‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 41 sur 141 · PREMIÈRE PARTIE DE LA PSYCHOLOGIE RATIONNELLE. ACTUEL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE DE LA PSYCHOLOGIE RATIONNELLE. ACTUEL

De la méthode psychologique.

De l'instrument de la méthode , ou de la réflexion et de la conscience dans leur différence et dans leur rapport.

Des différents degrés à travers lesquels l'observatioD arrive à l'absolu.

Premier degré.

Distinction des principes rationnels contingents et des principes nécessaires.

Que l'observation découvre, dans la sphère rationneUe, des principes auxquels il nous est impossible de refuser notre assentiment, et dont le contraire implique contradiction.

Exemples mathématiques , métaphysiques , moraux, etc.

L'absolu est à ce degré une loi de l'esprit humain , une croyance, une forme, une catégorie, un principe nécessaire.

Objection de Kant : la nécessité détruit l'absolu qu'elle prétend fonder, en lui imprimant un caractère de réflexivité, et, par conséquent, de subjectivité , de relativité et de personnalité , par le rapport qu'elle lui impose avec le moi , siège de la personnalité et de la réflexivité , de la subjectivité et de la relativité.

PROGRAMME SUR LES VÉRITÉS ABSOLUES

Deuxième degré.

Non-seulement nous sommes dans l'impossibilité de ne pas croire aux divers principes rationnels énoncés plus haut ; mais nous sommes dans l'impossibilité de ne pas croire qu'ils sont vrais en eux-mêmes, indépendamment de l'impossibilité où nous sommes de ne pas croire à leur vérité.

Mais ici même nous ne sortons de la nécessité que par la nécessité; l'absolu est encore réfledf, c'està-dire rapporté au moi , c'est-à-dire subjectif, c'està-dire relatif.

Troisième degré'.

Le relatif suppose l'absolu.

Mais cet axiome est subjectif lui-même , étant en^ core un principe nécessaire, une loi, une forme, une catégorie. Ce n'est encore qu'une démonstration subjective de l'absolu : cercle dii subjectif.

Quatrième et dernier degré.

Point de vue de la raison pure ; ici enfin toute relativité, toute subjectivité, toute réflexivité expire dans l'intuition spontanée de la vérité absolue.

Analyse du fait de Vaperceptionpure,

Caractère distinctif de ce point de vue ; qu'il est impossible de s'y placer à volonté : caractère contraire du point de vue réflexif.

Obscurité nécessaire du point de vue spontané, non réfléchi, et, par conséquent, indistinct et obscur ; clarté nécessaire du point de vue réflexif et distinctif.

Tout réflexif étant distinctif est négatif ; tout spontané est positif : or, comme la clarté du négatif est une clarté négative, un simple reflet, une lumière dénaturée par la réflexion , il s'ensuit que la lumière réfléchie est fausse relativement à la lumière spontanée , qui est la vraie ; de là obscurité nécessaire du point de vue négatif, distinctif, réflexif; clarté nécessaire et réelle de la vue pure et spontanée.

Que les deux termes du fait de l'aperception pure, termes immédiats et intimes l'un à l'autre, sont h raison et la vérité, placées évidemment hors du moi et hors du NON-MOI , qui peuvent bien concevoir ou contenir l'absolu, mais sans le constituer.

C'est précisément dans cette égale indépendance du MOI et du NON-MOI , du sujet et de l'objet , des formes , des catégories , des croyances, toutes nécessairement subjectives, que consiste l'absolu.

L'absolu plane sur l'humanité et sur la nature , les domine et les gouverne éternellement, avec cette seule différence que l'une le sait et que l'autre l'ignore.

Ce$t là le plus liaut point de vue d'où Ton pubse découvrir TabÂolu en restant dans les limites de Tactuel. H s'agit maintenant, toujours dans Factuel , de revenir de ce degré aux degrés inférieurs et antérieurs qui nous y ont conduits.

L'absolu dans son indépendance absolue, dans sa pureté absolue, n'a d'autre caractère, d'autre crilerium que lui-même, il contient en soi sa propre définition ; mais aussitôt qu'il entre en rapport avec l'humanité et Ja nature, il prend un nouveau caractère, un erilerium relatif, non à lui-même, mais à ce à quoi il se communique.

Premier degré. Le premier degré de l'absolu en rapport avec l'homme ou comme idée , est l'aperception pure ; l'absolu ne perd encore de sa pureté que ce que lui enlève l'idée même de rapport. Lumière et obscurité première de ce point de vue, le plus pur qui puisse être pour l'homme.

Deuxième degré. L'aperception pure se réfléchit , s'obscurcit comme aperception pure, s'éclaircit en se subjectivant , en entrant en rapport plus intime avec le moi , siège de toute réflexion et de toute lumière.

Troisième degré. L'aperception pure passe de l'aperception réfléchie à la conception nécessaire, se subjectivant , s'éclaircissant et s'obscurcissant de plus en plus.

Quatrième degré. L'aperception devient croyance; par l'habitude elle cesse d'être réfléchie, acquiert une fausse spontanéité d'application , et passe dans la logique sous le titre à la fois trompeur et véridique de lois inhérentes à l'intelligence , de principes constitutifs , de concepts nécessaires , de formes , de catégories talellectudles : dernier degré de k subjectivité de l'absolu.

Tous ces degrés se rencontrent souvent dans le même fait , enveloppés les uns dans les autres ; ils sortent perpétuellement, les uns des autres et y rentrent perpétuellement, se dégagent et se confondent sans cesse. C'est ce mouvement perpétuel qui constitue la vie intellectuelle.

Distinction du sens commun et de k science.

La science veut savoir jusqu'où l'on peut savoir, épuiser tous les degrés intellectuels, arriver jusqu'au premier, et de k dominer tous les autres et se dominer soi-même. Le sens commun s'arrête aux degrés subjectifs ; sa borne est le nécessaire ; c'est là le prâii de départ de la science, mais non son terme.

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