à ses lois universelles, rien, dis-je, qui ne soit d'accord avec ces lois et qui n'en résulte. Tout ce qui arrive se fait par la volonté de Die» et son éternel décret : en d'autres termes, tout ce qui arrive se fait suivant des lois et des règles qui cnvelo|>pent une nécessité et une vérité éternelles. Ces lois cl ces règles, bien que toujours nous ne les connaissions pas, la nature les suit toujours , et par conséquent elle ne s'écarte jamais de son cours immuable. Or il n'y a poiol de bonne raison d'imposer une limite à la puissance etâ 11 voitu delà nature, et do considérer ses lois comme appio* priées à telle fin déterminée et non à toutes les fins possibles ; car la puissance et la vertu de la nature sontU puissance même et la vertu de Dieu ; les lois et les règle* de la nature sont les propres décrets de Dieu ; il faut donc

/ . Par nature, j*ent€ndà ici, oou-MvAevA&i U nttière tvec les iffcdioai, " mie iuilmtc d'autres étrei. V^oU dt ^^MMSa )

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croire de tonte nécessité que la puissance de la nature est infinie, et que ses lois sont ainsi faites qu'elles s'étendent à tout ce que l'entendement divin est capable d'embrasser. Nier cela, c'est soutenir que Dieu a créé la nature si impuissante et lui a donné des lois si stériles qu'il est obligé de venir à son secours, s'il veut qu'elle se conserve et que tout s'y passe au gré de ses vœux : doctrine aussi déraisonnable qu'il s'en puisse imaginer.

Maintenant qu'il est bien établi que rien n'arrive dans la nature qui ne résulte de ses lois, que ces lois embrassent tout ce que l'entendement divin lui-même est capable de concevoir, enfin que la nature garde éternellement un ordre flxe et immuable ' , il s'ensuit très-clairement qu'un miracle ne peut s'entendre qu'au regard des opinions des bommes, et ne signifie nen autre chose qu'un événement dont les hommes (ou du moins celui qui raconte le miracle) ne peuvent expliquer la cause naturelle par analogie avec d'autres événements semblables qu'ils sont habitués à observer. Je pouiTais définir aussi le miracle : ce qui ne peut être expliqué par les I principes des choses naturelles, tels que la raison nous i les fait connaître ; mais comme les miracles ont été faits { pour le vulgaire, lequel était dans une ignorance absolue des principes des choses naturelles, il est certain que À les anciens considéraient comme miraculeux tout ce ■\ qu'ils ne pouvaient expliquer de la façon dont le vulgaire 4 ^plique les choses, c'est-à-dire en demandant à la mé- É^f moire le souvenir de quelque événement semblable qu'on i tit l'habitude de se représenter sans étonnement ; carie ^ Vulgaire croit comprendre sufiisamment une chose, quand ^Ue a cessé de l'étonner. Les anciens donc, et tous les hommes en général jusqu'à notre temps, ou peu s'en faut, n'ont point eu d'autre critérium des événements Miraculeux que celui que je viens de dire ; Une faut i^iar

i. yojezVÉ/Aigue, part. !, putieuUèremeni lei Pro^i. l*, \V, ^^ A*^ > '^'^^

conséquent pas douter que dans les saintes Écritures il n'y ait une foule de choses miraculeuses qui s'expliquent très-simplemenl par les principes aujourd'hui connns des choses naturelles. C'est ce que nous avons déjà fait pressentir plus haut à propos du miracle de Josué arrêtant le soleil, et de la rétrogradation de ce même astre au temps d'Achaz; mais nous traiterons bientôt plus au long cette matière de l'interprétation des miracles, qui fait en partie l'objet de ce chapitre.

Je veux établir maintenant mon second principe, qui est que les miracles ne nous font nullement comprendre ni l'essence, ni l'existence, ni la providence de Dieu, mais au contraire que toutes ces vérités nous sont manifestées d'une façon beaucoup plus claire par l'ordre fixe et immuable de la nature. Voici ma démonstration: l'existence de Dieu n'étant pas évidente d'elle-même', il faut nécessairement qu'on la déduise de certaines notions dont la vérité soit si ferme et si inébranlable qu'A n'y ait aucune puissance capable de les changer. Tout an moins faut il que ces notions nous apparaissent avec ce caractère de certitude absolue, au moment où nous en inférons l'existence de Dieu ; sans quoi nous ne pou^ rions aboutir à une conclusion parfaitement assurée. Il est clair, en effet, que si nous venions à supposer qne ces notions peuvent être changées par une puissance quelconque, nous douterions à l'instant même de leur vérité, nous douterions de l'existence de Dieu, qui se fonde sur elles ; en un mot, il n'est rien au monde dont nous pussions être certains. Maintenant, à quelles GOftditions disons-nous qu'une chose est conforme àlana-^ ture, ou qu'elle y est contraire? à condition qu'elle soBj conforme ou contraire à ces notions premières. Si donc nous venions à supposer que, par la vertu d'une certaîM, puissance, quelle qu'elle soit, il se produit dans lanataMi une chose contraire à la nature, il faudrait concevoir|

i . Voyez les Notes marginoles de Spwoia , TvsAfe 1 % .

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ette cbosc comme contraire aux notions premières, ce iii est absurde ; à moins qu'on ne veuille douter des lOtions premières, et par conséquent de Texistence de ^ieu et de toutes choses, de quelque façon que nous les »ercevions. 11 s'en faut donc infiniment que les miracles, i l'on entend par ce mot un événement contraire à Tordre le la nature, nous découvrent l'existence de Dieu ; loin le là, ils nous en feraient douter, puisque nous pour* ions être absolument certains qu'il existe un Dieu en sup- )rimant tous les miracles, je veux dire en étant convaincus lue toutes choses suivent l'ordre déterminé et immuable de la nature.

Supposons maintenant qu'on déûnisse le miracle : ce qui est incxpUcable par les causes naturelles; ou bien on entend que le miracle a au fond des causes naturelles, nais telles que l'intelligence humaine ne les peut dé* couvrir ; ou bien que le miracle n'a d'autre cause que IKeu ou la volonté de Dieu. Or, comme tout ce qui se fait |)ar des causes naturelles se fait aussi par la seule puissance et la seule volonté de Dieu, il faut nécessairement ^Q venir à dire que le miracle, soit qu'il ait des causes naturelles, soit qu'il n'en ait pas, est une chose qui ne !^t s'expUquer par une cause, c'est-à-dire une chose toi surpasse l'intelligence humaine. Or, une chose qui ^passe rintelligence humaine ne peut rien nous faire NRoprendre ; car tout ce que nous comprenons clairetent et distinctement, ou bien nous le concevons par iQtmême, ou bien par quelque autre chose qui de soi se éprend d'une façon claire et distincte. Par conséquent li miracle, c'est-à-dire une chose qui surpasse l'intelli- ■Bce humaine, ne peut nous faire comprendre l'essence P l'existence de Dieu, ni rien nous apprendre absolulient de Dieu et de la nature ; au contraire, quand nous que toutes choses sont déterminées et réglées

'la main divine, que les opérations de la nalxit^ t^ it de l'essence de Dieu, et que les lois deVum^et^

\Bes décrets et ses volontés étemelles, nous cobiiqàsU

sons alors d'autant mieux Dieu et sa volonté pénétrons plus avant dans la coiiDaissance des naturelles^ que nous les voyons dépendre plus û ment de leur première cause^ et se dévi*lopper s les éternelles lois qu'elle a données à k nature, de là qu'au regard de notre intelligence, les pliéno que nous comprenons clairûment et dislinctemen' tent bien plutôt qu'on les appelle ouvrages de I qu'on les rapporte à la volonté divine que ces m qui nous laissent dans une ignoranee absolue, bien occupent fortement rimagination des hommes frappent d*étonnetnent et d'admiration ; car enfin a dans la nature que les choses dont nous avons tm naissance claire et distincte qui nous élèvent à un naissance plus sublime de Dieu, et nous manifesl traits éclatants sa volonté et ses décrets. C'est don tablemcnt se jouer, quand on Ignore une cLose, i recourir à la volonté de Dieu ; on ne fait iiar là qti tesser Irôs-iidiculement son ignorance, IJu mirae effet, n'étant jamais qu'une chose limitée » et n'cxp par conséquent qu'une puissance également limi est certainement impossible de remonter d*un el cette nature à Texistence d*une cause mUnimen santé; tout au plus a-t-on le droit de conclure qu'il une cause plus fçrande que Tetlet produit. Jo dis i plus, car il peut arriverque, parle concours de pli causes, un effet se produise, dont la puissance, t restant inférieure à celle de toutes ces causes fi soit très-supérieure à la force de chacune d'elles, A traire, les lois de Tunivers, ainsi que nous Vûxqh montré, s'étendaut à une infinité d'objets et S6 concevoir sous un certain caractère d'été rnilé, U: qui 8e développe, en suivant ces lois, dans nui muable, est pour nous comme une tnanifestaa de i'inûnité, de rèternîté et de l'imo»! Caneiuons donc quÊ \(is m\T%.d^^ tt^ w ■ r ^ cobjualtre Dieu^ m son sxisV^ï^iï.ftiTï^'^^^^^^^^â^

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pie toutes ces vérités se déduisent infiniment mieux de 'ordre Ûxe et immuable de la nature.

En concluant de la sorte, j'entends par miracle ce qui lurpasse ou ce qu'on croit qui surpasse la portée de Tinelligence humaine. Car si Ton appelle miracle un boulerersement de l'ordre de la nature, ou une interruption ie son cours, ou un fait qui contrarie ses lois, il faut dire ilors, non plus seulement qu'un miracle ne pourrait don- 1er aucune connaissance de Dieu, mais qu'il irait jusqu'à létruirc celle que nous avons naturellement, et à nous :aire douter de Dieu et de toutes choses. Je ne reconnais ci aucune diUérencc entre un phénomène contraire à la lature et un phénomène au-dessus de la nature (par où ['ou entend un phénomène qui, sans être contraire à la nature, ne peut être produit ou effectué par elle) ; un miracle en effet ne s'accompHssant pas hors de la nature, mais dans la nature elle-même, on a beau dire qu'il est seulement au-dessus d'elle, il faut nécessairement qu'il en interrompe le cours. Or, d'un autre côté, nous concevons le cours de la nature comme fixe et immuable par les propres décrets de Dieu. Si donc un phénomène se produisait dans la nature qui ne fût point conforme à ses bis, on devrait admettre de toute nécessité qu'il leur est contraire, et qu'il renverse l'ordre que Dieu a établi dans lUvers en lui donnant des lois générales pour le régler éternellement. D'où il faut conclure que la croyance aux ndracles devrait conduire au doute universel et à l'afliéisme. Je considère donc mon second principe comme parfaitement établi, c'est à savoir qu'un miracle, de Quelque façon qu'on l'entende, contraire à la nature ou *^UHlessus d'elle^ est purement et simplement une absur- '^, et qu'il ne faut voir dans les miracles des saintes Écrits que des phénomènes naturels qui surpassent ou qu'on ^t qui surpassent la portée de l'intelligence humaine.

liais, avant d'arriver à mon troisième point, je veux ^Bufirmer par l'Écriture cette doctrine que \e% tELvt^eX^^ ^ nous font pœnt connaître Dieu. L'Écrilutô ne à^^ ^^^^

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nulle part d'une manière expresse, mais on le peut inférer de plusieurs passages, notamment de celui où Moïse (Deutéron.^ chap. xîii) ordonne de punir de mort les faux prophètes, alors même qu'ils font des miracles. Voici ses paroles : « Et bien que vous voyiez apparaître le signe, le prodige qu'il vous a prédit j etc., gardez-vous de croire (pour cela) aux paroles de ce prophète, etc., pare<* que le Seigneur votre Dieu veut vous tenter y etc. ; condamr nez (donc) ce prophète à mort, etc, » Il résulte clairement de ce passage que les faux prophètes font aussi des miracles, et que si les hommes n'étaient solidement prémunis par une connaissance véritable et un véritaUe amour de Dieu, les miracles pourraient leur faire adorer également les faux dieux et le vrai Dieu. Moïse ajoute en effet : « Car Jéhovah, votre Dieu, vous tente pour savoir si vous V aimez de tout votre cœur et de toute votre âme. o Une autre preuve que tous ces miracles, en si grand nombre, ne pouvaient donner aux Israélites une idée saine de Dieu, c'est ce qui arriva quand ils crurent que Moïse les avait quittés : ils demandèrent k Aharon de? divinités visibles, et, j'ai honte de le dire, ce fut un veao qui leur représenta le vrai Dieu, tant de miracles n'ayant abouti qu'à leur en donner pareille idée. On sait qu'Asaph, qui avait été témoin d'un si grand nombre de prodiges, douta de la providence de Dieu, et il se serait même écarté de la bonne voie s'il n'avait enfin compw la béatitude véritable (voyez psaume xxxvii). Salomonloiraême, et de son temps la prospérité des Hébreux était à son comble, Salomon a laissé échapper ce soup(0O, que toutes choses sont livrées au hasard (voyez Eeda., chap. III, vers. 19, 20, 21 ; chap. ix, vers. 2, 3, ctc.).B»' fin, c'a été pour presque tous les prophètes un mystîra plein d'obscurité que l'accord qui existe entre la i«t>W'j dence de Dieu, telle qu'ils la concevaient, et l'ordre *| la nature et les événements de la vie humaine. Qri ^\ accord a toujours été parfaitement visible pour les losophea qui s'efiorcenl d^ com^v^udre les choses

