DES ECOLES NORMALES PRIMAIRES
MONSIECR LE MINISTRE,
Vous connaissez le titre de la loi de i8i9, qui institae les écoles normales primaires et pose les principes de leur organisation. Vous connaissez aussi quel éiait le nombre de ces écoles en 1826 et en 1831, celui des élèves et celui des maîtres, et ce que coûte chacune d'elles aux provinces et à FÉtat. Maintenant il faut pénétrer dans Tintérieur de ces établissements, reconnaître leur discipline, leur plan d'étude et leur régime intellectuel et moral. J'entrerai k cet éganl dans une foule de détails que l'importance de leurs résultats justifiera, j'espère, à vos yeux. Je ne craindrai pas de multiplier les renseignements et les documents officiels. J'en ai recueilli un grand nombre, la plupart manuscrits. Je les donnerai, souvent même en totalité, pour que les choses paraissent elles-mêmes et produisent leur effet propre. A la fin seulement, je vous soumettrai les réflexions que m'ont suggérées l'examen attentif de ces documents et la vérification que j'en ai faite par moi-même en visitant les plus célèbres écoles normales primaires de la Prusse.
Je commence par les petites écoles normales. Mais comme elles sont presque toutes des établissements particuliers, l'État, tout en les surveillant, ne les soumet point à la même publicité qu'il impose à ses grandes écoles. Ces petites écoles se cachent plutôt qu'elles ne se montrent. C'est là leur honneur et leur
mérite. Mais cela même les rend assez difficiles à bien connaître. Cependant je me suis procuré les règlements de quelques-unes d'entre elles. En général lei petites écoles normales diffèrent des grandes non-seulement parce qu'elles ont un bien moins grand nombre d'élèves, mais surtout parce qu'elles sont destinées ia plupart à former exclusivement des maîtres d'école de village, pour les communes les plus pauvres. C'est là leur but propre ; c'est en cela qu'elles sont originales et profondément utiles. Les grandes écoles fournissent, il est vrai, des maîtres pour les campagnes comme pour les villes, et leurs élèves, du moins ceux qui reçoivent des stipendia, sont pendant plusieurs années à la disposition du gouvernement qui les envoie où bon lui semble ; et l'on peut se fier à la sévérité connue do gouvernement pour se servir de son droit dans l'intérêt général. Mais il y a toujours des communes si pauvres qu'on hésite à y envoyer un maître d'école un ))eu distingué , et ce sont précisément ces malheureuses communes qui auraient le plus besoin de lumières ponr améliorer leur situation; Les petites écoles normales sont destinées à suppléer à l'insuffisance des grandes. Elles travaillent pour lescampagnes pauvres etarricrées. De là découlent toute leur organisation, leurs études, leur discipline. Sans doute les grandes écoles normales de la Prusse méritent la plus haute estime; mais il n'y aura jamais assez de respect pour ces petites écoles normales qui se cachent, comme je l'aï déjà dit, au lieu de se montrer, qui veulent êire pauvres comme les autres veulent être riches, parce qu'elles travaillent pour les pauvres, et qui s'imposent des restrictions de tout genre comme les autres s'excitent à des développements souvent excessifs. Elles ne coûtent presque rien et elles font beaucoup de bien. Rien n'est pins aisé à établir, mais à une condition, qu'on aura des directeurs et des élèves dévoués et obscurément dévoués. Or ce genre de dévouement, la religion peut seule l'inspirer et l'entretenir. Quand on consent à servir les hommes sans en être ni connu ni apprécié, il faut avoir l'œil élevé vers la divine providence ; ce témoin-là est nécessaire à défaut de tous les autres. Aussi les auteurs et les directeurs de ces petites écoles sont-ils presque toujours des ecclésiastiques inspirés par la charité chrétienne ou quelques hommes vertueux passionnés pour l'instruction populaire. Dansées modestes institutions, tout respire le christianisme, l'amour du peuple et de la pauvreté. Permettez-moi de vous en faire connaître deux. Tune cachée dans un faubourg de Stettin, l'autre dans le village de Pyriu en Pomérauie.
Stettin a une grande école normale particulièrement destinée à former des maîtres pour les écoles bourgeoises. Un homme excellent, conseiller d'école ( Sch^lralh ) dans le conseil de ce département ,
DANS QUELQUES PATS DE L'ALLEMAGNE
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M. fierohardl, «eDtit d'autaot plus la nécessité de poarroir aux besoins des écoles de caini>agne. Il fonda donc une petite école normale dans ce but unique ; il h plaça non dans la ville mais dans un faubourg appelé Lttiadie, el il fit pour elle le règlement suivant, que je joins ici presque entièrement.
Pedle école normale primaire de Lasiidie, à Suîlin,
1 . Cette école est ^cialement destinée aux jeunes gens pauvres qui se destinent à devenir maîtres d'école de campagne, et peuvent au Itesoin gagner une partie de leur entretien par le travail de leurs mains.
