‹ Œuvres de ThomasChapitre 19 sur 64 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Suite des étages chez les Gtccs, De Xénophon, de Plutùrque et

de Lucien.

iu A Grèce , qui dans ce siècle produisit une foule de grands hommes, n'en a point eu qui ait été plus souvent, ni mieux loué que Socrate ; il est même k remarquer qu'un simple citoyen d'Athènes est devenu plus célèbre que beaucoup de princes qui , les armes a la main , ont changé une partie du monde. Qu'on ne s'en étonne pas : sa mort, aujourd'hui même , nous intéresse plus que toutes ces révolutions qui ne sont pour la plupart que des monumens de férocité ou de faiblesse, et des crimes de mercenaires payés par des tyrans. Après Platon , un très-grand nombre de philosophes ou d'orateurs , tels que Xénophon , Aristoxène , Démétrius de Phalère, Callistène, 'Dion, Libanius, et beaucoup d'autres que je pourrais citer, firent tous des apologies ou des

(x) FropiiisvQemtoguœtiorc, s^tctajwmut inqmt. Ticit. «m. 16.

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âoges de SocfbCe. La plupart sont perdus; eeux de Xénophon «ont f estes.

Ce philosophe avait été, comme Platon, le disciple et Tami de Socrate ; mais l'un se contenta d'éclairer les hommes , et l'autre Toulut encore les senrir. Il fut à la fois écrivain et homme d'Etat. On sait qu'il commanda les Grecs dans la retraite des dim mille , mais on ne sait pas également que pour récompense, il fut exilé de son pays. Son caractère avait cette espèce de physionomie antique que nous ne connaissons plus. Cest lui à qui on vint annoncer au milieu d'un sacrifice que son fils venait de mourir : il avait une couronne de fleurs sur la tête , et il l'ôta. On lui dit qu'il était mort dans une bataille en combattant avec courage ; il remit la couronne sur sa tète, et continua d'oifrir de l'encens aux dieux. Tour à tour guerrier et philosophe , il écrivit dans son exil plu- «ieurs ouvrages de politique, de morale et d'histoire. Celui' qui avait dansl'àme toute la rigueur d'un Spartiate , eut dans Tesprit toutes les jgrâces d'un Athénien.

Cette grAce , cette exj^ession douce et légère qui embellit en paraissant se cacher , qui donne tant de mérite aux ouvrages et qu'on définit si peu ; ce charme qui est nécessaire k l'écrivain comme au statuaire et au peintre ; qu'Homère et Anacréon eurent panai les poètes grecs , Apelle et Praxitèle parmi les artistes ; que Virgile eut chei les Romains^ et Horace dans ses odes volaptueuses , et qu'on ne trouva presque point ailleurs ; que l'Arioste posséda peut^tre plus que le Tasse ; que Michel-Ange ne connut jamais , et qui versa toutes ses faveurs sur Raphaël et le Corrège ; que , sous Louis XIV , La Fontaine presque seul eut dans ses vers (car Rabine connut moins la grâce que la beauté) ; dont aucun de nos écrivains en prose ne se douta , excepté Fénélon, et à laquelle not usages, nos mœurs, notre langue, notre climat même se refusens peut-être, ^arce qu'ils ne peuvent nous donner, ni cette sensibilité tendre et pure qui la fait naître , ni cet instrument facile et souple qui la peut rendre ; enfin cette grâce , ce don si rare et qu'on ne seirt même qu'avec des organes si déliés et si fins , était le mérite dominant des écrits de Xénophon. Il n'est pas inutile d'observer que c'était alors dans la Grèce le caractère général des arts. Depuis peu de temps la grâce avait introduit dans les ou<vrages des. artistes ces formes douces et arrondies, et cette expression de la nature , qui platt dès qu'on peut la connaître. Il §'était •uvert une école oii la grâce adoucissait les beautés sévères que la correction sublime de Phidias avait données k ses dessins. Par» rfaasims avait commencé , ses successeurs l'avaient suivi ; et le plus célèbre de tous , Praxitèle , répandait alors sur ses ouvrages , sur le Cttpidon de Thespis 9 sur la Vénus de Gnide , cette grâce ini-