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des notions claires et non par des miracles, qoi font conâster la fôUcité véritable dans la seule vertu et dans la tranquillité de l'âme, qui enfin veulent ohéir à la nature, et non pas la faire obéir, parce qu'ils savent de science eertaine que Dieu dirige la nature suivant des lois uni- Tcrselles et non pas suivant les lois particulières de la nature humaine, en un mot que Dieu n'est pas seulement le Dieu du genre humain, mais le Dieu de la nature entière. Je conclus donc de tout ce qui précède que, d'après rËcriture elle-même, les miracles ne donnent point de Dieu une connaissance vraie, ni de sa providence nn clair témoignage. Je sais bien qu'il est souvent dit dans l'Écriture que Dieu a fait des prodiges pour se faire connaître aux hommes ; ainsi dans VFxode (chap. X , vers. 2), Dieu trompe les Égyptiens et donne des signes de son existence, aiin que les Israélites sachent qu'il est le vrai Dieu ; mais il ne résulte point de là que les miracles soient des témoignages de l'existence de Dieu ; il en résulte seulement que les Juifs avaient de telles opinions qu'ils pouvaient être facilement convaincus par des miracles de cette sorte. Nous avons en effet démontré dans notre chapitre ii que les preuves prophétiques, c'est-àdire les preuves tirées de la révélation, ne se fondent pas snr les notions universelles et communes à tous les hommes, mais, sm^les idées reçues, quoique absurdes, et sur les opinions de ceux qui reçoivent la révélation et que le Saint-Esprit veut convaincre : doctrine que nous avons confirmée par un grand nombre d'exemples, et même par le témoignage de Paul, qui était Grec avec les Grecs, et Juif avec les Juifs. Du reste, si tous ces miracles avaient le don de convaincre les Égyptiens et les Hébreux en Tertu de leurs idées habituelles, ils n'en étaient pas moins incapal)les de leur donner uno idée véritable de Dieu ; toot ce qu'ils pouvaient faire, c'était de leur prouver qu'il existe une divinité plus puissante que toutes les choses Qû tombaient sous leur connaissance, et que \>\^\3^ "^"c^asît ua 8QÎU particulier des affaires des HÈbrvivxiL, iÇQfv

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étaient alors en effet très-ilonssantes, an lien de s'occaper avec une égale sollicitade de tons les humains, ainsi qne l'enseigne la philosophie, qui seule d'ailleurs peut démontrer qu'il en est ainsi. Voilà pourquoi les Juifs et tous ceux qui ne connaissent la providence de Dieu que par l'état variable des choses humaines et l'inégalité des conditioDs, se sont persuadé que les Juifs étûent plus chers à Dieu que tous les autres peuples, quoiqu'ils ne les aient point surpassés en véritable perfection, comme nous l'avons démontré dans le chapitre m.

Mais il est temps d'arriver à notre troisième principe, qui est que les décrets et les ordres de Dieu, et par conséquent sa providence, ne sont, daùs l'Écriture, rien autre chose que l'ordre de la nature; en d'autres termes, quand l'Écriture dit qu'une chose est l'œuvre de Dien, ou qu'elle a été faite par sa volonté, elle entend que cette chose s'est faite suivant les lois et l'ordre de la nature, et point du tout, comme le croit le vulgaire, que la nature a cessé d'agir pour laisser faire Dieu, ou que son cours a été quelque temps interrompu. Du reste, l'Écriture ne s'explique jamais directement sur ce qui n'a prât de rapport à l'enseignement qu'elle veut donner, par cette raison (que nous avons déjà établie en traitant de la loi divine) que son objet n'est nullement d'expliquer les choses par leurs causes naturelles, ni de résoudre des questions de pure spéculation. Nous nous proposons donc ici d'interpréter dans notre sens certains récits de l'Écriture qui se trouvent être plus étendus et plus ci^ constanciés que les autres. En voici quelques-uns : dans le livre de Shamuel (chap. ix, vers. 15, 16) il est ditqas Dieu révéla à Shamuel qu'il enverrait vers loi Saiil ; el toutefois Dieu n'envoya pas Saiîl vers Shamuel, comme les hommes envoient d'ordinaire telle personne vers telle autre; cet envoi de Saiil accompli par Dieu fut tout sinplement l'ordre môme de la nature. Saûl, en efiTet (comoe on le raconte au chapitre précédent de Shaniuel)^ était i ' la recherche dçs ànes&es qjsx'îi ^^^t perdues ; et apiii ^

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iToir délibéré s'il rentrerait ou non dans sa maison sans es avoir retrouvées, il se décida, par le conseil d'un de les serviteurs, à aller trouver le prophète Shamuel, pour apprendre de lui en quel endroit il pourrait retrouver lesànesscs; et de même, dans toute la suite de ce récit, )n ne voit pas que Saiil ait suivi aucun ordre particulier le Dieu ; ce fut le cours naturel des choses qui le coniuisit chez Shamuel. Dans le psaume cv, vers. 24, il est lit que Dieu changea les dispositions des Égyptiens et leur fît prendre en haine le peuple juif. Mais ce changement fut parfaitement naturel, comme on le voit clairement dans V Exode (chap. i), qui donne une raison trèsforte du dessein que prirent les Égyptiens de réduire les Israélites en esclavage. Au chap. ixde lîiGenhe (vers. 13), Dieu dit à Noé qull se manifestera dans la nue. Or cette action de Dieu n'est rien autre chose qu'une réfraction et une réflexion que subissent les rayons du soleil en traversant les gouttelettes d'eau suspendues dans les images. Au psaume cxlvii, vers. 18, cette action naturelle an vent, qui fond par sa chaleur la gelée et la neige, est appelée Parole de Dieu ; et au vers. 15, le vent et le froid sont également appelés Parole de Dieu ; de môme, au psaume av, vers, 4, le vent et le feu prennent le nom d'envoyés de Dieu, de ministres de Dieu; et il y a ainsi dans l'Écriture une foule de passages qui marquent trèselairement que le décret de Dieu, son commandement, «a parole et son verbe, sont tout simplement l'action et l'ordre de la nature. Il ne faut donc pas douter que tous Jes faits racontés par l'Écriture ne se soient passés natu- JeDement; et cela n'empôche pas de les rapporter à Dieu, l&riture» je le répète, n'ayant pas pour objet d'expli- ^erles dioses par leurs causes naturelles, mais seule- ^&ent de fahre un tableau des événements les plus capables ^ frapper l'imagination, et d'en présenter le récit dans ^'oiâre et avec le style qui disposent le mieux à l'admi- IMionet qui, par conséquent, tournent le plus fortexa^rLV wkmà du vulgaire à la dévc^tion. Si donc nous teu^ii\.\cyûi&

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dans l*Ëcritnre le récit de certains faits dont la canse naturelle nous échappe, ou même qui semblent contraires aux lois de la nature, cela ne doit point nous arrêter, ut nous devons demeurer convaincus que tout ce qui est effectivement arrivé est arrivé naturellement. Ce qui confirme cette doctrine, c'est qu'on voit clairement par le récit de plusieurs miracles qu'ils ont été accompagnés de certaines circonstances que le récit ne mentionne pas toujours, surtout quand il est conçu et comme chanté dans le style de la poésie ; or ce sont justement ces ci^ constances qui font voir que le miracle s'est produit par des causes naturelles. Ainsi, quand Moise voulut que les Égyptiens fussent dévorés d'ulcères, il répandit dans .l'air de la cendre chaude {Exode, chap. xi, vers. iO). Ce fut aussi par un décret de Dieu tout semblable, c'est-àdire un décret naturel^ savoir^ par un vent d'orient qui souffla nuit et jour, que les sauterelles couvrirent l'Egypte, et il fallut un vent impétueux d'occident pourlesen chasser {Exode, chap. x, vers. 14, 19). De même encore le décret divin qui ouvrit la mer aux Hébreux {Exoiet chap. XIV, vers. 21) ne fut rien autre chose qu'un vent d'orient qui souffla avec violence pendant toute b nuit. Si Elisée rendit la force et la vigueur à un eniaot que l'on croyait mort, il eut besoin de se pencher sur loi à plusieurs reprises, jusqu'à ce que l'enfant fût réchaoffi et rouvrît les yeux {hots, liv. II, chap. iv, vers. 34,33). On trouve aussi dans l'Évangile de Jean (chap. n) b récit de certaines circonstances préliminaires dont JésaS" Christ se servit pour guérir un aveugle. Enunmol, jjj pourrais citer ici une foule de récits de rÉcritare prouvent suffisamment que les miracles requièrent d' très conditions qu'un simple commandement de comme ou dit. Il faut donc croire que si les circonsi des miracles et les causes naturelles qui les expK( ne sont pas toujours mentionnées, elles n'en ont pas moins nécessaircis à leur accomplissement. Ainsi} le récit de ï Exode (c\iaLÇ.\XN,^^t%,«V^^ voit qu'an

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^mmandement de Moïse, la mer recommença de s'enfler; et il n'est pas question du vent. Mais dans le cantique de Moïse (chap. xy, vers. 10) il est dit que la mer s'enfla par un souflDie de Dieu (c'est-à-dire par un vent très-fort) ; par où Ton voit que si cette circonstance a été omise dans le récit qui précède, c'est pour que le miracle parût plus grand. On dira que nous trouvons dans TÉcritare une foule de choses qui ne semblent pas pouvoir être expliquées en aucune façon par des causes naturelles : an y voit, par exemple, que les péchés des hommes et leurs prières peuvent être cause de la pluie et de la fertilité de la terre, que la foi a pu guérir des aveugles, et ane infinité de choses semblables. Mais je crois avoir déjà répondu à cette objection; j'ai montré en effet que l'Écriture n'a jamais pour objet d'expliquer les choses par leurs causes prochaines, mais seulement de les présenter dans un certain ordre et avec un certain style capables d'exciter la dévotion des hommes, particulièrement du vulgaûre ; et c'est pourquoi elle s'exprime sur Dieu et sur toutes choses d'une façon très-peu exacte ; car ce n'est point la raison qu'elle veut convaincre, c'est rimagination qu'elle veut frapper. Supposez en effet que l'Écriture raconte la chute d'un empire à la façon des écrivains politiques, le peuple n'en sera nullement touché ; mais il arrivera justement le contraire, si oh fait un tableau poétique de cet empire qui s'écroule, et si on a soin, comme l'Écriture, de tout rapporter à Dieu. Lors donc que l'Écriture raconte que la terre est devenue stérile à cause des péchés des hommes, ou que les aveugles ont été guéris par leur foi, nous ne devons pas plus Hre choqués de tout cela que de l'entendre dire que iHeu s'irrite des péchés des hommes, qu'il en est consisté, qu'il regrette le bien qu'il leur a promis et qu'il 6ur a fait; ou encore que Dieu se souvient» en apercevant tOelque signe, d'une promesse par laquelle il s'est en- SUgé; et mille paroles semblables, qui sotil di^^ Vai%.%^^ H^ûgues, on bien qui marquent seulemenV. \^s o^fVBÀsyas»

et les préjugés de récrivaîn. Concluons donc sans hésiter que tout ce qu'il y a de vrai dans les récits de TÉmture s'est passé selon les lois de la nature qui régissait toutes choses ; et si Ton y rencontre quelque événement qui soit évidemment contraire aux lois naturelles, ou ne puisse absolument pas s'en déduire, il faut croire alors ' qu'il a été ajouté aux saintes Écritures par une main sacrilège. Car ce qui est contre la nature est contre la raison ; et ce qui est contre la raison, étant absurde, doit être immédiatement rejeté.