2. Od n'y enseigne que les choses nécessaires aux petites communes pauvres de campagne qui cherchent pour leurs enfants des maîtres d école chrétiens el miles, et ne peuvent leur offrir qu'un chétif revenu.
5. Cette école veut être une école chrélienne fondée sur rÉvangile. Elle désire ressembler à un ménage de campagne fort simple, et en même temps ne faire, autant que possible, de tous ses habitants qu'une seule famille. Dans ce but, tous les élèves habitent avec les maîtres la même maison et mangent avec eux à la même table.
4. Les jeunes gens que Ton reçoit de préférence, sont ceux qui sont nés et qui ont été élevés à la campagne, qui savent par principes ce qu'on enseigne dans on bonoe école de campagne, qui ont un esprit droit et une humeur gaie. Si, avec cela, ils savent un métier ou le jardinage, ils trouveront dans les heures perdues roccasion de s'exercer et de s'instruire encore.
5. L*école de Lastadie ne peut ni ne veut se comparer aux grandes écoles normales complètement organisées ; au contraire, elle cherchera à se maintenir toujours dans les limites étroites qui lui sont assignées.
6. La plus grande simplicité doit régner dans toutes s«s habitudes, et il faudra, autant que possible, joindre â 1 étude, qui est l'objet principal et doit prendre la plus grande partie du temps, un travail manuel.
7. L instruction a pour but d'apprendre aux jeunes f^ens à réûécbir, et, en les exerçant k la lecture, à récriture, au calcul et au chant, de les mettre en état de s'instruire eux-mêmes et de se former davantage. Car le paysan aussi doit apprendre à penser ; mais récîairer ne vent pas dire le rendre savant. < Dieu veut que tons les hommes soient éclairés, et qu'ils parviennent à la connaissance de la vérité. >
8. L'enseignement doit avoir un rapport immédiat | stances. L'enseignement est gratuit. Les élèves habitent avec la vocation des jeunes élèves, et embrasser seule- 1 six seulement dans chaque chambre. Le professeur ment dans ce qu'elles ont d'essentiel les connaissances , habite aussi le même étage. Ils prennent en commun qoe Ton enseigne dans les grandes écoles normales. 1 des repas aussi simples que possible , mais sains. Les
9- Les objets de l'enseignement sont : la religion, | domestiques sont inutiles , les élèves étant chargés de la langue allemande , la lecture , l'écriture , le calcul I nettoyer les chambres et de faire les lits. La portière et le chant. On joint à cela les premiers élémeiils i chauffe les poêles.
de la géométrie , des leçons faciles d'histoire naturelle, des récits tirés de d'histoire nationale, particulièrement de celle de Poméranie, ainsi que des descriptions géographiques. L'objet principal et le fond de toute instruction est la religion, d'après Fhistoire et la Bible. Les livres principaux sont la Bible, le psautier, le catéchisme. L'école de Lastadie s'applique aussi à inculquer aux élèves Tamour de la nature, et, dans ce but, elle leur inspire le goût du jardinage et de la culture des arbres.
iO. En traitant tous ces objets, il faut s'exercer à parler avec pureté et justesse; car, après la connaissance de la nature, il n'est rien dont les enfants des paysans aient plus besoin que d'apprendre à exprimer avec simplicité et vérité ce qu'ils savent.
11. Les élèves en savent assez quand ils parlent, lisent et écrivent bien , quand ils font une bonne composition allemande , quand ils calculent avec réflexion et avec facilité, et quand ils chantent bien; ils en savent assez, quand ils connaissent bien la Bible, quand ils possèdent les notions les plus essentielles du système de l'univers qu'ils ont sans cesse sous les yeux, de la natnredans laquelle ils vivent continuellement; ils sont beaucoup, quand ils sont des hommes chrétiens, raisonnables et bons.
13. La durée de l'enseignement est fixée à deux années. La première année les élèves apprennent comme écoliers ce qu'ils doivent ensuite enseigner aux autres ; seulement ils assistent aux leçons que les maîtres donnent aux enfants de l'école annexée à cette petite école normale. Dans la seconde année le futur instituteur se met davantage en avant , et dès ce moment tout se rapporte de plus en plus à la pratique- lis continuent ainsi toute l'année à s'exercer dans l'enseignement , et à la fin ils reçoivent une instruction courte et facile à comprendre sur la manière de conduire une école de pauvres à la campagne.
13. A l'école de Lastadie est jointe une école de pauvres, où les jeunes gens trouvent l'occasion de revenir, en enseignant, sur ce qu'ils ont appris, et de s'exercer dans l'enseignement d'après un plan ûxe. Cette école consiste en une seule classe , afin que les élèves voient comment doit être composée et conduite une bonne école de pauvres , et comment tous les enhnU peuvent être occupés à la fois.