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zuitable qui faisait le caractère de son génie. Les grâces dans le même temps avaient , au rapport des anciens , embelli l'esprit , le caractère et l'âme de Socrate ; il allait quelquefois les^étudier ches Aspasie : il en inspirait le goût aux artistes , il les enseignait à ses disciples , et probablement Xénopbon et Platon les reçurentde lui ; mais Platon , né avec une imaginaUon vaste , leur donna un caractère plus élevé , et associa pour ainsi dire à leur simplicité un air de grandeur ; Xénopbon leur laissa cette douceur et cette élégante pureté de la nature qui enchante sahs le savoir , qui fait que la grâce glisse légèrement sur les objets et les éclaire comme d'un demi-jour; qui fait que peut-être on ne la sent pas, on ne la voit pas d'abord , mais qu'elle gagne peu à peu , s'empare de l'âme par degrés et y laisse à la fin le plus doux des sentimens: à peu près comme ces amitiés qui n'ont d'abord rien de tumul-. tueux, ni de vif « mais qui , sans agitation et sans secousses, pénètrent l'àme , offrent plus l'image du bonheur que d'une passion , et dont le charme insensible augmente à mesure qu'on s'y habitve.

Telle était l'impression que firent autrefois* sur les Grecs, les écrits de Xénopbon. Il a fait comme Platon une apologie de Socrate , et de plus quatre livres sur l'esprit, le caractère et les principes de son maître. C'est un véritable éloge sans en avoir la , forme. Platon est plus éloquent sans doute ; Xénopbon peut-être persuade mieux. L'un élève davantage ; il dessine sa figure avec plus de hardiesse. Dans l'autre on croit voir Socrate même , et le peintre disparait. Enfin , si Socrate lui-même avait pu lire les ouvrages de ses deux disciples , il eût peut^tre plus admiré l'un , mais il eût plus tendrement aimé l'autre.

Ce même Xénopbon , Athénien et panégyriste de Socrate y a fait aussi le panégyrique d'un roi : ce roi était Agésilas. On sait qu'il était né dans cette Ville oîi la pluis étonnante ^es institutions avait créé une nature nouvelle ; oii l'on était citoyen avant que d'être homme ; oii le sexe le plus faible était grand ; oii la loi n'avait laissé de besoins que ceux de la nature; de passions que celle du bien public ; oii les femmes n'étaient épouses et mères que pour l'Etat ; oii il y avait des terres et point d'inégalité ;'des monnaies et point de richesse ; oii le peuple était souverain quoiqu'il y eût deux rois ; oii les rois absolus dans les armées , étaient ailleurs soumis à une magistrature terrible ; oii un sénat de vieillards servait de contre-poids au peuple et de conseil au prince ; oii enfin tous les pouvoirs étaient balancés , et toutes vertus çxtrêmes. Xénopbon , passionné pour ce gouvernement et pour les vertus , avait suivi Agésilas en Asie , lorsque ce prince y alla combattre et vaincre. Il vainquit avec lui, et l'amitié la plus étroite unit ensemble le philosophe et le ro^. Dans la suite il ce-

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l^bra les vertus dont i) avait été le témoin : ce prince , par un tentiment on bien vain on bien grand f^ avait défendu qu'on lui élevât aucune statue ; Xénophon lui éleva un monument plus durable.