Il ne me reste plus qu'à présenter quelques remarqnes sur l'interprétation des miracles, ou plutôt à rej^rendre (car le principal est dit) les points que je viens d'exposer» et à les éclaircir par un ou deux exemples. Ce qui rend ces explications nécessaires, c'est que je crains qu'en interprétant mal quelques miracles, on ne suppose témérairement qu'on a rencontré dans l'Écriture qaelqi« chose de contraire à la lumière naturelle. Il est bien rare que les hommes racontent un événement tout simple* ment, comme il s'est passé, sans rien ajouter au rédl. C'est surtout quand ils voient et entendent quelque chose de nouveau qu'il leur arrive, à moins qu'ils ne sdtft fortement en garde contre leurs opinions préconçneSf d'en avoir l'esprit tellement prévenu, qu'ils aperçoivent les choses tout autrement qu'ils ne les voient ou les cft' tendent raconter, particulièrement si l'événement doni il s'agit passe la portée de celui qui le raconte on de celui qui l'entend raconter, et plus encore si tous deH sont intéressés à ce que les choses se soient passées dl telle ou telle façon. De là vient que, dans les Chroniqtff et les Histoires, les hommes exposent bien plutôt lëtfl opinions sur les choses que les choses elleB-mômes;!^ telle sorte que, si un seul et même événement est if conté par deux hommes d'opinions différentes, on potf rait croire qu'il s'agit de deux événements différents;^ il est souvent très-tac\\^ d^ âi^t^nidnerf par le caraeM d'une certaine liislo\r^> \^% o\î\xà!^\\& ^^ N\ÀatoiàMU li

TBl^OLOGICO-POLITIQUE. 1 1 9

pourrais eonfirmer ces réflexions en citant un grand nombre de pliilosoplies qui ont écrit l'histoire de la nature, et une foule de chroniqueurs ; mais cela est présentement superflu, et je vais me borner à un exemple tiré de TÉcriture sainte, me fiant pour le reste à la sagesse du lecteur.

Au temps de Josué, les Hébreux (ainsi que nous Pavons déjà remarqué) croyaient, comme fait encore le vulgaire, que le soleil se meut d'un mouvement diurne, et que la terre est en repos. Ils ne manquèrent pas d'accommoder à cette opinion le miracle qu'ils virent s'accomplir, quand ils livrèrent bataille aux cinq rois. Car ils ne dirent pas simplement que le jour de cette bataille fut plus long qa'à l'ordinaire ; ils ajoutèrent que le soleil et la lune s'étaient arrêtés, avaient suspendu leur mouvement. Or, il est clair que cette manière de présenter l'événement était très-propre à agir sur les nations païennes de ce temps qui adoraient le soleil, et à leur prouver par le témoignage des faits que le soleil est sous l'empire d'une puissance plus haute, qui peut l'obliger par sa seule volonté à changer l'ordre de son cours. Ainsi donc, moitié par religion, moitié par suite de préjugés établis, les Hébreux furent amenés à concevoir un événement et 4 le raconter tout autrement qu'il n'avait pu eflfective- Qient se produire.

Ilest par conséquent nécessaire, pour interpréter les > Qûracles de l'Écriture et s'en faire une juste idée d'après le récit qu'on a sous les yeux^ de connaître les opinions des premiers témoins de ces faits miraculeux et de ceux qui nous ont transmis leur témoignage, et d'établir une distinction profonde entre les opinions du témoin ou de l'écrivain et les faits eux-mêmes tels qu'ils ont pu se pré* senter à leurs yeux. Faute de cette distinction, on confondra des faits réels avec des opinions et des jugements. -Ce n'est pas tout: on confondra ces faits avec d'autres faits tout tentastiquesj qai n'ont eu lieu que daxi^^!m^* gioêtioa àdê pxx^hètes. Car il ne faut pas dûuXet c^^

dans rÉcriture une foule de choses ne soient données comme réelles et qu'on croyait effectivement réelles, qui ne sont au fond que des représentations imaginaires, comme, par exemple, que Dieu (l'être en soi) soit descendu du ciel (Exode, chap. xix, vers. 28 ; Deutércmme^ chap. y, vers. 28); que le mont Sinaï ait lancé de lafamée, parce que Dieu venait d'y descendre entouré de flammes; ou enfin qu'Élie soit monté au ciel sur un char enflammé traîné par des chevaux de feu. Ce ne sont là que des représentations fantastiques appropriées aux opiniov de ceux qui nous les ont racontées, lesquels en effet nous ont décrit les choses comme ils les avaient imaginées, c'est-à dire comme réelles. Quiconque a l'esprit un peu élevé au-dessus du vulgaire sait parfaitement que Dieo n'st ni droite ni gauche, qu'il n'est pas en mouvement, ni en repos, ni situé en tel endroit, mais qu'il est absolument infini et qu'il contient toutes les perfections. On sait tout cela, je le répète, quand on règle ses jugements sur les perceptions de rcutondement pur, et non pas sur les impressions des sens et de l'imagination, comme fait le vulgaire, qui se représente un Dieu corporel entouré d'une pompe royale, assis sur un trône élevé, par delà les étoiles, au plus haut de la voiitc céleste, sans que cette distance toutefois l'éloigné beaucoup de il terre. C'est à de pareilles opinions que sont appropriés une foule de récits de l'Écriture, que des philosophes ne peuvent par conséquent pas prendre à la lettre. Je conclus qu'il importe, pour se rendre compte des miracles et savoir comment ils se sont passés, de connaître le langage et les flgures hébraïques; et quiconque n'y fera pas une attention suffisante risquera de trouver dans ' rÉcriture plusieurs miracles que l'historien n'a jamais ^ pensé à donner pour tels ; de façon qu'il ignorera, non*^ seulement la véritable manière dont se sont passées ks^ choses, mais la pensée même des auteurs sacrés. Jetais' citer queiques exemples : 'iacharie (chap. xiv, vers. % prédisant une guerre çioe\\m^%%'^^'$ràsi^^ffi&v; c Ilf

THÉOLOGICO-POUTIQUE. 121

mira un jourunique, connu du Seigneur seul, (qui ne sera) ni jour ni nuit; mais sur le soir la lumière paraîtra, » Ces paroles ont l'air de prédire un grand miracle, et cependant le prophète ne veut rien dire autre chose, sinon que le succès du combat sera tout le jour incertain, que Dieu seul en connaît Tévénement, et qu'enfin les Hébreux, vers le soir, seront vainqueurs. C'est avec des formes de style semblables que les prophètes prédisaient d'ordinaire les victoires et les revers des nations. Entendons Isaie dépeignant la ruine de Babylone (cliap. xiii] : « Les étoiles et les astres du del ne feront plus briller leur lumière; le soleil s'obscurcira à son lever y et la lune ne répandra plus ses clartés, » Or je ne suppose pas que personne s'imagine que tout cela est arrivé à Tépoque de la dévastation de l'empire babylonien; pas plus que ce qu'ajoute le prophète : a C'est pourquoi je ferai trembler le$ deux, et la terre sera ôtée de sa place, i^ Isaie emploie encore le même langage (chap. XLViii, derniers vers.), quand il prédit aux Juifs qu'ils reviendront à Babylone sans que leur sûreté soit troublée, et saiis souflrir de la soif pendant le chemin : < Et ils n'ont point eu soif, » dit-il ; « il les a conduits à travers les déserts, et il leur a fait couler l'eau du rocher; il a fendu le rocher, et les eaux se sont ré-' pandues, » Ce qui signifie tout simplement que les Juifs trouveront dans le désert des sources pour étancher leur soif; puisqu'il est certain qu'au retour des Juifs de Babylone, autorisé par Cyrus, il ne se produisit aucun miracle de cette sorte. On rencontre ainsi dans l'Écriture une foule de miracles apparents qui ne sont au fond que des figures hébraïques ; et il n'est certes pas néces« saire que je les cite ici l'un après l'autre ; qu'il me suffise démontrer que ces figures n'ont pas seulement pour objet d'orner le récit, mais qu'elles servent principalement à lui donner un caractère religieux. C'est pour cela qu'on trouve dans l'Écriture sainte bénir Dieu pris dans le sens de maudire l^ois, liv. I, chap. xxi, vers. V^\ Job, ^ap. il, vers, 9) ; c'est encore pour cela qu'cVVe tav\iOt^^

tout à Dieu, de façon qu'elle a toujours Tair de raconter des miracles^ même quand elle parle des événements les plus naturels, comme on peut le voir par plusieurs exemples que j'ai cités. Ainsi, quand TÉcriture dit que Dieu avait endurci le cœur de Pharaon, cela signifie tout simplement que Pharaon avait le caractère opiniâtre. Et quand elle dit que Dieu a ouvert les fenêtres du ciel, il faut entendre qu'il a beaucoup plu, et ainsi pour tout le reste. Si donc on veut bien se rendre attentif à toutes ces choses et considérer en outre que TÉcriture sainte contient beaucoup de récits où les faits sont exposés rapidement, sans aucune de leurs circonstances, et en quelque sorte dans un état de mutilation, on ne trouvera presque rien dans les livres sacrés qui soit essentiellement contraire à la lumière naturelle, et une foule de choses qui avaient paru jusque-là très-obscnres se feront cDinprendre et interpréter sans effort.

Je crois avoir atteint l'objet que je m'étais proposé dans ce chapitre. Mais, avant de le terminer, j'ai une observation à faire : c'est que la méthode que je viens d'appliquer aux miracles n'est pas la même que celle dont je me suis servi pour les prophètes. Je n'ai rien affirmé touchant les prophéties que je ne fusse en état de le déduire des saintes Écritures. Ici, au contraire, fai pris pour base les principes qui nous sont fournis par la lumière naturelle, et c'est avec intention que j'ai procéda de la sorte. La matière de la prophétie étant en effet au* dessus de la portée humaine, et tombant dans le domaiu* • des questions de pure théologie, je ne pouvais rien atB^ mer sur cette matière, ni môme savoir en quoi elle consiste, sans m'appuyer sur la révélation. J'ai donc étf obligé de tracer une histobe de la prophétie et d'en dé* duire quelques principes capables de m'éclairer autant qu'il est possible sur la nature de la prophétie et sur sei propriétés. Mais quant aux miracles, comme il s'aptda savoir s'il peut arriver dans la nature quelque chose qj' soit contraire à sea \o\a ou c\vî\Tvfe^>a\aaQ s'en dédairetj*

TUÉOLOGICO-POLITIQUE. i 23

n'avais pas besoin de la révélation pour résoudre cette qnestion, qui est toute philosophique ; et j'ai jugé plus à propos de n'employer, pour délier le nœud de toutes les difficultés qu'elle présente, que les principes les mieux connus, c'est-à-dire les principes fondamentaux que nous donne la lumière naturelle. Je dis qu'il m'a paru plus à propos de procéder de la sorte ; j'aurais pu en effet résoudre aussi la question avec facilité par les seuls prindpes de l'Écriture, et c'est ce que je vais prouver en peu de mots. L'Écriture, parlant en plusieurs endroits de la nature en général, dit qu'elle suit un ordre fixe et immuable, par exemple, dans les Psaumes cxLVfii, vers. 6, et àvn&Jérémiey chap. xxi, vers. 35, 36. En outre, le Philosophe enseigne expressément en son Fcclésiaste, chap. i«', Ters. 18, que dans la nature il n'arrive rien de nouveau , et éclaircissant, un peu plus bas, cette pensée (vers. 11 et 12), il dit que, bien qu'en certaines rencontres il se produise des choses qui semblent nouvelles, elles ne sont pas pourtant absolument nouvelles, et se sont déjà produites dans les siècles antérieurs qui n'ont pas laissé de souvenir. La mémoire du passé, ajoute-t-ilj s'évanouit pour les générations nouvelles, comme celle du présent s'évanouira pour les générations futures. Au chap. m, • vers. 11, il déclare que Dieu a parfaitement ordonné toutes choses chacune en son temps; et au vers. 14 que tout ce que Dieu fait doit demeurer pour toute l'éternité, sans qu'il soit possible d'y rien ajouter ou d'en rien netrancher ; paroles qui établissent clairement que la nature garde toujours un ordre fixe et immuable, que Dieu, dans tous les siècles, connus ou inconnus de nous; est resté le même, que les lois de la nature sont si parfaites et ai fécondes qu'elles n'ont besoin d'aucune addition el ne souffrent aucun retranchement, enfin que les événements miraculeux ne sont miraculeux et nouveaux qu'au regard de l'ignorance des hommes, tout cela, d\v\^-, ^^\. expressément enseigné dans l'Écriture sa\ii\.^> ^\.'\\ "cCl est dit nalle part qù 'il arrive rien dans la nalwre c\xvv i^o\V.

