‹ uvres de Victor HugoChapitre 126 sur 599 · A MON AMI S. B · texte numérisé non relu

A MON AMI S. B

Perseverando.

Devise des Ducie.

L'Aigle , c'est le génie ! oiseau de la tempête , Qui des monts les plus hauts cherclie le plus haut faîte; Dont le cri fier, du jour chante l'ardent réveil; Oui w.' souille Jamais sa serre dans la fanf^e , El dont l'œil llamhoyanl incessamment échange Des éclairs avec le soleil.

Son nid n'est pîs un nid de mousse ; c'est une aire , Quelque rocher, creusé par un coup de tonnerre , Quelque brèche d'un pic , éi)0uvantable aux yeux , Quelque croulant asile, aux flancs des monts sublimes, Qu'on voit, baltu des vents , pendre entre deux abîmes , Le noir précijjice et les cieux !

Ce n'est pas l'humble ver, les abeilles dorées , La verte demoiselle, aux ailes bigarrées, Qu'attendent ses pelits , béants , de faim pressés ; Non ! c'est l'oiseau douteux , qui dans la nuit végète , C'est l'immonde lézard , c'est le serpent qu'il jette , Hideux , aux aiglons hérissés.

Kid royal ! palais sombre , et que d'un Hot de neige La roulante avalanche en bondissant assiège! Le génie y nourrit ses fils avec amour, Et, tournant au soleil leurs yeux remplis de flammes , Sous son ade de feu couve déjeunes âmes , Qui prendront des ailes un Jour !

Pourquoi donc l'étonner, Ami , si sur ta tête , Lourd de foudres , déjù le nuage s'arrête ?

Si quelque impur reptile en ton nid se débat? Ce sont tes premiers Jeux , c'est ta première fêle : Pour vous autres aiglons chaque heure a sa tempête , Chaque festin est un combat.

Rayonne , il en est temps ! et s'il vient un orage , En prisme éblouissant change le noir nuage. Que ta haute pensée accomplisse sa loi. Viens , Joins ta main de frère à ma main fraternelle. Poète , prends ta lyre ; aigle, ouvre ta jeune aile ; Étoile, étoile, lève-toi!

La brume de ton aube, Ami , va se dissoudre. Fais-loi connaître , aiglon , du soleil , de la foudre. Viens arracher un nom par tes chants inspirés; Viens ; cette gloire , en butte à tant de traits vulgaires , Ressemble aux fiers drapeaux qu'on rapporte des guer- Plus beaux quand ils sont déchirés! [res.

Vois l'astre chevelu qui , royal météore. Roule , en se grossissant des mondes qu'il dévore ; Tel , ô jeune géant , qui t'accrois tous les jours, Tel ton génie ardent , loin des routes tracées, Enlraînasit dans son cours des mondes de pensées, Toujours marche et grandit toujours !

Décembre 1827.

^ÎTf Wu-^mXïmt.

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