14. Le nombre des élèves est ûxé à douze. Les subventions qu'ils recevront dépendront des circon-
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RAPI^RT SUR L*ÉTAT DE
i 5. Le8 leçons commencent et finissent tous les jours par la prière et le chant des psaumes. Le maître est libre de iiier les heures des méditations (particulièrement fondées sur la Bible et les psaumes), ainsi que leur nombre. Tant que le véritable esprit du christianisme, la foi animée par la charité, régnera dans l'établissement et remplira le cœur des malires et des élèves , Técole sera chrétienne et formera des instituteurs chrétiens ; et ces sentiments de foi et de charité tourneront au profit des pauvres et du peuple.
16. Il ne sera donc pas nécessaire de prescrire une règle minutieuse;mais on cherchera à réunir, autant que possible, rédncationà rinstruction. La lettre tue et l'esprit vivifie. Mais que ne faudrait-t-il pas pour faire pénétrer le véritable esprit du christianisme dans rétablissement, pour que maîtres et élèves, par amour pour le Seigneur, consacrent leurs soins ài la jeunesse pauvre !
i7. Quiconque voudra être admis dans rétablissement doit, outre ces conditions générales , avoir dixhuit ans accomplis, et n'avoir pas passé sa vingtième année. Il doit apporter des certificats de son pasteur, des autorités de sa commune et du médecin du cercle, sur sa conduite antérieure et Tétat de sa santé ; il doit posséder de plus, dans Fhistoire biblique, la lecture, récriture , le calcul et le chant , les connaissances préliminaires qu'on peut acquérir dans une école de campagne bien organisée. Celui qui joindra à ces connaissances les principes du clavecin ou du violon sera préféré. On s'annonce chez le directeur, et l'examen d'admission est fait par les membres des auto:ités départementales qui s'occupent des écoles populaires.
48. 11 n'y a point d'examen public. L'examen de départ se fait de même par les conseillers d'école du département, et les certificats de capacité sont fondés sur cet examen , d'après la gradation 1, 3, 3, et délivrés par les autorités départementales.
i9. Quant au placement des élèves , il sera bon que, pendant quelques années , ils travaillent comme maîtres d'école auxiliaires , afin d'acquérir peu à peu l'expérience et l'assurance nécessaires, en contractant des relations avec la jeunesse et les communes.
Dans cette supposition, l'àgc de l'admission pourrait sans inconvénient être fixé à seize ans, et cette institution deviendrait un soulagemen t pour les maîtres d'école âgés , à charge à eux-mêmes et à leurs communes.
20. L'école donne une attention toute particulière au chant et à la culture des arbres fruitiers, afin d'ennoblir et d'égayer le culte divin et toute la vie de campagne , et de préparer aux élèves un délassement des travaux de l'esprit et une industrie utile, et de combattre par tout cela la grossièreté et l'obstination auxquelles les cultivateurs sont enclins.
21 . Le dimanche tous les élèves assistent au service divin dans l'église de Lastadie.
L'INSTRUCTION PUBLIQUE
22. Les vacances ne peuvent, dans tonte Tannée, durer plus de quatre semaines; elles ont lieu à laques , en automne et à Noël.
25. L'établissement n'a d'autres revenus que ceux qu'il doit à la bienveillance du ministre de rinstniction publique et des cultes. Ces secours sont employés :
1® À soutenir les élèves les plus pauvres ;
2<^ A indemniser les maîtres auxiliaires de chant et de jardinage ;
5^ A payer l'enseignement de l'école;
4<* Au loyer des chambres des élèves;
5® A éclairer et chauffer la salle des leçons et les deux chambres d'habitation ;
6^* Aux dépenses extraordinaires.
Les frais de repas de midi et du soir pris en commun sont aussi prélevés sur les secours ; toutefois les élèves y contribuent un peu de leur bourse.
L*école de Lastadie paye le maître principal de son propre revenu.
Puisse, dit en terminant M. Bernhardt , cet établissement , créé dans des vues si charitables , ne pas élre privé de la bénédiction dont il a besoin !
Certes, il n'y a pas un cœur honnête qui ne joigne ses vœux à ceux du digne et respecuhie conseiller.
La seconde petite école normale de ce genre a été fondée en i824, en l'honneur d'Otto , évêque de Bambei^, qui introduisit le christianisme en Poméranie, en baptisant, près de la fontaine de Pyritz, quatre mille Poméraniens en 1124. Le ministre de l'instruction publique , en autorisant cette fondation , a demandé que les élèves reçussent des leçons d^agriculture , non pas seulement sous forme de récréation , mais comme partie essentielle de leur destination ; qu'ils fussent tenus d'étudier le jardinage , la culture des arbres fruitiers et les vers à soie. La surveillance spéciale de cette maison est confiée au pasteur du Heu. En voici le règlement, qui, sous quelques rapports, ressemble beaucoup à celui de la petite école de Las* tadie, mais qui entre dans de plus grands détails , et est peut-être plus austère encore pour ce qui regarde la discipline.