124 TRklTt

contraire à ses lois ou ne s*pii puisse déduire: d^oftil suit qu'il ne faut rien voir de semblable dans l'Écriture. Âjout*?z à cela que les miracles supposent totijotirs de certaines causes et de certaines cîrcon stances Jesquelkî ne dérivent pas de je ne sais quelle autorité royale le vulf^aire imagine en Dieu, mais d'un décret Traimd divin, c'est-â-dire [comme nous Tavons prouvé par TÉcn ture elle-même] dps lois et de Tordre de la nature, Ajoii" tez enfin que les imposteurs peuvent, eux aussi, ïm des miracles , ainsi qu'on le voit clairement par le cbap. xm du Deuférmome, et le cbap. iv, vers, 24^ de Matthieu* Kt de tout cela il résulte le plus éridennnpjl du monde que les miracles ont été des éyénements nnturels, et qu'il faut les expliquer, non pas comme de^cbo^e^ nouvelles, pour me servir de Texpression de Saloflî0Ti* ou commedes choses contraires à la nature, maisdetÈl façon qu'on les rapproche autant que possible des fai naturels; et pour opérer ce rapprochement , il d'emprunter à TÉcriture elle-même quelques règl<?s ( j'ai exposées plus haut* Toutefois, bien quejedisBi rÉcnture enseigne toutes ces choses, je n'entends 1 qu'elle les enseigne comme des principes nécessain^i salut ; j'entends seulement que les prophètes ont co déré les miracles comme nous-mêmes les cut et^ eu conséquence, U est loisible à chacun de ; cettiî matière de la façon qui lui paraîtra la plus ; porter son âme au culte de Dieu et à la religion.'^ aussi le sentiment de Josèphe; il termine ainsi leLilï6| de ses Antiquités:

a Le mot de miracle ne doit pe$ noits rendre in pourquoi ne crûirions-nom pm îe récit naif des i breux qui nous racontent qu'une voie de ml ut leur\ verte à travers ta mcr^ que ce mit pur la vohnte dt i par le cours naturel des choses? Ne iavons-nous pâM\ dans un temps qui n*est pas loin de nous S ta mer de

th£ologigo-poutique. 125

phylie s'ouvrit^ à défaut de tout autre chemin, devant les compagnons du roi de Macédoine, quand Dieu voulut se servir d'Alexandre pour renverser fempire persan? Et rien n'est plus certain que cet événement, puisque tous les historiens d'Alexandre s'accordent à le rapporter. Il faut donc que chacun reste libre dépenser, touchant les miracles^ comme il lui plaira. »

Voilà les propres paroles de Josèphe et son sentiment sur la croyance aux miracles.

CHAPrrRE vn.

DB l'interprétation DE L'ÉCRITURE.

On ne cesse de répéter que TÉcriture sainte est la parole de Dieu, et qu'elle enseigne la véritable béatitude et la voie du salut ; mais au fond on est très-éloigné de penser sérieusement de la sorte, et il n'est rien à quoi songe moins le vulgaire qu'à conformer sa vie aux enseignements de la sainte Écriture. Ce qu'on nous présente comme la parole de Dieu, ce sont le plus souvent d'absnrdes chimères, et sous le faux prétexte d'un zèle reli l^eux on ne veut qu'imposer à autrui ses propres senti-' ttents. Oui, je le répète, c'a été de tout temps le grand objet des théologiens d'extorquer aux livres saints la confirmation de leurs rêveries et de leurs systèmes, afin de les couvrir de l'autorité de Dieu. Pénétrer la pensée de l'Écriture, c'est-à-dire du Saint-Esprit, il n'y a rien là îni excite en eux le moindre scrupule ou qui puisse arrêter leur témérité. S'ils ont une crainte, ce n'est point d'imputer quelque erreur au Saint-Esprit et de s'écarter de la voie du salut; c'est uniquement d'être convaincus d'erreur par leurs rivaux, et de voir ainsi l'autorité de hra parole affaiblie et méprisée.

•*ÔM. Celte Tertion altère le teite, qaî porte : ^Hç m\ «^,n ^%^o»^«\. i* w^* \'^%xv- ^le texte dtaumâ tndaetha.

Certes, si les hommes reconnaissaient an fond de le Àme la sainteté de rËcriture, on verrait un grand cba gement dans leur manière de vivre ; la discorde, la haii ne régneraient pas dans lenr cœur, et nous n'aurions p à déplorer cet aveugle et téméraire désir qui les ponsi à interpréter l'Écriture et à innover sans cesse en matiè de religion. Us ne reconnaîtraient une doctrine coma consacrée par les livres saints qu'après l'y avoir lue e termes exprès, et les écrivains sacrilèges qui n'ont {M craint d'altérer si souvent les paroles de l'Écriture, çt raient reculé devant une entreprise si criminelle. Ha l'ambition et Taudacc ont été portées à un tel excès qii la religion ne consiste plus maintenant à obéir aux cou manden\^nts du Saint-Esprit, mais à soutenir les opinioii chimériques des hommes. Ce n'est plus par la cbaril que l'on se montre animé d'une piété véritable, c'ci en répandant la discorde et la haine, couvertes d voile hypocrite d'un zèle ardent pour les choses de Diec A tous ces désordres s'est venue joindre la superstiliot qui apprend aux hommes à mépriser la raison et la ns tare, à n'admirer, à ne respecter que ce qui est conlraii à l'une et à l'autre. Aussi ne faut-il point s'étonner i voir le vulgaire interpréter l'Écriture dans le sensleplï éloigné de la nature et de la raison, afin de la reudi d'autant plus merveilleuse et Vénérable. On s'imagifl que les saintes Écritures cachent de profonds mystères et, sur ce fondement, on néglige ses plus utiles rensci gnements pour se fatiguer à la poursuite d'absurdes ciû mères. Ce qu'enfante l'imagination en déUre dans cctb recherche insensée, on ne manque pas dé Tattribuor n * Saint-Esprit, et partant de s'y attacher avec une éntf gie et un emportement incroyables. La nature hiunaifU est ainsi faite : ce qu'elle conçoit par le pur enteudemeot elle ne l'embrasse que d'une conviction sage et raisoi' nable ; mais les opinions qui naissent en elle du mottveinent des passions lui inspirent une conviction ardent» et passionnée comme \a so\a^^ ^o»^ âàL^ ^vsAaent

TnÉOLOGICO-POUTIQDE. 427

Pour nous, si nous voulons nous séparer de cette foule agitée des théologiens vulgaires, et, délivrant notre ftme de leurs vains préjugés^ ne pas nous exposer à confondre des opinions tout humaines avec les enseignements divins, nous devons nous tracer pour l'interprétation des livres saints une méthode sûre, sans laquelle toute connaissance certaine de la pensée du Saint-Esprit est évidemment impossible. Or, pour caractériser d'avance nôtre pensée en peu de mots, nous croyons que cette méthode pour interpréter sûrement la Bible, loin d'être différente de la méthode qui sert à interpréter la nature, lui est au contraire parfaitement conforme. Quel est en effet l'esprit de la méthode d'interprétation de la nature? Elle consiste à tracer avant tout une histoire fidèle de ws phénomènes, pour aboutir ensuite, en partant de ces données certaines, à d'exactes défmitions des choses naturelles. Or c'est exactement le môme procédé qui consent à la sainte Écriture. Il faut premièrement en fah'e une histoire fidèle, et se former ainsi un fonds de données et de principes bien assurés, d'où l'on déduira plus tard la vraie pensée des auteurs de l'Écriture par une suite de conséquences légitimes. Quiconque pratiquera cette méthode, pourvu qu'il ne se serve dans l'interprétation de l'Écriture d'autres données ni d'autres principes que cenx qui sont contenus dans son histoire, est parfaitenient certain de se mettre à l'abri de toute erreur, et de pouvoir discuter sur des objets qui passent la portée humaine avec la même sécurité que sur les choses qui sont du ressort de la raison. Mais pour qu'il soit bien établi ^ue la route que je trace non-seulement est sûre, mais a Seule ce caractère et se trouve en parfait accord avec la Qiéthode qui sert à interpréter la nature, je dois faire l'emarquer que les livres saints contiennent un grand ^mbre de choses sur lesquelles la raison naturelle ne fournit aucune lumière. Car ce qui fait la plus grande t^ulie de l'Écriture, ce sont des récits bi^loTÎQfQL^^ ^\.^% ^éYéhtions, Or ces récits ne contienniînt ça^t^ ^^ ^^^

miradcs, c'est-à-dire (comme on l'a expliqué dans ie cliapitre précédent) des pliénomènÊS exlraordmaîres^où se mêlent toujours les opinions et les jugeraents de cenï qui les racontent; et quant aux révélations, nous afom ïnontré dans notre cliapitre n* qu*eHes sont égalemeflij accommodées aux opinions des prophètes ; et 6'i*4Uea en elles-mêmes, elles surpassent la portée de Tesprit humain* Par conséquenl, pour connaître toutes cesclioscs* , c'est-â-dîrc presque tout ce qui est contenu dans rÉCM ture* îl ne faut consulter que TÉcriture elle-môme ; à même que, pour connaître la nature, c'est la nature seile qu'il faut interroger. Je sais bien que FÉcriture coûlîcnt aussi des prescriptions morales qui se peuvent déduiiv de la raison naturelle; mais ce que la raison ne noBS apprend pas^ c*est qu*il y ait effectivement dans lesIi^w^J saints de telles prescriptions morales, et ce point ftcl peut être éclairei que parla lecture seule des livres smùt^l Je dis plus: si nous voulons constater, d*un esprit libre] de tout préjui^é, la divinité de rÉcriture, il est nécesdnj| que nous sachions par elle-rnéme qu'elle enseigne ^^ morale vraie ; autrement, nous n'aurions plus aociï moyen de prouver que FÉcriture est divine» puià^id certitude des prophéties nous a été principalement t trée par la droiture et la sincérité des prophètes, donc que la pureté de leur morale soit parlaitén établie pour que nous puissions avoir fol dam \^^ paroles. Quant aux miracles, outre que les faux pioiAêtc en pouvaient faire, nous avons déjà établi qulls ^^ incapables de nous convoincrc de Fexlstence de Dicu* ' ne reste donc qu'un moyen de constater la divinitc FÉcriture, c*cstde faire voir qu'elle enseigne la vé vertu. Or FÉcrilure seule peut nous donner des pf< âcet égard, et si elle en était incapable, elle pecdraitl droits à notre confîauce, et sa divinité ne serait ipl préjugé. Je conclus donc que la connaissance tout l'ûtiii de l'Écriture ne doit être demandée qu'à rÉcritarc^" même^ et à elle seule*

THÉOLOGICO-POLITIQUE. 129

J'ajoute que TËcriture sainte ne nous donne point les éfinitions des choses, pas plus que ne fait la nature, l'où il suit qu'il faut déduire ces définitions des récits ue l'Écriture nous présente sur chaque sujet, de même [ue, pour obtenir les définitions des choses naturelles, m les tire de Texamen des actions diverses de la nature, ^oici donc finalement la règle générale pour interpréter es livres saints : n'attribuer à TÉcriture aucune doctrine pli ne ressorte avec évidence de son histoire.

Or comment doit se faire l'histoire de l'Écritare, et à quels récits doit-elle principalement s'attacher? c'est ce que je vais explîqaer à l'instant même.