Son éloge d'Agésilas est divisé en deux parties ; la première n'est qu'une espèce de récit historique ; l'orateur parcourt toutes les grandes actions de ce prince , ses guerres , ses victoires et les principaux événemens de sa vie. La seconde e^t consacrée à célébrer les qualités de son âme. On y voit tour à tour la justice d'un homme d'état , le courage d'un héros , la fierté d'un républicain , la sensibilité d'un ami , et surtout la simplicité de ces hommes antiques qui faisaient de grandes choses sans faste , tandis que depuis on en a fait de petites et quelquefois même de viles avec orgueil. Il n'y a dans tout cet éloge nul mouvement d'orateur ; c'est la marche simple d'un homme vertueux qui parle de la vertu avec ce sentiment doux qu'elle inspire ; en général , c'est là le mérite des anciens ; nous mettons plus d'appareil à tout , et dans nos actions comme dans nos écrits. Serait-ce pa^ce que nous nous efforcerions d'autant plus de paraître grands , que nous aurions moins de grandeur réelle ? ou parce que le luxe de nos mœurs se communiquant à nos esprits comme à nos âmes, nous ôterait ce goût précieux et pur de simplicité ; ou parce que , l'inégalité plus marquée dans les monarchies , mettant plus de distinction entre les rangs , il doit nécessairement y avoir plus d'affectation , plus d'effort , plus de désir de paraître différent de ce que l'on est , et par conséquent quelque chose de plus exagéré dans les manières y dans les mœurs et dans la toumurç générale de l'esprit , on enfin, parce que chez un peuple indifférent et léger , qui peutêtre voit tout avec rapidité et ne s'arrête sur rien , il £iut, pour ainsi dire , que tous les objets soient en relief pour qu'ils soient aperçus ?

Si , parmi nos écrivains modérées , il y en a quelqu'un à qui Xénophun puisse être comparé , c'est Fénélon. On trouve dans tons les deux la même douceur de style , les mêmes grâces , des vues de politique profondes, l'amour des lois et des honunes, nn goÂt de vertu sans effort , et ce naturel touchant qui gagne la confiance du lecteur et le persuade sans le fatiguer. Il y. a sûrement du rapport entre le Télémaque et la Cyropédie ou l'institu-» tion de Cyrus ; enfin , si on voulait , on en trouverait peut-être entre les personnes mêmes ; il est vrai que l'archevêque de Cambrai I ne commanda point les armées comme le philosophe athéiûen ^ ^ mais l'un fut le conseil et l'ami d'un roi de Sparte vertueus et austère : le duc de Bourgogne , l'ami et l'élève de l'autre , eut à peu- près le même caractère. Tous deux essuyèrent des dis-

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grâces , et tous deux vécurent exilés et tranquilles , cultivant jusqu'au dernier mojn#it les trois choses les plus douces de la vie , la vertu , l'amitié et le^ lettres.

C'est dans le temps que les grands hommes sont le plue communs, dit Tacite (i), que l'on rend aussi le |>] us de justice k leur gloire. Ces beaux siècles de la Grèce qui produisirent les héros , firent naître aussi une foule d'écrivains pour relever leurs actions. Cicéron , dans le second livre de l'Orateur, nous apprend que de son temps on avait un grand nombre d'ouvrages grecs qui contenaient les éloges de Thémistocle , d'Aristide , d'Ëpamiaondas , de Philippe et d'Alexandre. Aujourd'hui aucun de ces monumens n'existe : mais nous avons un ouvrage plus précieux qui les ra^ semble tous.

« Evoque devant moi les grands hommes ; je veux les voir et converser avec eux , disait un jeune prince plein d'imagination et d'enthousiasme , k une pjthonisse célèbre qui passait dans l'Orient pour évoquer les morts. » Un sage qui n'était pas loin de là , et qui passait sa vie dans la retraite , approcha et lui dit : n Je vais exécuter ce que tu demandes. Tiens, prends ce livre; parcours avec attention les caractères qui le composent ; k mesure que tu liras, tu verras s'élever autour de toi les ombres des grands hommes , et elles ne te quitteront plus. » Ce livre était les hommes illustres du philosophe de Chéronée, Cest là en effet que toute l'antiquité se trouve ; là , chaque homme parait tour à tour avec son génie , et les talens ou les vertus qui ont influé sur le sort des peuples. Naissance , éducation , mœurs ; principes ou qui tiennent au caractère ou qui la combattent ; concours de plusieurs grands hommes qui se développent en se choquant ; grands hommea isolés et qui semblent jetés hors des routes de la nature dans des temps de faiblesse et de langueur ; lutte d'un grand caractère contre les mœurs avilies d'un peuple qui tombe ; développement rapide d'un peuple naissant à qui un homme de génie imprime sa force ; mouvement donné à des nations par les lois , par les conquêtes , par l'éloquence ; grandes vertus toujours plus rares que les talens , les unes impétueuses et fortes , les autres calmes et raisonnées; desseins , tantôt conçus profondément et mûris par les années , tantôt inspirés, conçus, exécutés presque à la fois , et avec cette vigueur qui renverse tout , pnrce qu'elle ne donne le temps de rien prévoir ; enfin des vies éclatantes, des morts illustres et presque toujours violentes ; car , par une loi inévitable , l'actioQ de ces hommes qui remuent tout , produit une résistance égale dans oe qui les entoure ; ils pèsent sur l'univers , et l'univers sur

