A LA FIN DE L*ANNÉE 18S
Llnstroction primaire est trop aTancée en Prusse pour qa*il soit nécessaire d'en faire des relevés trèsfréquents. Les deux derniers qae le gouvernemenl ait pnbliéft sont séparés par sii ans d'intervalle. I^e premier est de 4819, le second de 1825. J'ai fait connaître aillears les résoltau de ces deux importants travaux. On vient de faire tout récemment à Berlin un travail semblable qui donne l'état de l'instruction primaire en Prusse à b fin de l'année i 851 , le nombre des écoles , cdni des enlantsqui les fréquentent, et des maîtres qui j sont employés. Ce document n'a pas encore été rendu public; je le dois alla bienveillance de M. le baron d'Aïtensiein, ministre de l'instruction publique et des eoltes.
Les ebifires ne sont que des faits généralisés. Il faut donc comoiencer, avant de les employer, par se rendre on compte scrupuleux des faits que les cliiffres représentent , et rechercher si ne» faiu sont certains. Or , ici tontes garanties d'exactitude surabondent.
Comme la loi prussienne fait un devoir légal aux psrents d'envoyer leurs enfants aux écoles à moins qn^îls ne prouvent qu'ils leur font donner à la maison ■ne instruction sufiisante, dans toute commune le eoflsicé préposé à l'exécution de la loi en matière d'instmctîon primaire (ShuUvar$tand) , dresse chaque aoDée sur les registres de l'état civil la liste des enfants qui (mt Tâ^ et par conséquent l'obligation d'aller k réeole. Le maître constate leur présence ou leur absence, dresse à son tour une liste de présence qui doit être conforme à la liste légale , fournie par
le comité. U est tenu de représenter deux fois par moi cette liste de présence au comité , lequel prend tontes les mesures nécessaires pour procurer l'exécution de la loi , et est lui-même obligé de représenter cette liste, certifiée exacte, à l'inspecteur d'arrondissement pour l'instruction primaire ( KreU-Sckulrlrupeeior). Celuici, après une vérification sérieuse, pour justifier que la loi est exécutée dans son cercle d'inspection , représente cette liste visée par lui au conseiller de département chargé dans l'administration départemenlale de tout ce qui regarde l'instruction publique {Schul^ ralh). L'administration départementale est également obligée de faire les justifications nécessaires devant la partie de l'autorité provinciale chargée de la haute surveillance des écoles dans toute l'étendue de la province {SchuUCoUegium). Enfin l'autorité provinciale doit compte de tout cela à l'autorité centrale ministérielle. An sein du ministère est nn bureau spécial de statistique , chargé uniquement de la vérification générale et de la généralisation de tous les documents fournis par 1rs autorités publiques à tous les degrés de la hiérarchie. La direction de ce bureau est confiée h un membre distingué de l'académie des sciences de Berlin , M. Hofiinann. C'est de ce bureau que sort le dernier travail pour être présenté avec toutes les pièces justificatives au ministre qui le rend public. On peut donc avoir toute confiance en des chiffres obtenus de cette manière et qui reposent en dernière analyse sur les listes légales des enfanu en âge d'aller à l'école, et sur les listes de présence effective, contrôlées par
RAPPORT SUR L'ÉTAT DE
des autorités diverses. J'ai donné, n*" 1 et 2, un modèle de ces deux espèces de listes qui sont les mêmes pour toutes les écoles de la monarchie. Remarquez que les listes de présence, étant vérifiées deux fois par mois , ne justifient pas seulement de la présence des enfants au commencement de Tannée, mais de leur assiduité pendant Tannée entière. Ainsi il n'y a point là de faux-semblants, de listes fictives. On sait avec certitude le nombre de jours où un enfant dans toute Tannée a manqué à Técole. Le chiffre total des enfants d*une école que le maître adresse au comité communal de cette école est soumis dans la localité même au conir61e immédiat et constant de ce comité et au fréquent contrôle de Tinspecteur primaire de Tarrondissement. La vérité de toute la série des chiffres subséquents repose sur la vérité de ce total primitif, et celle-ci encore une fois a pour garantie le contrôle réciproque d'autorités diverses , qui toutes agissent sur les lieux. Nous pouvons donc marcher maintenant avec sécurité et tirer des chiffres toutes les conséquences qu'ils renferment , parce que ces chiffres sont des faits dont la certitude est incontestable.