I. Elle doit premièrement expliquer la nature et les propriétés de la langue dans laquelle les livres saints ont été écrits, et qui a été parlée par leurs auteurs. A cette condition seule, on pourra découvrir tous les sens que chaque passage peut admettre d'après les habitudes dn langage ordinaire. Or, comme tous les écrivains tant de l'Ancien Testament que du Nouveau sont Juifs, il 8'ensuit que l'histoire de la langue hébraïque est néces- Mdre avant toute autre, non-seulement pour l'inteUigence des livres de l'Ancien Testament, qui ont été écrits dans cette langue, mais même pour celle du Nouveau ; par la maison que les hvres de l'Evangile, bien qu'ils aient été i^pandus dans d'autres langues^ n'en sont pas moins pleins d'hébraïsmes.

n. L'histoire de l'Écriture doit, en second lieu, recueillir les sentences de chaque livre, et les réduire à un cer- Wn nombre de chefs principaux, afin qu'on puisse voir i'nn seul coup d'œil la doctrine de l'Écriture sur chaque tHatiére. Il faut aussi noter avec soin les pensées obscufeset ambiguës qui s'y rencontrent, et celles qui semblent *e contredire l'une l'autre. On distinguera une pensée obscure d'une pensée claire, suivant que le sens en sera difficile ou aisé pour la raison, d'après le texte même du discours. Car il ne s'agit que du sens des paTo\(^^ ^Q5^'c^^'^^ itpoJD^ du tout de leur vérité. Et ce qu'ïi -j a ÔlÇ; ^xx^^ ^

i30 TRAITÉ

craindre en cherchant à comprendre TÉcriture, c'est d< substituer au sens véritable nn raisonnement de notn esprit, sans parler des préjugés qui sans cesse nouspréoc cupent. De cette façon, en effet, au lieu de se réduire ai rôle d'interprète, on ne fait plus que raisonner suiyani les principes de la raison naturelle ; et Ton confond h sens vrai d'un passage avec la vérité intrinsèque de la pensée que ce passage exprime, deux choses parfaitomeni différentes. Il ne faut donc demander Texplication de l'Écriture qu'aux usages de la langue, ou à des raisonnements fondés sur TÉcriture elle-même. Pour rendre toni ceci plus clair, je prendrai un exemple: Moïse a dilqnfl Dieu est un feu^ que Dieu est jaloux. Rien de plus clair cpe ces paroles, à ne regarder que la signification des moU; ainsi je classe ce passage parmi les passages clairs, bifiB qu'au regard de la raison et de la vérité il soit parfaitement obscur. Ce n'est pas tout : alors même que le sel» littéral d'un passage choque ouvertement la lumière naturelle, comme dans l'exemple actuel, je dis que ce sens doit être accepté, s'il n'est pas en contradiction a^ec la doctrine générale et l'esprit de l'Écriture; si an contraire il se rencontre que ce passage, interprété littérale* ment, soit en opposition avec l'ensemble de l'Écritare, alors môme qu^il serait d'accord avec la raison, il faudrait l'interpréter d'une autre manière, je veux dire au scas métaphorique. Si donc on veut résoudre cette questioflî Moïse a-t-il cru, oui ou non, que Dieu soit un feuîilDÏ a point lieu de se demander si cette doctrine est confonie ou non conforme à la raison; il faut voir si elle s'accorie ou si elle ne s'accorde pas avec les autres opinions da Moïse. Or, comme en plusieurs endroits Moïse dédtft expressément que Dieu n'a aucune ressemblance avechi choses visibles qui rempUssent le ciel, la terre et Teaii il s'ensuit que cette parole : Dieu est un feu^ et toutes I* paroles semblables doivent être entendues métaphoB* guemcnt. Mamtenaul, comme c'est aussi une règle Ai critique de s'écarletl^iïLom^^^^^^^^^^^'û&Utléralill

TnÉOLOGICO-POUTIQUE. 431

fantse demander avant tout sî cette parole : Dieu est un feuy n'admet point d'autre sens que le sens littéral, c'est-àdire, si ce mot de feu ne signifie point autre chose qu'un feu naturel. Et supposé que l'usage de la lanjjjuc ne lui donnât aucune autre signification, on devrait se flxer à celle-là, quoiqu'elle choque la.raison ; et toutes les autres pensées de l'Écriture, bien que conformes î\ la raison, devraient se plier à ce sens. Que si la chose était absolument impossible, il n'y aurait plus qu'à dire que ces diverses pensées sont inconciliables, et à suspendre son jugement. Mais dans le cas dont nous parlons, comme ce fflot feu se prend aussi pour la colère et pour la jalousie (voyez Job, chap. xxxr, vers. 13), on concilie aisément les paroles de Moïse, et l'on aboutit à cette conséquence, îue ces deux pensées. Dieu est un feuy Dieu est Jaloux, sont one seule et môme pensée. Moïse ayant d'ailleurs expres- ^ment enseigné que Dieu est jaloux,* sans dire nulle P&rt qu'il soit exempt des passions et des afToctions de ''Ame, il ne faut pas douter que Moïse n'ait admis cette doctrine, ou du moins n'ait voulu la faire admettre, bien Qu'elle soit contraire à la raison. Car nous n'avons pas fedroit, je lerépète, d'altérer l'Écriture pourl'accommodér ^Ux principes de notre raison et à nos préjugés ; et c'est ^ l'Écriture elle-même qu'il faut demander sa doctrine tout entière.

m. La troisième condition que doit remplir l'histoû'e 1b l'Écriture, c'est de nous faire connaître les diverses Ortunes qu'ont pu subir les livres des prophètes dont la Mémoire s'est conservée jusqu'à nous, la vie, les études fe l'auteur de chaque livre, le rôle qu'il a joué, en quel Bmps, à quelle occasion, pbur qui, dans quelle langue il ' composé ses écrits. Gela ne suffît pas, il faut nous Monter la fortune de chaque livre en particulier, nous Km de quelle façon il a été d'abord recueilli, et en ^^es mcdns il est successivement tombé, les leqona (perses qn'on y a vues, gui l'a fait mettre a\x 1^x1^^^*% ^^lei Bàcréa, comment enûxk tous ces ouna^e» q^ ^^^

universellement reconnus comme di?ins ont été rassemblés en un seul corps. Voilà ce que doit renfermer riiis« toire de l'Écriture. Pour distinguer, en effet, les pensées qui ont le caractère d'une loi de celles qui renferment simplement un enseignement moral, il est nécessaire de connaître la vie, les mœurs et les études de Técrivain sacré. Ajoutez qu'il est d'autant plus facile d'interpréter les paroles d'un auteur que l'on connaît mieux sou tour d'esprit et son caractère* De même, pour ne pas confondre les préceptes étemels de la loi de Dieu avec ceux qui n'ont rapport qu'à un certain temps et à un petit nombre d'hommes, ilimporte de ne point ignorer à quelle occasion, en quel temps, pour quelle nation et quelle époque ces préceptes ont été écrits. C'est enfin une chose indispensable de remplir toutes les autres conditions que nous avons indiquées, non-seulement pour établir l'authenticité de chaque livre, mais pour savoir si des mams adultères i n'en ont pas altéré le texte, si des erreurs ne s'y sont point glissées, si les corrections convenables ont été faites par des hommes capables et dignes de foi. Toutes ces précautions, je le répète, sont nécessaires pour quiconque n« veut s'attacher dans l'Écriture qu'à ce qui est certain et indubitable, au lieu de se jeter aveuglément sur tout ce qui lui est présenté.

Quand nous aurons ainsi établi solidement l'histoire de l'Écriture, et pris la ferme résolution de n'y rien reconnaître comme doctrine des prophètes qui ne résulte de cette histoire et n'en puisse être trés-clairement déduit, le moment sera venu alors de nous attacher à l'interprétation des prophètes et de l'Esprit-Saint. Ici Tordre qu'il faut suivre, la méthode qu'il convient d'appUquer sont exactement les mêmes qu'on emploie pour interpréter la nature, d'après son histoire. Car, comme dans l'étude de la nature on commence par les choses les plus générales et qui sont communes à tous les objets de l'univers, c'est à savoir, le mouvement et \e xe\i^^, \^\tt^ Vsva ^\ \ftura

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règles universelles que la nature observe toujours et par qai se manifeste sa perpétuelle action , descendant ensuite par degrés aux choses moins générales; de même, dans lliistoire de l'Écriture, il faut d'abord chercher ce qa'il y a de plus universel , ce qui fait la base et le fondement de tout le reste, ce qui exprime la doctrine qu'ont enseignée les prophètes pour les intérêts éternels de tout le genre humain : par exemple , qu'il n'y a qu'un seul Dieu,- seul tout-puissant, seul adorable, qui prend soin de tous les honmies, et chérit entre tous ceux qui l'adorent e! qui aiment leur prochain , etc. Voilà des principes que l'Écriture proclame sans cesse en des termes si exprès et si clairs que personne n'a jamais pu avoir sur ce point la moindre incertitude. Maintenant, îu'est-ce que Dieu, comment peut-il tout connaître et étendre sa providence à tout, ce sont là des points sur lesquels l'Écriture ne s'explique pas ex professa, et ne dit rien qui ait le caractère d'une doctrine éternelle. Tout au Contraire, nous avons fait voir plus haut que les prophètes ne s'accordent pas à cet égards et par conséquent on ne doit rien étabhr sur tous ces objets à titre de doctrine du Baint-Ësprit, bien que la lumière naturelle soit capable de les éclaircir parfaitement. La doctrine générale de l'Écriture une* fois bien connue, il faut descendre à des Choses plus particuUèrcs, lesquelles néanmoins se rap- ^rtent à la pratique de la vie, et découlent de la doctrine luiiverselle des livres saints comme des ruisseaux d'une source commune : telles sont toutes les actions particulières et extérieures de la véritable vertu, qui ne doivent Mre pratiquées qu'^n des circonstances déterminées. Que s'il se rencontre sur ce point des passages obscurs Im ambigus, il les faut expliquer ou éclaircir par la doctrine générale des saints livres ; et dans le cas où on en Ironverait de contradictoires, on doit se demander alors à fœlle occasion, en quel temps, et pourquoi ces passages «ni été écrits. Par exewplef quand Jésus-GI;ii\&\. dix*. OmAei^wx iet afitffés, car ils seront consolés, ce \.^iL\.eiKxei

nous apprend point de quelle sorte d'affligés il s'agit. Mais comme Jésus-Christ nous enseigne ensuite {Matthieu^ chap. VI, vers. 33) de n'avoir d'autres soins que celui do royaume de Dieu et de sa justice, c'est-à-dire du souverain bien, il s'ensuit que, dans le passage cité, il a entenda désigner ceux qui s'affligent de ne point posséder le royaume de Dieu et de voir la justice négligée parmi les hommes. Ce sont là, en effet, les deux seules causes possibles d'affliction pour ceux qui n'aiment que le royaume de Dieu ou l'équité, et qui méprisent tous les autres biens que donne la fortune. De même encore, quand Jésus- Christ dit : Si quelqu'un te frappe à la joue droite^ pri" sente-lui la joue gauche^ et tout ce qui suit, on ne peut pas croire que Jésus-Clirist ait prononcé ces paroles à titre de législateur s'adressant à des juges ; car alors Jésus-Clirist serait venu détruire la loi de Moïse, ce qui eût été contraire à sa mission, comme il le déclare lui-même expressément (iVa^M/eii, chap. v, vers, 17). Il faut donc considérer ici le caractère de celui qui a prononcé ces paroles, le temps où il les a dites, et les personnes à qô il les a adressées. Or le Christ n'est point venu inslitoer des lois à titre de législateur, mais donner un enseignement moral à titre de docteur ; et ce qu'il voulait réformer, ce n'était point les actions extérieures, mais le fond dei cœurs. Ajoutez à cela qu'ils'adressait à des hommesoppfr mes, qui vivaient dans un État corrompu, où la juste* négligée faisait pressentir une dissolution prochaine. Qr. on remarquera que ces mêmes paroles que pronotftj Jésus au moment d'une ruine prochaine de Jérasalei nous les trouvons dans Jérémie , qui les adressait Juifs dans une circonstance toute semblable, lors de première dissolution de Jérusalem (voyez Lamentatii chap. in, lett. Tet et Jot). Les prophètes n'ayant ' jamais enseigné cette doctrine que dans des temps dissolution, sans qu'elle ait jamais pris le caractère d'i loiy comme nous savons d'ailleurs que Moise, qui n'( Fait pas à une époque âLO^^t^vvssa ^ ^^ \aaUiieiiri

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'avait d'autre soin, remarqnons-lc bien, que d'établir ud cceDent corps de loi, comme Moïse, dis-jc, tout en ludamnant la vengeance et la haine du prochain, a spendant établi cette règle : Œil pour ml], dent pour mt, il est clair que le précepte de Jésus-Glu*ist et de Mmie sur le pardon des injures et le devoir de céder rajonrs aux méchants ne sont applicables qu'aux époquns 'oppression et dans un État où la justice est négligée, tnon point dans un État bien réglé. Car au contraire, ms un État bien réglé, où la justice est exactement Quntenue, tout citoyen est obligé, pour conserver sa épntation d'homme juste, d'exiger devant le magistrat la éparation des torts qu'on a pu lui faire (voyez Lévitiquej luqp. V, vers. 1), non point parle désir de la vengeance voyez ibid.j chap. xi, vers. 17, 18), mais pour que la Dstice et les lois de la patrie soient défendues, et que !8 méchants ne jouissent pas de l'impunité. Or tout da est parfaitement d'accord avec la raison naturelle. e pourrais citer une foule d'exemples du même genre; lais j'en ai assez dit pour éclaircir ma pensée et faire sntir l'utilité de ma méthode, ce qui est ici mon principal bjet.