(i) lUdem temporihus optimè œstimdntur inrtutes, quibus faeillimè gifnuniur* Tacit. Vît* Agric.

eux; et derrière la gloire est presque toujours caché Texil, le fer ou le poison : tel est à peu près le tableau que nous offre Plutarque.

A l'égard du style et de la manière , on la connaît. C'est celle d'un vieillard plein de sens, accoutumé au spectacle des choses humaines, qui ne s'échauffe pas, ne s'éblouit pas, admire avec tranquillité et blâme sans indignation ; sa marche est mesurée, et il ne la précipite jamais: semblable k une rivière calme , il s'arrête, il re* vient , il suspend son cours, il embrasse lentement un terrein va»te ; il sème tranquillement, et comme au hasard sur sa route , tout ce que sa mémoire vient lui offrir ; enfin partout il converse avec son lecteur : c'est le Montaigne des Grecs ; mais il n'a point comme lui cette manière pittoresque et hardie de peindre ses idées , et cette imagination de style que peude poètes même ont eue comme Montaigne. A cela près , il attache et intéresse comme lui , sans paraître s'en occuper. Son grand art surtout est de faire connaître les hommes par les petits détails. Il ne fait donc point de ces portraits brillans dont Salluste le premier donna des modèles, et que le cardinal de Rets, par ses mémoires, mi^ »i fort à la mode parmi nous ; il fait mieux , il peint en action ; on croit voir tous 6e$ grands hommes agir et converser ; toutes ses figures sont vraies et ont les proportions exactes de la nature; quelques personnes prétendent que c'est dans ce genre qu'on devrait écrire tous les éloges : on éblouirait i)eut-etre moins , disent-elles , mais on sa* tisferait plus ; et il faut savoir quelquefois renoncer à l'admiration pour l'estime. •

Parmi les écrivains grecs qui ont fait des éloges , on ne s'attend guère à trouver le nom de Lucien ; il est beaucoup plus connu par la finesse de ses satires : c'est le Swift des Grecs. Ses parens l'avaient destiné à l'art de sculpteur, et il eut cela de commun avec Socrate ; mais celui-ci travailla quelque temps , et fit même trois Grâces qui furent long^temps célèbres , et parce qu'elles étaient vêtues et parce qu'elles étaient de Socrate : au lieu que Lucien demeura peu en apprentissage. Il eut le bonheur de casser bien TÎte une table de marbre : cet accideiit , qui lui fit une querelle ^ le rendit tout entier à la philosophie et aux lettres ; il avait ce tact du ridicule qui tient à un esprit délié et fin , et cette arme légère de la plaisanterie, qui consiste presque toujours à faire contraster les objets , ou en réveillant une grande idée k côté d'une petite chose , ou une petite idée à coté d'une grande. De ce rapproche-* ment ou de ce contraste , naît le ridicule que les peuples simples ignorent , ^ae les peuples k grand caractère méprisent , mais qui est si à la mode ches toutes les nations , dans cette époque oii les vices se mêlent aux agrémens, et oii l'esprit ayant peu de grandes

choses à observer, multiplie par le loisir ses idées de délai] . Lucien avec ce talent s'empara donc de son siècle pour en faire justice. Il composa son esprit de celui de Socrate et d'Aristophane ; et , dans des ouvrages courts et dialogues , mit tour à tour en scène les dieux , les hommes , les rhéteurs , les courtisanes et les philosophes. Il attaqua comme La Bruyère les vices et les ridicules de son temps ; mais moins fort et moins ardent que lui , ayant plutôt cette fleur d'esprit qu'eut dans la suite Fontenelle , avec plus de hardiesse et de saillie dans le caractère , il mêla partout la philosophie à la légèreté , et la satire à la grâce.