Voici d*abord le résultat le plus général que donnent les tableaux de statistique qui sont sous mes yeux. Le recensement le plus récent de la population en Prusse la porte à 12,726,823 habiunts. Sur cette population on comptait, en 1851, 4,767,072 enfants de un jour i quatorze ans accomplis.
Ce chiffre total repose sur les chiffres partiels que donnent à cet égard chaque province et chaque département de la Prusse dans le tableau n» 1 ci-annexé.
Par scrupule d'exactitude , observons que, dans ce nombre, ne sont pas compris les enfants des garnisons que la Prusse entretient à Mayence et dans le Luxembourg, parce que les écoles que ces enfants fréquentent ne font pas partie des écoles de la Prusse. Ces enfants sont au nombre de 660 , sur lesquels 327 garçons et 333 filles.
En Prusse, Tàge d'école fixé par la loi est de sept à quatorze ans accomplis , et il faut remarquer en passant combien il est utile qu'il y ait un Âge légal pour fréquenter Técole, chacun s'accoutumant ainsi adonner à l'instruction une place fixe dans la vie. En France il y a un âge pour entrer au collège et pour en sortir. 11 est fort à désirer qu'il s'établisse de même un âge convenu pour aller à Técole primaire et pour la quitter. On voit de suite que l'âge de sortie ne peut excéder quatorze ans, car de plus longs sacrifices pèseraient à des familles pauvres, et les enfants doivent entrer déjà dans la carrière spéciale à laquelle ils se destinent. Si on sort à quatorze ans de Técole, il est naturel qu'on y entre à sept ans , car de sept à quatorze on a le temps nécessaire pour acquérir solidement le petit nombre de
L'INSTRUCTION PUBLIQUE
connaissances dont se compose Tinstruction primaire, et on n'a pas non plus trop de temps pour cela , avec les distractions forcées des travaux de la campagne à certaines époques de Tannée. La loi civile générale fiie à cinq ans , en Prusse , l'âge d'aller à Técole. La loi spéciale sur Tinstruction publique le met à sept ans, et c'est alors seulement que commence la contrainte légale.
C'est une règle de statistique que , vu la proportion de la mortalité dans les divers âges, sur 100 enfants de un jour à quatorze ans, ceux de sept à quaione forment les trois septièmes, ce qui donne sor 400 enfants environ 43 en état d'aller à Técole, ou, poar indiquer jusqu'aux moindres fractions, 42,857 m 100,000, et par conséquent, en Prusse, 2,043,030 enfanu sur les 4,767,072 qui composent la population totale des enfants de un jour à quatorze ans accomplis. Il suit de là que, si nous trouvons qu'il y a en effet 2,043,030 enfants dans les écoles de la Presse , nous pourrons assurer qu'il n'y a pas dans ce royaume une seule créature humaine qui ne reçoive une éducation sufGsante. Ce serait là un résultat admirable et qui élèverait bien haut le système d'instruction primaire qui Taurait produit. Or, ce beau résultat est un fait incontestable. J'ai sous les yeux , et le tableau n^ i déjà cité, présente, département par déparlement et province par province, le nombre efTectif des enfants qui , d'après le relevé fidèle des listes de présence, fréquentaient, dans Tannée 1831 , les écoles primaires publiques, et ce nombre est de 2,021,421 enfants.
La différence est donc seulement de 21,609 entre le nombre réel et le nombre normal.
Celte différence est bien légère, et encore elle disparait entièrement si Ton tient compte des considérations suivantes :
1<> 11 ne s'agit ici que des écoles primaires publiqaes, et non des écoles privées qui sans être très-nombreuses ne laissent pas que de renfermer un bon nombre d'enfants , surtout dans les grandes villes et dans quelques provinces arriérées où Ton ne sent pas encore toute la dignité de Técole publique.
2» On n'a pas non plus compris ici les enfants qui sont élevés chez leurs parents , ce qui comprendrait la plupart des enfants des classes supérieures.
3<^ On n'a pas non plus compté les élèves des classes inférieures des gymnases, presque tous âgés de moins de quatorze ans, et dont le nombre, dans les cent dix gymnases de la monarchie, s'élevait dans le courant de Tété 1832, à 17,933 élèves, tandis que les dent classes supérieures en comptaient seulement 5,848.