Je n'ai parlé jusqu'à ce moment que des passages de Écriture qui se rapportent à la pratique de la vie. Or interprétation de ces passages ne présente aucune dilliilté sérieuse, et n'a jamais suscité aucune controverse Utre les auteurs qui ont écrit sur la Bible. Il en est tout iltrement de cette partie des livres saints qui a trait à Bs points de spéculation. Ici la voie devient beaucoup lus étroite. Les prophètes, en effet, n'étant pas d'accord !ltre eux sur les choses spéculatives (comme nous ^Tons démontré ci-dessus), et leurs récits étant accommdés aux préjugés des temps divers où chacun d'eux a ^a, il s'ensuit qu'on n'a pas le droit d'édaircir les Mnte obscurs de tel et tel prophète à l'aide des passa^^ bs clairs d'un autre prophète ^ à moins c^u'iV ne «cÀXi étalement établi qu'ils ont eu les mêmes seriXÀuietto*

i36 TnAiTÊ

Comment faire en ces rencontres pour découvrir lapen» < des prophètes au moyen de Fliistoire de l'Écriture? c*c ce gue je vais expliquer brièvement. Il faut premièreme: suivre le même ordre dont nous avons déjà parlé, < commencer par les choses les plus générales, en s'efibi çant avant tout d'apprendre par les plus clairs endroit de rÉcriture ce que c'est que prophétie ou révélation, el en quoi elle consiste principalement. Il faut examinei ensuite la nature du miracle, et continuer ainsi d'éclaircir les notions les plus générales qui se rencontrent dans les livres saints. De là il faut descendre aux opinions particulières de chaque prophète, et enfin au sens de chaque révélation ou prophétie, de chaque récit historique, de chaque miracle. De quelle précaution il convient d'user dans cette recherche pour ne point confondre la pensée des prophètes et des historiens avec celle du Saint-Esprit et la vérité même de la chose, c'est ce que j'ai précédemment rendu sensible par plusieurs exemples. C'est pourquoi je n'insisterai pas ici sur ce point, me bornant à ajouter, touchant le sens des révélations, que cette méthode nous fait découvrir seulement ce que les prophètes ont vu ou entendu, et non pas ce qu'ils ont voulu exprimer ou représenter au moyen de ces symboles. Cela peut sans doute se deviner; mais cela ne peut se déduire rigoureusement des paroles de l'Écriture.

Voilà donc la vraie méthode pour interpréter l'Écriture sainte, et il est bien établi qu'elle est la voie la plus sûre, la voie unique qui nous fasse pénétrer jusqu'à son véritable sens. J'avoue que si l'on avait entre les mains, par une tradition 'certaine, l'explication véritable des prophéties recueillie de la bouche même des prophètes, et telle que les pharisiens se vantent de la posséder, ofObien si l'on pouvait s'adresser, comme font les catho* Uques romains, à un pontife qui, à les en croire, est Infaillible dans l'interprétation , des livres saints, j'avoue alors que l'on posséderai, wn^ c^i\\\\si^^ ^\ms» grande que celle que je propose ; mais comm^ c^XXfc Y^^\ft?càsvR'«»

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dition est extrêmement incertaine, et Tinfaillibilité du pape fort mal appuyée, on ne peut rien fonder de bien solide sur aucune de ces deux autorités, l'une qui a été niée par les plus anciens d'entre les chrétiens, l'autre qae les plus anciennes sectes juives n'ont jamais recon- Me. J'ajoute (pour ne rien dire de plus) que si l'on regarde â la suite des années, telle que les pharisiens l'ont recueillie de leurs rabbins, et par laquelle ils font remonter leurs traditions jusqu'à Moïse, on la trouve entièrement fausse, ainsi que nous le prouverons ailleurs, n faut donc tenir cette tradition pour très-suspecte. Et Inen que dans notre méthode nous soyons forcé de supposer quelque tradition des Juifs comme incorruptible, savoir, la signification des mots de la laitgue hébraïque qui nous ont été transmis par eux, cela ne nous oblige pas d'admettre aucune autre tradition. Si en eflfet il arrivesouvent qu'on altère le sens d'un discours, il ne peut en être habituellement de même pour la signification d'un mot. Ici, en effet, on rencontrerait des difficultés insurmontables, puisqu'il faudrait interpréter tous les auteurs qui ont écrit dans la même langue et se sont servis du même mot dans son sens usuel ; il faudrait, dis-je, interpréter chacun de ces auteurs conformément à son génie et à ses sentiments particuliers, ou bien altérer complètement sa pensée avec une adresse et des précautions infinies. D'ailleurs le vulgaire et les doctes n'ont qu'une même langue, au lieu que ceux-ci sont seuls dépositaires du sens d'un discours et des livres; ce qui fait bien comprendre que les savants aient pu aisément altérer ou. corrompre le sens d'un livre très-rare qu'ils avaient seuls entre les mains, tandis qu'ils n'ont jamais pu changer la* significatîon des mots. Ajoutez à cela que si quelqu'un voulait altérer le sens d'un mot pour lui donner un nouveau sens, il aurait bien de la peine à s'y astreindre chaque fois qu'il aurait besoin de ce mot, soVÎ e^xv ^«x\«o^.^ soHen écrivant Concluons donc, par toules t^^ tàç^qîûs. et one foule d'autres semblables, qu'il rf est ^amA'fc'^^^^

dans l'esprit de personnii de corrompre une langue, mai qu'il a pu souvent arriver qu'an ait altéré la pensée d'un écrivam eu changeaut Je texte de son discours , on m îui donnant une fausse interprétation- Et parconsOqueni, puisque notre mélliode, qui consiste à ne demander connaissance de l'Écriture qu'il l'Écriture elle-môinc, la seule véritablo méthode, toutes les fois qu'eJk pourra nous fournir l'explication fidèle d'un passage dr! livres saints, il faudra désespérer de la trouver*

Expliquons mainteuant les diûicultésde ceLte métUodc et ee qui pont lai manquer pour nous donner une connaissance exacte eteertaine des livres sacj'ès. bi preoaière et la principal; dilEculté, c'est qu'il faut posséder parfaitement la langue hébraïque. Or d'où lirer cette connaissance? Les anciens grammairiens hébreux ne mm ont rien laissé ^ur les fondements de cotte langue etir sa théorie. Quant à nous, du moins, nous n'en voyais aucun vestige; nous n'avons ni dictionnaire, ni grammaire, ni rhétorique liébraïques. La nation juive a perdu loutû sa gloire et tout son éclat ; et fauMl s'en étonner ûpm les malheurs et les persècuitons qu'elle a soîifïerÉsl A peine a-t-ello conservé quelrpies débris de sa lânp«t quelques raonuracnts de sa littérature; la plupart dci noms, ceux des fruits, des oiseaux, des poissons péri par rinjure dn temps; la signification d'snie foi de mots et de verbes que Ton rencontre dans h Dibl»* ù\ ignorée ou livrée à la controverse. Mais ce n'est pâ*tûi encore: la syntaxe de cette langue n'existe plus, l't phiparl des termes et des locutions propres à h aal hébraïque n'ont pu résister à l'action dévôraute du temj qui les a effacés de la mémoire des hommes. On coi donc qu'il ne nous sera pas toujours possible de comme nous le voudrions, tôus les sens que chaq &agê a pu recevoir des habitudes de la langue^ et devrase rencontrer beaucoup d endrolb dont lesem ira fart obscur et presque inmlelU^iihle, bien qu'ût

ïpQ$és de termes liïâaK^uuu^* W^^\k\£a k t^

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'une histoire complète de la langue hébraïque les diffioltés qui naissent de la constitution et de la nature léme de cette langue. Elles sont si grandes et les ambi- Dites reviennent si souvent qu'une méthode capable e donner le vrai sens de tous les passages de rËcMture st quelque chose d'absolument impossible*. On s'en 3nvaincra si l'on veut remarquer qu'outre les causes 'ambiguïté communes à toutes les langues, il en est qui )nt particulières à la langue hébraïque et d'où sortent ne infinité d'équivoques inévitables. C'est ce que je crois tile d'expliquer ici avec l'étendue convenable.

La première cause d'ambiguïté et d'obscurité dans les yres saints vient de ce que les lettres d'un même organe éprennent l'une pour l'autre. Les Hébreux, en effet, diisent toutes les lettres de l'alphabet en cinq classes qui orrespondent aux cinq parties de la bouche qui servent la prononciation, savoir : les lèvres, la langue, les dents, 3 palais et le gosier. Par exemple : alpha ^ ghet^ hgain, e sont appelées gutturales, et se prennent indifféremlent , à notre avis du moins, Tune pour l'autre. Ainsi, el, ui signifie vers^ se prend souvent pour hgal , qui signifie u4€ê9us, et réciproquement. Et de là vient que toutes 38 parties du discours sont presque toujours ou ambiguës a dépourvues d'un sens précis.

La seconde cause d'ambiguïté , c'est que les conjoncons et les adverbes ont plusieurs signiGcations. Par xemple, îau^ qui est aussi bien conjonctive que dis- )nctive, signifie et^ mais, pour^ que^ or^ alors. Ki a gaiement sept ou huit significations, savoir : parce que y mque, sij quand ^ de même que ^ ce quCy combustion ^ etc.; .

en est de même de presque toutes les particules.

Mais voici une troisième source d'ambiguïtés multiliées : les verbes, en hébreu , n'ont à l'mcÙcatif ni préent, ni prétérit hnparfait, ni plus-que-parfait, ni futur atfait, ni les antres temps les plus usités dans k& «^^\x^^

i, Têfmlm/ifyêu margàmUêâêSpktMa, note U

f40 TRAITÉ

langues; à Fimpéralif et à ilnflniUf, ils n'ont d'autres temps que ïe présent ; an subjonctif enfin , ils n'en ont point du tout» Or, bien qu'il soit aisé de réparer ce défaut de temps et de modes selon des refiles certaiMâ îi* rées des principes de la langue, et que réléganre même y trouve son compte, il n'en est pas moins rraî q ■ plus anciens écrivains ont néglifçé totalement ces n mettant sans distinction le futur pour le présent f*l pour le prétérit, et réciproquemeut le prétérit pour le hlm, se servant de Findicatif pour Timpéralif et pour le mliîonctif ; donnant enfin naissance à une foule d'amplnlM> logios.

Outre ces trois causes d'ambisjuKté , j'en dois citer deos autres qui sont encore de pins grande conséquence : h première, c'est querhébreu n'a pas de vo^^elles; h seconde, c'est qu'il ne fournit aucun signe pour sépfirer les phrases et prononcer les mots, Jù sais bien qa*oiî ^ remplacé tout cela dans la Bible par des points et d^s ^' cents; mais nous ne pouvons nous y fier, sacîiau! hm qu'ils ont été imaginés et introduits par des hommeâ d'nn temps postérieur, dont l'autorité ne doit avoir awcuiw valeur à nos yeux. Quant aux anciens Hébreuï, il paifaitement certain, par une foule de témoignai*es, qu écrivaient ?ans points (je veux dire sans voyelles et kj accents), de sorte que les interprètes venus plus tard ont ajoutés au texte suivant la manière dpnt ils IVnli daient : d'où il suit qu'il n'y faut voir autre cbose que t«i sentiments particuliers, et ne pas accorder à ces si arbitraires plus d'autorité qu'à une explication pmpi ment dite* G*est faute de savoir toutes ces circûmt«a< que plusieurs ne peuvent comprendre pourquoi Vmitt\ de VÈ pitre aux Hébrmx est parfaitement excusable d^w^^^ {au chap. xî, vers, 21) interprété le texte du cliap^sn vers» 3! 1 de la Gmhe ioxïl autrement qu'il ne faudrait W en âuîviiiit le texte punclaé. Je demande en effet siT^ip**^ nvmt à s'?idresser anx ^ouctuistn ^our entendra Vt^ (ute. C'est bien plul61 ees ^mtXxsc^XftA ^mr\»^ft*

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faut mettre en cause; et pour le prouver, et en même temps pour faire voir à chacun que cette divergence dans l'interprétation provient du défaut de voyelles , je vais exposer ici les deux sens qu'on a donnés à cet endroit de l'Écriture. Les ponctuistes ont entendu ainsi (par leur manière de ponctuer) : Et Israël se pencha sur^ ou (en changeant hgain en alepk^ lettre du même organe) vers le chevet de son lit. L'auteur de VÉpître a entendu , au contraire : Et Israël se pencha sur le haut de son bâton. Pourquoi celaî c'est qu'il a lu mate au lieu de mita y différence qui est tout entière dans les voyelles. Or, maintenant , comme il ne s'agit dans le récit de la Genèse que de la vieillesse de Jacob , et non pas de sa maladie, dont il est parlé seulement au chapitre qui suit, il est vraisemblable que l'écrivain a voulu dire que Jacob se pencha sur le haut de son bâton, geste familier aux vieillards d'un âge très-avancé, et non pas sur le chevet de son lit. Ajoutez que cette manière d'entendre le texte a encore un autre avantage , c'est qu'on n'est obligé de supposer aucune subaltemation de lettres. Cet exemple peut donc servir, non-seulement à montrer l'accord de ce passage de VÉpître aux Hébreux avec le texte de la Genèse, mais à faire voir en même temps combien peu il faut se Ger à la ponctuation et à l'accentuation actuelles de la Bible ; d'où il résulte qu'on doit les tenir pour suspectes, et revoir le texte tout de nouveau, si l'on veut interpréter sans préjugé les saintes Écritures.