Parmi la foule de ses ouvrages , on a de lui un éloge de Dé-< mosthène, qui mérite d'être distingué; Lucien y est original et piquant comme partout ailleurs ; il ne s'astreint pas à la forme des éloges ; sa devise , comme il le dit lui-même , est de n'imiter personne. La première partie est un récit. Lucien , en se promenant , rencontre un poète qui travaillait à l'éloge d'Homère ; lui , de son c6té , rêvait à l'éloge de Démosthène. La conversation s'engage; en parlant chacun de celui» qu'ils veulent louer, une partie de l'éloge se fait; le reste est un dialogue entre Ant^ter, tyran de Macédoine , et un officier qu'il avait envoyé pour s'assurer de Démosthène. L'officier lui apprend que Démosthène , pour ne pas tomber entre ses mains , s'est empoisonné dans un temple ; alors Antipater , quoique ennemi de ce grand homme , ne peut s'empêcher de le louer. On aime à voir le crime rendre hommage à la vertu , et l'homme libre échappé au tyran , célébré par le tyran même.

Les derniers discours de Démosthène à l'officier qui voulait lut persuader de venir à la cour de son maître , sont de ce genre d'éloquence qui naît bien plus du caractère que de l'esprit. Ils roulent sur la liberté , sur la servitude , sur la honte de tenir la vie d'un ennemi de la patrie , sur le déshonneur qu'il causerait h, Athènes , s'il renonçait à être libre pour se faire esclave dans sa vieillesse, m Lâche , dit-il , tu me proposes de vivre de la part de » ton maître ! si je dois vivre , si les jours de Démosthène doivent » être conservés , que mes conservateurs* soient mon pays , les » flottes que j'ai armées à mes dépens , les fortifications que j'ai » élevées, l'or que j'ai fourni à mes concitoyens , leur liberté que » j'ai défendue, leurs lois que j'ai rétablies 7 le génie sacré de » nos législateurs , les vertus de nos ancêtres , l'amour de mes » concitoyens qui m'ont couronné plus d'une fois, la Grèce en- » tière que j'ai vengée jusqu'à mon dernier soupir; voilà quels » doivent être mes défenseurs : et si , dans ma vieillesse , je suis M condamné à traîner une vie importune aux dépens des autres , » que ce soit aux dépens des prisonniers que j'ai rachetés , des

» pères à qui j'ai payé la dot de leurs filles , des citoyens îndigens » dont j'ai acquitté les dettes ; ce n'est qu'à ceux-là que Démos-- » thëne veut devoir s s'ils ne peuvent rien pour moi , je choisis » la mort; cesse donc de. me séduire, etc. » J'aime ensuite à \ oir la pitié de dédain avec laquelle il regarde le courtisan qui le croyait sans défense y parce qu'il n'avait autour de lui ni armes, ni sol data , ni remparts ^ comme si le courage n'était pas la dé-* fense la plus sûre pour un grand homme. Antipater admire en écoutant ; il semble qu'au spectacle d'un homme libre , son âme s'élëve. Il finit par dire qu'il veut renvoyer à Athènes le corps de Démos thëne , et que sa tombe sera un plus grand ornement pour sa patrie, que le tombeau de ceux qui sont morts à Marathon.

Telle est à peu prës l'idée et le plan de cet éloge. La première moitié a cet agrément qui caractérise presque tous les ouvrages de Lucien ; la dernière est pleine de grandeur ; elle est digne des plus beaux temps de la Grèce. On dirait que Lucien a pris le ton de Démosthène pour le louer. Quoiqu'alors la Grèce fût esclave des Romains , on se souvenait encore des sentimens que l'ancienne liberté inspirait ; et quand l'éloquence trouvait une âme noble , cette éloquence faisait revivre les idées des Miltiade et des Péri* dès ; c^est ainsi que dans la populace de Rome moderne , il y a eu des temps ou l'on, entrevoyait les descendans des Scipions.

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