En tenant compte de ces trois nouveaux éléments, on reconnaît que non-seulement le nombre des enfanis au-dessous de 'quatorze ans qui reçoivent d'une manière ou d'une autre le bienfait de l'éducation, est égal au
BANS QUELQUES PATS DE L'ALLEMAGNE
nombre Dormal des tro» septièmes de la popubUon, maïs qu'il doit même le dépasser, ce qui ne peut s'expliquer que par une supposilion qui , nous le ferrons tout à rhenre, est on fait certain, savoir qne dans les provinces les plus avancées de la Prusse, par eiemple, dans celles de Saxe et de Brandebourg, le goût de rinstruction est tellement répandu que les parenU n'attendent pas Tàge de sept ans pour envoyer leurs enfants à l'école.
Voilà, je le répète, un résultat admirable, et avec les garanties que j'ai indiquées, un résultat au-dessus de toute incertitude. Il faut l'envisager sous ses faces les phis importantes.
La première chose k considérer est la part relative de chaque province et de chaque département dans ce chiffre total de 2,0âl,42i enfants allant aux écoles primaires publiques. La connaissance de cette proportion est en effet du plus grand prix pour Tappréciation de la dvilisalion relative des différentes parties de la Prusse. Mais elle ne nous intéresse pas directement , et sur ce point je me contente de renvoyer au tableau n^ f . On y verra que sur les huit provinces dont se compose maintenant le royaume, quatre dépassent de beaucoup le nombre normal des trois septièmes ; que Tune d'elles, la province de Saxe comprenant les départements de Magdebourg, Mersebourg et Erfurt, présente la proportion de 54,515 enfants allant aux écoles publiques sur 100,000 enfants de un jour à quatorze ans , et que même le seul département de Msgdeboni^ présente ceUe de 55,733 sur 100,000. Comme on peut bien s'y attendre, la province de Posen est la moins avancée. Berlin subit le sort de toutes les grandes villes où un contrôle parfaitement exact est plus difficile et où la loi ne peut s'exécuter aussi rigoureusement. 11 y a aussi à Berlin, comme dans toute grande ville, beaucoup d'écoles privées. D'ailleurs l'organisation de l'instruction primaire publique y est assez récente. En revanche , Berlin a six gymnases qui dans l'été de i832 avaient 2,061 élèves sur lesquels 306 dans les classes supérieures et i,665 dans les dernières classes qui comprennent un très-grand nombre d'enfanu au-dessous de quatorze ans.
Un point de vue plus important pour nous est la part de Tnn et de l'autre sexe dans la somme totale des enfants qui reçoivent l'instruction primaire. Cette proportion est dans tout pays ki mesure de la vraie force de rinstruction ; car Tinstruction n'a point de racines solides et d'avenir assuré, quand un des deux sexes, qui de toutes manières influe si puissamment sur l'autre, en est lui-même dépourvu.
Grâce à Dieu, toute créature humaine en Prusse tombe sous la protection bienfaisante de la loi ; Tobligation légale d'aller aux écoles est commune à l'un et à l^autre sexe. Aussi la différence de la part des Hlles
COUSIN. TOME iU.
et de cdle des garçons dans la somme totale est^le peu considérable. Sur2,0Sl,42i enfants qui vont aux écoles, on comptait, en 1831 : 1,044,364 garçons; c'est-à-dire 43,694 sur 100,000 , c'est^hdire encore plus des trois septièmes de la population totale des enfants au-dessous de quatorze ans ; et 977,057 filles ; c'est-à-dire 4i,i06 sur 100,000 enfants, en partageant également la population entre les deux sexes.
La différence en plus pour les garçons s'explique par la fréquentation de l'école avant l'âge de sept ans; la différence en moins pour les filles s'explique aisément si l'on songe que l'éducation des filles étant de sa nature plus domestique, le nombre des enfants du sexe féminin qui sont élevés dans la maison maternelle , surtout parmi les classes aisées, est nécessairement plus considérable que celui des garçons.