Je reviens à mon sujet : il est aisé de reconnaître par la nature et la constitution de la langue hébraïque qu'aucune méthode n'est capable d'en éclaircir toutes les difficultés. Car il ne faut point espérer d'y réussir par la comparaison des pc^sages, bien que ce soit le seul moyen de reconnaître le véritable sens de chacun d'eux , parmi ime infinité de sens divers que l'usage de la langue permet de leur donner. Mais d'abord ce n'est guère que par hasard qu'un passage peut servir à en èclaÎTCvc ua ^w\x^ ^ un] prophète D'ayant écrit dans le desseVa d'ex^^i^^

i42 T&ÀITÉ

ses propres paroles ou celles de ses devanciers. De plus, nous ne pouvons pas déduire la pensée d*un prophète, d'un apôtre , etc. , de celle d'un autre prophète ou d'un autre apôtre , si ce n'est dans les choses qui regardent la pratique de la vie; mais dès qu'il s'agit de choses spéculatives, ou de récits historiques et miraculeux, cela est absolument impossible. Et il me serait aisé de montrer icipar plusieurs exemples qu'ily adans l'Écriture une foule de passages inexplicables; mais j'aime mieux sjoumer présentement cette espèce de preuve, afin de terminer^ ce qui me reste à dire sur les difficultés et les défauts qui se rencontrent dans la méthode que je propose ici pour interpréter l'Écriture. Cette méthode nous impose la nécessité de connaître l'histoire de la destinée de tous les livres de l'Écriture ; or cette histoire nous est le plus souvent inconnue; car, ou bien nous ne savons pas du tout quels ont été les auteurs de ces livres, ou, si l'on veut, les personnes qui les ont écrits, ou bien nous avons ao moins des doutes sur ce point. De plus, ces ouvrages dont les autours nous sont inconnus^ nous ignorons à quelle occasion et en quel temps ils ont été écrits. Mais ce n'est pas tout : nous ignorons encore quelles mains les ont recueillis, quels exemplaires ont fourni des leçons si diverses; nous ne savons pas enfin si d'autres exemplaires ne renfermaient pas d'autres leçons. Or nous avons fait voir ailleurs combien il serait important d'être instmitde toutes ces circonstances. Mais n'en ayant dit que peu de mots , c'est ici le moment d'en parler avec quelque étendue.

Supposons qu'on vienne à lire dans un ouvrage des choses incroyables, ou incompréhensibles, ou écrites en termes obscurs, que l'auteur en soit inconnu, etqu'oa ignore en quel temps et à quelle occasion il les a écrites, il est clair qu'on chercherait en vain à s'assurer du véritable sens de ses paroles, puisqu'il serait impossible de savoir quelle a été, quelle a pu ôtre l'intention qoilesi dictées. Si, au contraire >Votv ^%\.^^\l^^m^^îiiforflé

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sur tous ces points, on peut alors débarrasser son esprit de tout préjugé, et déterminer exactement ce qu'il faut et ce qu'il ne faut pas attribuer à Tauteur de cet ouvrage ou à celui qui Ta inspiré; on a une règle entre les mains pour interpréter son livre , et n'y rien supposer que ce (IQ*!! contient effectivement et ce que comportent le temps elles circonstances où il a été composé. Tout cela ne sera certainement contesté de personne. C'est en effet la chose fa monde la plus ordinaire de lire des récits du même Renre en divers ouvrages, et d'en juger tout diversement suivant l'opinion qu'on s'est formée des auteurs, le me souviens d'avoir lu autrefois quelque part qu'un certain personnage nommé Roland furieux traversait les régions de l'air ^ur un monstre ailé qu'il menait à son gré, massacrant un nombre infini d'hommes et de géants , et miDe autres récits fantastiques tout à fait inconcevables pour la raison. Or, il y a dans Ovide une histoire toute pareille de Persée ; et dans les livres des Juges et des Rois, il est dit que Samson , seul et sans armes, tua des milliers d'hommes, et qu'ÉUe fut enlevé au ciel sur un char enflammé et traîné par des coursiers de feu. Je dis donc î^e toutes ces histoires sont exactement semblables ; et néanmoins nous en portons des jugements très-divers ; car nous disons que l'auteur de Roland furieux a écrit pour se jouer, et qu'Ovide a eu des vues politiques ; mais le troisième historien nous expose des choses sacrées. D'où vient cette différence ? uniquement des opinions que nous nous sommes formées à l'avance touchant ces trois écrivains. 11 est donc certain que , pour interpréter des ouvrages qui contiennent des choses obscures et incompréhensibles , il est particulièrement nécessaire d'en connaître les auteurs. Et de même aussi , par des raisons toutes semblables, on conçoit qu'il ne serait pas possible de discerner, parmi tant de leçons diverses qui se rencontrent dans les histoires obscures, quelles sont les véritables, à moins de savoir en quels exemp\a\tea ç,^?>\^î- ÇOJis ont été trouvées^ et 3% n'y a pas à*auUQ?>\ft^^^^

données par des hommes d'une plus grande autorité.

Une autre difficulté que rencontre notre méthode dons riuterprétation de certains livres de TÉcriture, c'est que nous ne les avons plus dans la môme langue où ils ont été écrits. C'est une opinion généralement reçue que VÉvangile selon saint Matthieu et même VÉpitre am Hébreux ont été écrits en langue hébraïque; or le texte primitif n'existe plus. De même on ne sait pas bien en quelle langue a été écrit le livre de Job. Aben Hezra soutient en ses commentaires qu'il a été traduit d'une antre langue en hébreu, et il en explique ainsi les obscurités. Je ne dis rien des livres apocryphes; car ils n'ont pas i beaucoup près la même autorité.

Voilà toutes les difficultés qu'on a à surmonter quand on veut interpréter l'Écriture en se fondant sur son histoire. Elles sont si grandes que j'ose affirmer qnll faut savoir ignorer le véritable sens d'une foule de passages des livres saints, si l'on ne veut se payer de vaines conjectures. Toutefois il faut bien remarquer que ces difficultés ne se présentent que lorsqu'il s'agit dans les prophètes de choses incompréhensibles pour la raison, ou qui ne s'adressent qu'à l'imagination; car pour les choses que l'entendement peut atteindre d'une vne claire et distinctes et qui sont concevables par ellesmêmes, on a beau en parler obscurément, nous les entendons toujours sans beaucoup de peine, suivant le proverbe: A. qui comprend, un mot suffit. Ëuclide, par exemple, qui n'a traité dans ses livres que d'objets trèssimples et parfaitement intelligibles, se fait comprendre en toute sorte de langues par les moins habiles ; et il n'est point du tout nécessaire, pour pénétrer dans sa pensée et être certain du véritable sens de ses paroles, de pos* sédcr parfaitement la langue où il a écrit; il suffit d'en avoir une connaissance très-ordinaire et dont un enfant serait capable. Ce n'est pas non plus une chose nécessaire

/. Vojez les Notée de Spinoza, uviVtà ^.

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e connaître la vie de cet auteur, ses mœurs, ses préjugés, j temps et la langue où il a composé ses ouvrages, à iû il les a adressés, les diverses fortunes qu'ils ont ubies, les diverses leçons qu'ils ont reçues, comment jnfin et par qui leur autorité scientifique s'est établie. Or îeque nous disons d'Ëuclide se peut étendre à tous ]es luteurs qui ont traité de choses concevables par ellesmêmes. D'où je conclus qu'il n'est rien de plus aisé que de comprendre l'Écriture au moyen de son histoire, et d'en établir le véritable sens en tout ce qui touche les Tentés morales ; car les principes de la véritable piété, étant communs à tous, s'expriment dans les termes les plus familiers à tous, et il n'est rien de plus simple ni de plus facile à comprendre ; d'ailleurs, en quoi consiste le salut et la vraie béatitude, sinon dans la paix de l'àme? Or l'âme ne trouve la paix que dans la claire intelligence des choses. Il suit donc de là de la façon la plus évidente îue nous pouvons atteindre avec certitude le sens de l'Écriture sainte en tout ce qui touche à la béatitude et au salut. Et s'il en est ainsi, pourquoi nous mettre en peine du reste ? Comme il faut beaucoup d'intelligence et un grand effort de raison pour pénétrer jusqu'à ces matières, c'est un signe assuré qu'elles sont plus faites pour satisfaire la curiosité que pour procurer une utilité véritable. J'ai exposé, dans ce qui précède, la vraie méthode pour interpréter l'Écriture, et il me semble que ma pensée doit paraître suffisamment éclaircie. Aussi je ne doute pas que chacun ne s'aperçoive que cette méthode ne demande aucune autre lumière que celle de la raison oatorelle, dont la fonction et la puissance consistent surtout, comme on sait^ à conduire l'esprit par des conséquences légitimes de ce qui est connii ou donné Comme tel à ce qui est obscur et inconnu. Or notre lUéthode ne requiert point d'autre procédé qu^ e^VoiAk^ H si e]]e n'est pas capable ^ comme nous le TeGOii\i^\^^oTk& oas-mâme, de surmonter toutes les dii&cuWê?^ c^\à ^v^

rencontrent dans Tinterprétation des livres saints, ce n'est point à elle qu'il faut reprocher cette insuffisance; la difficulté tient à ce que les hommes n'ont pas toujours suivi la voie droite et l(^gitime ; et cette voie, ainsi abandonnée de tous, est devenue avec le tetnps si diilicile et si obstinée qu'il est presque impossible de s'y frayer un passage. C'est ce dont on peut s'assurer, je crois, en considérant la nature des dillîcultôs qui ont été signalées tout à l'houre.

H ne nous reste plus qu'à examiner les opinions de ceux qui combattent la nôtre. La première qui se présente consiste à prétendre que Tinterprétalion de l'Écriture surpasse la portée de la raison naturelle, et qu'uae lunnère surnaturelle est absolument nécessaire pour comprendre les livres saints. Qu'(înleiiJent-ils* par cette lumière surnaturelle? c'est un point dont je leur laisse l'explication. Quant à moi, je n'y vois autre chose que cet aveu, déguisé il est vrai sous des ternies obscurs, qu'ils ont les uiéines doutes que nous sur un i;raud nomj)rc de passn^cs dii l'Écriture. Que l'on examine en effet d'un o'il attentif les expHcations qu'ils nous donnent; bien loin d'y trouver un caractère surnatniel, ou u'j verra que de simples conjectures. Et si on compare ces conjectures avec l'interprétation de ceux qui avouent iuj^énum(înt qu'ils ne sont éclairés d'aucune luuiièK surnalurolle, on se convaincra que tout est parfaitennîflt égal de part et d'autre, et qu'il n'y a des cIcuxcùtésiieB autre chose que des explications humaines, trouvée* avec eilort après de longues méditations. Nos adversaire* soutiennent, il est vrai, que la lumière naturelle estlrûf faible pour pénétrer jusqu'à l'Écriture sainte ; ma* u'avons-nous pas déjà démontré que la dillicullé de** tendre les livres saints ne provient pas de la faiblesse i la laison, mais de la paresse (pour ue pas dire de h; iualice) de ceux qui ont négligé de nous transmetUibi quand la chose élail \)o^\Ule et facile, une hisioirefidA de i'Écritureî De ç\us^\3.\\xici&t^ ^\ix\i\bX\a^\!lû dout <•!

