‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 22 sur 141 · DU FAIT DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

DU FAIT DE CONSCIENCE

La philosophie est toute faite , car la pensée de l'homme est là.

11 n'y a point et il ne peut y avoir de philosophie absolument fausse ; car l'auteur d'une pareille philosophie aurait dû se placer hors de sa propre pensée , c'est-à-dire hors de l'humanité. Cette puissance n'a été donnée h aucun homme.

Quel peut donc être le tort de la philosophie? C'est de ne considérer qu'un c^té de la pensée, et de la voir tout entière dans ce seul côté. 11 n'y a pas de systèmes faux , mais beaucoup de systèmes incomplets , vrais en eux-mêmes, mais vicieux dans leur prétention de contenir en chacun d'eux l'absolue vérité qui ne se trouve que dans tous.

L'incomplet et, par conséquent, l'exclusif : voilà le vice unique de la philosophie, et encore il vaudrait mieux dire des philosophes; car la philosophie domine tous les systèmes. Amie de la réalité, elle en compose le tableau total des traits qu'elle emprunte à chaque système. Chaque système réfléchit en effet la réalité; mais, par malheur, il la réfléchit sous un seul angle.

Pour posséder la réalité tout entière, il faudrait rester au centre. Pour établir la vie intellectuelle mutilée par chaque système , il faudrait rentrer dans la conscience , et là , sans esprit systématique et exclusif, analyser la pensée dans ses éléments et dans tous

ses éléments, et rechercher en elle les caractères el tous les caractères sous lesquels elle se manifeste aujourd'hui aux regards de la conscience.

Or, quand je descends dans la conscience et que j'y contemple paisiblement la vie intellectuelle, je suis frappé irrésistiblement de l'immédiate aperception de trois éléments , de trois éléments , dis-je , ni plus ni moins, qui s'y rencontrent tous et toujours, simultanés quoique distincts, constituant la pensée dans leur complexité nécessaire, et la détruisant par le dé* faut de l'un des trois. Dégageons ces trois éléments par l'analyse.

Ce que je sais le mieux , c'est-à-dire le plus immédiatement, c'est moi-même. Dans tout fait intellectuel , dans toute pensée, dans toute connaissance, jç m'aperçois moi-même comme le sujet de ce' fait ^ comme le sujet de la pensée ou de la connaissance, comme l'élément constitutif et fondamental de la conscience ; car sans moi, tout est pour moi comme s'il n'était pas; sans le moi, le moi ne connaît rien, ne sent rien, ne se rappelle rien, n'abstrait rien, ne combine rien , ne raisonne sur rien. 11 peut bien j avoir la matière d'une pensée , d'une sensation , d'un jugement, d'un souvenir, d'un raisonnement; mais le MOI n'en sait rien et n'en peut rien savoir, s'il n'est pas. Le MOI est donc l'élément nécessaire de toute pensée.

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