Je dois faire connaître maintenant la nature des écoles publiques auxquelles vont les 2,02i,421 enfants, garçons et filles. En Prusse, comme désormais en France, si le projet de loi présenté sur l'instruction primaire est adopté par les chambres , Tinstruc^ tion primaire se divise en deux degrés : l'un qui représente les connaissances élémentaires dont nulle créature humaine ne peut être privée sans un vrai danger pour elle-même et pour la société ; l'autre, plus élevé sans l'être beaucoup, destiné à celte portion du peuple qui sans être riche n'est pas non plus opprimée par l'indigence , et qui a besoin d'une culture un peu plus étendue et plus libérale. Le premier degré, l'instruction primaire inférieure, comprend les écoles dites élemerUaim par la nature même de leurs objets ; le second degré, l'instruction primaire supérieure, comprend les écoles qu'on nomme bourgêoiiei parce qu'elles sont faites pour cette partie de la population qu'en Allemagne encore on appelle la bourgeoisie. Ces écoles sont aussi nommées écohâ moyenneM, parce qu'elles sont intermédiaires entre les écoles élémentaires et les écoles savantes ou gymnase$. Ce dernier nom d'école moyenne, tiré de la nature même de la chose, est parfaitement convenable, et déjà le besoin et l'instinct public commencent à le naturaliser en France. Tai donné ailleurs l'enseignement normal d'une école élémentaire et d'une école moyenne. Ici je n'ai qu'à donner le chiffre total des unes et des autres en Prusse à la fin de 1831.
Dans le tableau ci -annexé , n° 2 , on verra qu'il y a 2S,6iâéco1es primaires publiques pour les 11,021 ,421 enfants qui les fréquentent.
Sur ces 22,6)2 écoles, il y -a 21,789 écoles élémentaires, et 823 écoles moyennes dont 48i pour garçons et 342 pour filles. Or , on compte en Prusse 1,021 villes dont 26 seulement ont plus de 10,000 âmes. Ainsi , non-seulement toutes les villes de
UA
RAPPORT SUR LËTAT DE
10,000 Ames , bum les troU quarU de toutes les villes, ODt , outre les écoles élémentaires indispensables à la dernière classe, des citoyens, des écoles moyennes pour la bourgeoisie de ces villes.
Sur le nombre des enfants qui vont aux écoles, les écoles élémentaires sont fréquentées par 987,475 garçons et par 950,459 filles, et les écoles moyennes par 56,889 garçons et par 46,598 filles , ce qui donne la somme totale déjà citée de 1,044,564 garçons et 977,057 fillesallanlauxecoles.il faut remarquer qu'en général les écoles élémentaires , surtout dans les campagnes , sont communes aux deux sexes , qui ne sont divisés le plus souvent, au moins dans les classes inférieures , que par une place distincte dans la même salle , tandis que dans les écoles moyennes , toutes les classes de filles et de garçons sont séparées et se font dans des salles différentes , sans aucune communication entre elles.
On compte , terme moyen :
88 enfants pour une école éléroenUire, garçons et filles; i\S enfants pour une école moyenne de garçons; 436 enfants pour une école moyenne de filles.
Aussi faut-il observer que dans les écoles élémentaires il n'y a ordinairement qu'un seul maître , Undis que dans les écoles moyennes on compte deux , trois et souvent un plus grand nombre de maîtres et maltresses. Ceci nous conduit à une dernière considération,Gelledu nombre desmaitreset maîtresses employés dans les diverses écoles primaires.
Le tableau n^ 2 montre que pour les 22,612 écoles publiques, élémentaires et moyennes, de la monarchie , il y a en tout 27,749 maîtres et maltresses , lesquels sont répartis ainsi qu'il suit :
2f ,780 écoles élémentaires.
22,211 maîtres en titre.
694 maîtresses en litre.
2,014 sous-mat Ires et sous- V maltresses.
481 écoles moyennes | 1 , 1 72 maîtres en titre, de garçons. / 560 sous-roattres.
1538 maîtres en titre.
289 maîtresses en titre.
471 sous-mallresetsous maîtresses.