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ms parle est, au sentiment de tout le monde, un don ▼în qui n'est accordé qu'aux fidèles. Or ce n'est pas IX seuls fidèles que les prophètes étaient habitués à adresser, mais plus particulièrement aux infidèles et IX méchants, qui à ce compte eussent été incapîiblrs î comprendre les paroles des apôtres et des prophètes.

semblerait donc que ces envoyés divins avaient mis-^^ on de prêcher seulement aux enfants, et non pas à des )mmes doués de raison. Je demande aussi à quoi il irait servi que Moïse établît des lois, «ilcs fidèles seuls, ai n'ont besoin d'aucune loi, eussent été capables de les itendre. Il paraît donc bien certain que ceux qui, pour atendre les prophèles et les apôtres, chiTchent une iTuière surnaturelle ne sont pas suifisamment éclairés e la naturelle; tant s'en faut qu'ils aient reçu des dons upérieurs et divins.

Maimonide a adopté des sentiments bien différents. îl i cru qu'il n'y a point de passage dans rÉcritnre qui l'admette plusieurs sms divers et même contraires, H ja'ilest impossible d'être assuré du véritable, si l'on n'a apreuve que Tinter] ré'ation qu'on propose ne contient lenqui ne soit d'accord avoc la raison. Car s'il se trouve pie le sens littéral, quoique parfaitement clair en soi, îhoqiie la raison, il est d'avis qu'on le doit abandonner ?ouren chercher un autre; c'est ce qu'il explique trcs- ^ressémcntau chap. xxv, part. 2, du livre More JSebufeî; « Sachez bien, dit-il, que si nous ne voulons pas ^mettre F éternité du monde, ce n*est point à cause des passes de l'Écriture oh il est dit que le monde a été créé; car ^ya tout autant de passages oh Dieu nous est représenté ^me corporel. Or, de même que nous avons expliqué ces droits de l'Écriture de façon à éloigner de la nature de ^ea toute matérialité, nous aurions également trouvé moyen interpréter les passages sur la création dans un sens fovo- Ufle à V éternité du monde ; et la chose même eût été pour ^splus facile et plus commode; mais ce qni nous a cm- ^hé d^en user de la sorte et d admettre quft le monde e%i

étemel^ ce sont les deux raisons que voici: 1® Il résulte As plus claires démonstrations que Dieu n* est pas un être corporH, vtpar conséquent il es/ nécessaire d'approprier à cette vérité tous les endroits de l'Écriture qui y sont littéralement cou* trairesy puisqu'il est de toute certitude que l'interprétation littérale n'est pas véritable. Mais Vétemité du monde n'erf établie par aucune démonstration; d'où il résulte qu'il n'y a aucune nécessité de faire violence au texte de l'Écriture pour la mettre d'accord avec une opinion tout au plus vraisetih blablc, puisqu'il y a même quelque raison d'incliner vers l'opinion contraire. 2* Ma seconde raison c'est que le principe de r immatérialité de Dieu n'a rien de contraire à l'esprit de la loiy etc.; au lieu que l'éternité du monde^ admise au sens d'Aristote^ détruit la loi par son fondement, etc. Telles sont les propres paroles de Maimonîde, et il est aisé de s'assurer que nous avons fidèlement rapporté sa doctrine ; car si cet auteur eût admis par la raison que le monde est éternel, il n*eût pas hésité à presser et à violenter le texte de l'Écriture pour en tirer la confirmation de ce principe. 11 eût même été immédiatement convaincu, eo dépit de l'Écriture et contre ses déclarations les pte claires, qu'elle enseigne expressément l'éternité du monde. Il suit de là que, dans l'opinion de Maimonide, on ne peut élre certain du véritable sens d'un passage de l'Écriture, si clair qu'il soit d'ailleurs, tant qu'on esl en doute sur la vérité de la doctrine qu'il exprime. Car pendant que ce doute subsiste, on ignore encore si k sens littéral de l'Écriture est d'accord ou non avreU /aison, et par conséquent s'il est ou non le véritable. Certes si Maimonide disait vrai, j 'a voue rais francbomeal que pour interpréter l'histoire il faut une autre lumièrt que celle de la raison naturelle. Car n'y ayant presque rien dans la Bible qui se puisse déduire de principe rationnels, il est clair que la raison ne peut nous êlr d'aucune utilité en ces rencontres pour entendre le livres saints, et dès lors une lumière plus haute seni absolument nécessaire, \iii^ ^uVt^ ^^tsat^eace de l'oi* ^

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nîondc Maimonide, c'est que le vulgaire, qui ne sait ce que c'est qu'une démonstration ou n'a pas le temps de s'y appliquer, ne pourrait connaître l'Écriture sainte cpe sur l'autorité et le témoignage des philosophes ; et, à ce compte, il faudrait 1ns supposer infaillibles. Voici donc une autorité fort nouvelle dans l'Église, une nouvdle espèce de prêtres et de pontifes ; et certes elle inspirerait au vulgaire moins de vénération que de mépris. On dira que notre méthode exige, elle aussi, une connaissance que le vulgaire ne peut acquérir, celle de l'hébreu ; nuiis cette objection ne nous atteint réellement pas. Car la masse des Juifs et des gentils, à qui s'adressaient antrefois dans leurs prédications et dans leurs écrits les prophètes et les apôtres , entendait parfaitement tenr langage , et partant pouvait entendre leur pensée, au lieu qu'elle était incapable de saisir la raison des choses qu'on lui enseignait, ce qui était pourtant, sni?ant Maimonide, une condition nécessaire pour les comprendre. Ce n'est donc pas une suite nécessaire de notre méthode d'obliger le peuple à se soumettre au témoignage des interprètes de TÉcriture, puisque nous citons un peuple qui entendait la langue des prophètes et des apôtres ; et nous pouvons mettre Maimonide au défi d'en indiquer un qui soit capable de comprendre la raison les choses. Quant au peuple d'aujourd'hui , nous avons lèjà fait voir qu'il lui est facile d'entendre en chaque angne toutes les choses nécessaires au salut, sans avoir )esoin d'en connaître la raison ; elles ont en effet un îaractère si général et un rapport si étroit à la vie comttune qu'elles se font concevoir par elles-mêmes et ndépendamment du témoignage des interprètes. Il en isitout autrement, je l'avoue, des passages des livres ^ts qui ne regardent pas le salut; mais ici le peuple i\es doctes partagent la même fortune.

Je reviens au sentiment de Maimonide , afin de l'exa- Tiiner de plus près. Jl suppose , en premier \\o.\\ > ç\vi^\^% pophètes sont d'accord entre eux sur toules eYio^^s ^ ^x

iëiO tbait£

que ce sont même de grands philosophes et de fjpraads Ûiéologions, pnisque leurs opinions, suivant lui , sont toujours fondées sur la vérité des choses; or, nous avons prouvé le contraire au chapitre ii. Il suppose , en second lieu , que TÉcriture ne fournit point à qui veut TinteN prêter les lumières nécessaires, par la raison qu'elle ne démontre rien , ne donne jamais de définitions, ne remonte pas enfin aux premières cause;:, d'où il suit que ce n*est point en elle qu'il faut chercher la vérité des choses, et en conséquence que ce n*est point olle qui peut nous éclairer sur son propre sens. Mais cette seconde prétention est aussi fausse que la première , et nous avons également montré dans notre deuxième chapitre, tant parla raison que par des exemples, que le sens de rÉcriture ne doit être cherché que dans TÉcriture elle-même, lors même qu'elle ne parle que de choses accessibles à la lumière naturelle. Maimonide suppose enfin qu'il noai est permis d'iuterpréter l'Écriture selon nos préjugés, de la torturer à notre gré, d'en rejeter le sens littéral, quoique très-clair et très-explicite , pour y substituer un autre sens. Mais outre que cette licence est tout ce qu'il y a de plus contraire aux principes que nous avons établis dans le chapitre déjà cité et dans les suivants, qui ne voit qu'elle est excessive et téméraire au plus haut degré? Acco^ dons-lui du reste cette extrême liberté; de quoi luiscP* vira-t-elle? de rien assurément; car il sera toujours iiapossible d'expliquer et d'interpréter par sa méthode les passages obscurs et incompréhensibles qui composent la plus grande partie de l'Écriture , au lieu qu'il n'y ariea au monde de plus facile, en suivant notre méthode, qnfl d'cclaircir beaucoup de ces obscurités et d'aboutir 8^ rement à d'exactes conséquences, ainsi que nousl'avois déjà prouvé, et par la raison et par le fait. Quant aox passages qui par eux-mêmes sont intelligibles, on en cofr naît assez le sens parla construction du discours. Jecondus de là que la méthode de Maimonide est absolument ' mutile. Ajoutez qu'ii\\etj\& Q.\x^^\x^<^Vs;3(viV^l&cerlitade

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qtill peut tirer d'une lecture faite avec sincérité, et à tout femonde la faculté d'entendre TÉcriture parune méthode tonte différente. Il faut donc absolument rejeter la méthode de Ma imonide commeinutile, dangereuse et absurde. Si on nous propose maintenant la tradition des pbarifiens ou l'autorité des pontifes de Rome , nous dirons que h première n'est pas d'accord avec elle-même; et quant à la seconde, elle ne s'appuie pas sur des témoifçnages Msez authpntiques, et nous n'avons pas d'autre motif pow la rejeter. Car si l'Écriture nous montrait l'autorité de ces pontifes aussi clairement qu'elle fait celle des pontifes de Tancienne loi, peu nous importerait qu'il y ait eu des papes hérétiques et impies, puisqu'il s'en est également rencontré parmi les Hébreux qui ne valaient pas davantage, et qui se sont emparés du pontificat par des noyens illégitimes, ce qui ne les a pas empochés d'exercer le pouvoir suprême d'interpréter la loi. On peut en loir la preuve dans V Exode ^ chap. xvir, vers. 11 et 12; chp. XXXIII, vers. 10; et dans Malachie^ chap. ii, vers. 8. Or, comme nous ne rencontrons dans l'iijcriture aucun témoignage semblable en faveur des pontifes romains, bar autorité demeure à nos yeux fort suspecte. On dira peut-être que la religion catholique n'a pas moins besoin d'on pontife que l'ancienne loi ; mais ce n'est là qu'une iDusion ; car il faut remarquer que la loi de Moïse étant pour les Hébreux le droit public de la patrie , elle ne pouvait subsister sans une autorité publique ; car s'il était permis à chaque citoyen d'interprétor à son gré les droits des autres citoyens, il n'y a point dÉtat qui lût capable desetnaintenir. Le droit public ne serait plus que le droit particulier, et l'oindre social s'écroulerait incontinent. Mais il en va tout autrement en matière de religion : car comme elle consiste moins dans les œuvres extérieures que dans la «implicite et la pureté de l'âme , elle n'a besoin d'être protégée par aucune autorité publique. Ce n'est point ea effet lempire dos lois , ce n'est point la iotc^ ^>ibligue» qui donnent aux cœurs cette droiture eV. ^^>X^

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pureté; et personne ne peut être contraint par la fore< à suivre les voies de la béatitude. Des conseils fraternels et pieux, une bonne éducation, et avant tout la libre possession de ses jugements , voilà les seuls moyens d'y conduire. Ainsi donc, puisque chacun a ideinement le droit de penser avec liberté, même en matière de religion, et qu'on ne peut concevoir que personne renonce à l'exercice de ce droit, il s'ensuit que chacun dispose d'une autorité souveraine et d'un droit absolu pour prendre parti sur les choses religieuses, et par ex)nséquent pour les expliquer lui-même et en être l'interprète. Car de même que le droit d'interpréter les lois et la décision souveraine des affaires publiques n'appartiennent au magistrat que parce qu'elles sont du drmt public , de même chaque particulier a une autorité absolue pour décider de la religion et pour l'expliquer, parce qu'elle est du droit particulier. Il s'en faut donc beaucoup qu'on puisse inférer de l'autorité qu'exerçaient jadis le5 pontifes hébreux dans l'interprétation des lois du pays, que le ponlifq^ romain ait le même droit pour interpréter la religion ; tout au contraire , on est mieux fondé à en conclure que chacun a ce droit pour ce qui le concerne, et nous tirons de là une preuve nouvelle de l'excellence de notre méthode. Car puisque chacun a le droit d'interpréter l'Écriture, il en résulte que la seule règle donlil faille se servir, c'est la lumière naturelle commune à tous les hommes, et par suite que toute lumière surnaturelle, toute autorité étrangère, n'y sont nullement nécessaires. Il ne faut point en effet que l'interprétation des livres saints soit si diiiicile qu'elle ne puisse être pratiquée que par de très-subtils philosophes; il faut au contraire qu'elle soit proportionnée à la portée commune et à l'ordinaire capacité des esprits; or c'est là justement le caractère de notre méthode , puisque nous avons montré que ce n'est point à elle qu'il faut s'en prendre de toutes les difficultés qui se leucoatrent dans l'explication des livres saints, niais à Vatife^Vv^^ii^^^^^\xwxv\S!kRs»x

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