Voyez VElhiqw, part, l. Propos. XVIII et XIX
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se croit libre de chercher la vengeance; s'il a peur, libre de a'en* fuir. C'est encore ainsi que Thomme ivre est persuadé qu*il pro* nonce en pleine liberté d'esprit ces mêmes paroles qu'il voudrait bien retirer ensuite quand il est redevenu lui-même ; que Tbomme en délire, le bavard, l'enfant et autres personnes de cette sorte sont convaincus qu'ils parlent d'après une libre décision de leur esprit, et non par un aveugle emportements Or, comme ce préjugé est inné et universel, il n'est pas aisé de s'en délivrer. L'expérienoe a beau nous enseigner que rien n'est moins au pouvoir des hommes que de gouverner leurs appétits , et qu'en mille rencontres , livrés au conflit des passions contraires, ils voient le mieux et font le pire, nous n'en continuons pas moins de nous croire libres. Et pourquoi ? parce que nous sentons, quand nos désirs pour un objet sont trèsfaibles , que nous pouvons aisément les maîtriser par le souvenir d'un autre objet auquel nous pensons habituellement.
Maintenant que j'ai suffisamment expliqué , si je ne me trompe , mon sentiment véritable touchant la nécessité libre et la nécessité de contrainte , il m'est aisé de répondre aux objections de votre ami. Car, lorsqu'il dit avec Descartes que celui-là est libre qui n'est contraint par aucune cause extérieure , s'il entend par un homme contraint celui qui agit contre son gré, j'accorde alors qu'en plusieurs rencontres nous ne sommes contraints d'aucune feçon, et sous ce point de vue nous avons le libre arbitre. Mais s'il entend par un homme contraint celui qui agissant à son gré agit pourtant nécessairen>ent, ainsi que je l'ai expliqué plus haut, je nie qu'en aucun cas nous soyons libres.
Votre ami affirme au contraire que nous pouvons exercer noire raison avec une entière liberté; en d'autres termes, que twus en disposons d'une manière absolue. Et c'est un point sur lequel il insiste avec une confiance parfaite , pour ne pas dire excessive. Qui me contestera, dit-il, à moins d'être démenti par sa propre conscience, que je suis maître de penser actuellement dans mon for intérieur que je veux ou que je ne veux pas écrire ? Mais je voudrais bien savoir de quelle sorte de conscience nous parle ici votre ami , si ce n'est
l. Voyex VBlhique, part. 1, Propos. XXXII; part. 2, Propos XLVIII; et siutot)t le Scholie de la Propos. IT, part. 3.
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pas celle que j'ai décrite toulà Theure en me servant de l'exemple de la pierre. Pour moi, qui tiens autant que lui à ne pas être démenti par ma conscience, c'est-à-dire par Texpérience et la raison, et qui de plus ne veux point entretenir les préjugés et l'ignorance, je nie formellement que je puisse penser, d'une puissance de penser absolue , que je veux actuellement ou que je ne veux pas écrire. Et ici j'en appelle à mon tour à la conscience de votre ami , et je lui demande s'il n'a pas éprouvé que dans les songes il ne possède pas cette puissance de vouloir ou de ne pas vouloir écrire, et que, quand il songe qu'il veut écrire, il n'a pas le pouvoir de ne pas songer qu'il veut écrire; je lui demande encore si Texpérience ne lui a pas montré que Tûme n'est pas toujours également propre à penser à un môme objet; mais que, suivant que le corps est plus ou moins disposé à ce que l'image de tel ou tel objet soit actuellement excitée dans le cerveau , l'âme est plus ou moins propre à la contem* plation de cet objet 1.
Votre ami ajoute que les causes pour lesquelles il a appliqué son esprit à écrire l'ont poussé sans doute, mais non forcé, à cette action. Mais cela ne signifie rien de plus (à bien peser la chose] sinon que son esprit était alors ainsi disposé, que des causes qui dans une autre rencontre, quand, par exemple, il avait l'âme agitée de quelque violente passion, eussent été incapables de le déterminer à écrire, l'y ont en ce moment déterminé sans difficulté : en d'autres termes, ces causes, qui ne l'eussent pas contraint à écrire dans des circonstances différentes, l'y ont contraint en ce moment, je ne dis pas à écrire contre son gré, mais à avoir nécessairement le désir d'écrire.
Vient ensuite cette objection, que st nous sommes contraints par les causes extérieures , f acquisition de la vertu n*est plus possible. Mais qui a dit à votre ami que la fermeté et la constance de l'âme dépendent de son libre décret, et ne se peuvent concilier avec le fatum et la nécessité? Toute malice, ajoute-t-il, serait excusable avec une telle doctrine. Mais où en veut-il venir? Des hommes méchants, pour être nécessairement méchants, en sont-ils moins à craindre et moins pernicieux? Au surplus, permettez que je vous