Ces nombres divers donnent un résultat important, savoir, le petit nombre de maîtresses comparé à celui des maîtres. Pour les écoles élémentaires , le nombre de 694 maîtresses, comparé à celui de 22,21 1 maîtres pour 21,789 écoles, fait voir qu'il n'y a pas une seule école qui n'ait un matire en titre, et je puis assurer que je n'ai pas trouvé en Prusse une école publique qui soit dirigée par une femme. On pense qu'en général le gouvernement de Técole exige une main virile, sauf au directeur, quand il y a lieu, à s'adjoindre une
LINSTRUGTION PUBLIQUE
femme , mais en conservant toujours la direction suprême. Dans les villages, celte femme est ordinairement ou la femme ou la fille du maître d'école. Janait elle n'est chargée que des leçons accessoires , celles qui se rapportent aux travaux de son sexe, et dans les villes , des leçons de chant. Quand l'école est riche et développée , cette femme a le rang de maîtresse en titre, et il n'y en a que 694 pour les 2i ,789 écoles élémentaires : ordinairement, elle n'est qu'une sonsmaîtresse , un simple aide pour le directeur. C'est on préjugé, et un préjugé funeste , de croire que, dans des écoles d'externes telles que les écoles publiqoes, une femme seule soit capable de diriger l'éducation des filles ; car alors cette éducation est impossible sar une grande échelle : il serait impossible , en effet , de se procurer autant de maîtresses capables qu'il en faudrait pour toutes les classes de filles dans les 21,789 écoles de la monarchie. Il faudrait alors créer des écoles normales pour former des maltressesd'école, en aussi grand nombre que les écoles normales ordinaires , c'est-à-dire s'imposer des difficultés énormes, et pour un résultat l^cheux ; car l'éducation serait loin d'y gagner en gravité , et dans une école de filles , c'est déjà un mauvais enseignement que le spectacle d'une femme qui dirige et d'un homme qui lui sert d'aide. Dans l'école comme dans la famille, le gouvernement appartient à l'homme , et c'est à la femme d'assister. 11 est tout simple que dans les écoles moyennes, qui sont beaucoup plus développées , la part de la femme soit un peu plus grande ; aussi voyons-nous ici , pour 542 écoles moyennes de filles , 289 maîtresses. Maisii cété de ces 289 maîtresses sont 558 maîtres. C'est donc toujours un homme qui est à la tète de l'école entière , et c'est toujours lui qui est chargé des leçons les plus importantes. Je regarde celte pratique comme le seul moyen d'avoir des écoles de filles. Mais je me hâte d'ajouter qu'en Prusse comme en Allemagne , la plupart des maîtres d'école sont eux-mêmes pères de famille , et qu'ils se marient de bonne heure.
11 ne reste plus qu'à faire connaître les établissements destinés à préparer des maîtres capables pour les écoles élémentaires et les écoles moyennes; je veux parler des écoles normales primaires, appelées en Prusse séminaires pour les maîtres d'école {Schullehrer-Seminarien ).
H y a deux sortes d'établissements de ce genre : les petites écoles normales, qui sont en grand nombre, et fort utiles , et qui sont à peu près ce que sont ou devraient être nos écoles-modèles; 2^ les grandes écoles normales primaires , où le cours d'étude est de deux ou trois ans , et qui comptent chacune de 40 à iOO élèves. Je ne m'occupe ici que de ces dernières. Il y en avait, en 1851 , 55 en pleine activité , c'està-^ire , plus qu'il n'y a de déparlements en Prusse, et
DANS QUELQUES PAYS DE L'ALLEMAGNE
un dépaiteneBt ]initnen est moins étendu que le nôsre. Oo Terra par le tableau n« 5, cî-annexé, la «unme de dépenses de chacun de ces grands éta* blnsemenls, avec la part des départements et celle de rÉiat. Celte dernière , à elle seale , est d'environ 531,500 francs, circonstance qve f indique afin de donner une idée de Tiroportance de ces établissemenis. Ils fournissent aujourd'hui à peu près tous les maiires des écoles publiques élémentaires et moyennes de b monarchie. J'ajoute que la part de TÉiat dans les dépenses des écoles élémentaires et des écoles moyennes est , d'après un autre tableau annexé au précédent, n<* 4, d'environ 863,700 francs, ce qui donne en tout i,i94,â00 francs 9 somme considérable pour un pays qiû n'a pas i3 millions d'habitants, et dans un système d'instruction primaire où les communes, les départements et les provinces sont chargés par la loi de toutes les dépenses relatives à l'instruction primaire , dans lesquelles l'État n'intervient que gracieusemenl. Remarquez encore qu'on n'a pas ici d'établissements à fonder , mais seulement des établissements fonnés et constitués à soutenir et améliorer.
Enfin « si on veut comparer les principaux résultats de cette statistique avec ceux des deux statistiques de 1819 et de 18â5, on trouvera que :
1<» En 1819, le nombre des écoles
était en tout de 20,085
En 1825, de 21,625
Et en 1831, de 22,612
S"* Eo 1819, le nombre des maîtres
et maîtresses était de. . . . 21,895
En 1825, de 22,965
En 1831, de 27,749
En 1 825 le nombre des enfants audessous de quatorze ans éuVit de. 4,487,461
Celui des enfants de sept à quatorze ans était de. . . - . 1,923,200
Celui des enfants allant aux écoles
était de i, 664,218
En 1831 , la population d'enfants audessous de quatorze ans était de 4,767,072
Sur lesquels la population de sept
à quatorze ans était de. . . . 2,043,030
Sur lesquels le nombre des enfants
allant aux écoles était de. . . 2,021,421
Cette statistique comparée prouve abondamment que l'instruction primaire est en Trusse dans un état très satisfaisant. On peut voirailleurs l'organisation à laquelle est dû un pareil succès. Je me contenterai de rappeler ot de signaler les points suivants :
1* Une loi qui oblige les parents , les tuteurs , les
maîtres d'ateliers ou de fabriques , à jusUier, sous deè peines correctionnelles plus ou moins fortes , que les enfants confiés à leurs soins reçoivent le bienfait do l'instruction publique ou privée, sur ce principe que la portion d'instruction nécessaire à la connaissance et à la pratique de nos devoirs, est elle-même le premier de tous les devoirs, et constitue une obligation sociale tout aussi étroite que celle do service militaire; selon moi, une pareille loi, légitime en elle-même, estabso* lument indispensable , et je ne connais pas un sent pays où celte loi manque et où l'instrtiction du peuple soit florissante. En attendant que le progrès des mœurs publiques , le sincère amour du peuple et l'intelligence de la vraie liberté inspirent à nos chambres une pardlle loi, qui, j'en conviens, serait aujourd'hui prématurée et contre nos préjugés de tout genre, le gouvernement ne doit négliger aucun des moyens d'excitation et d'encouragement dont il dispose , directs od indirects, |>our arriver administralivement à un résultai à peu près semblable. Parmi les pratiques les plus sûres, je mets : 1<* la fixation d'un âge déterminé pour entrer à l'école et pour en sortir; 2^rinslitutioii de listes de présence sérieusement contrôlées par les autorités compétentes.
2« L'obligation imposée au clergé de n'admettre à la communion que les enfants qui justifient d'avoir fait ou de faire leur temps d'école , obligation à la fois civile et ecclésiastique , qui intéresse Téglise à l'école et rattache à l'école l'église par des liens intimes que tout homme d'État et tout vrai philosophe doit s'efforcer de resserrer. De là l'instruction considérée par les parents et par les enfants eux-mêmes comme le fondement de la vraie piété, et l'autorité religieuse mise au service des lumières.
5" L'institution d'écoles publiques pour l'accomplissèment d'un devoir public. Aussitôt que l'État fait un devoir légal de la présence des enfants à l'école , et que l'Église en fait un devoir religieux, l'État serait en contradiction avec lui-même s'il ne procurait l'exécution de la loi qu'il a lui-même portée , en exigeant l'établissement d'une école publique dans toute commune. Il n'y a de stabilité et d'avenir pour l'instruction primaire que dans les écoles publiques. L'industrie privée, qui ne doit jamais être contrariée, ne doit aussi jamais être considérée que comme un accident et par conséquent comme un luxe : l'État ne doit pas plusse reposer sur les particuliers de l'accomplissement de ses propres devoirs en matière d'instruction , que dans toute autre matière d'intérêt public et général.
4''1^ répartition des dépenses qu'exigent les écoles entre les parents eux-mêmes , qui , s'ils le peuvent , sont obligés de payer quelque chose ; la commune, qui est tenue de s'imposer elle-même une contribution d*école ; le département et la province, qui ont des
RAPPORT SUR L'ËTAT DE L1NSTRUCTI0N PUBLIQUE
fonds pourvenir au secoars des localités nécessiieiises ; enfin FÉtat, qui intervient à son tour: de manière que la dépense, ainsi divisée , atteigne tout le monde et n^accable personne.
5** La participation proportionnelle des pères de famille et de la commune , du département et de la province, de TËglise et de TÉtat, à la surveillance et à Tadminislration des écoles, participation qui intéresse k rinstruction populaire tout ce qui a quelque pouvoir dans la société.
Telles sont les causes les plus générales de la prospérité de rinstruction primaire en Prusse, prospériié qu'établissent incontestablement les documents officiels que je viens de faire connaître.
Puissent ces causes si simples et si fécondes, te naturalisant dans notre chère patrie, y porter bieatôt les mêmes fruits!
Ce as avril. 1833.