‹ uvres de Victor HugoChapitre 159 sur 599 · LA CHASSE DU BURGRAVE · texte numérisé non relu

LA CHASSE DU BURGRAVE

l'n vieux faune en riait dans sa groUe sauvage. Segrais.

« Daigne protéger notre chasse ,

» Châsse » De monseigneur saint Godefroi ,

» Roi!

» Si tu fais ce que je désire ,

» Sire , » Nous t'édif irons un tombeau

» Beau ;

« Puis , je te donne un cor d'ivoire ;

» Voire » Un dais neuf à pans de velours,

» Lourds ;

n Avec dix chandelles de cire ,

» Sire !

« Donc, te prions à deux genoux ,

» Nous,

» Nous , qui , né de bons gentilshommes,

» Sommes » Le seigneur burgrave Alexis

» Six !» —

Voilù ce que dit le burgrave ,

Grave , Au tombeau de saint Godefroi ,

Froid.

— « Mon page , emplis mon escarcelle ,

i> Selle » Mon cheval de Calatrava ;

» Va !

n Piqueur, va convier le comte.

« Conte s Que ma meute aboie en mes cours.

i> Cours ! ,

n Archers , mes compagnons de fêles ,

» Faites «Votre épieu lisse et vos cornets

» Nets.

« Nous ferons ce soir une chère

» Chère; n Vous n'y recevrez, maître-queux ,

» Qu'eux.

» En chasse , amis ! je vous invile.

« Vile !

« En chasse ! allons courre les cerfs ,

» Serfs ! »

11 part, et madame Isabelle,

Belle, Ditgaîment du haut des remparts :

« — Pars ! »

Tous les chasseurs sont dans la plaine ,

Pleine D'ardents seigneurs , de sénéchaux

Chauds.

Ce ne sont que baillis et prêtres , Reîtres

BALLADES

Qui savent traquer à pas lourds L'ours.

Dames en brillants équipages ,

Pages , Fauconniers, clercs , et peu bénins

Nains.

En chasse ! — Le maître en personne

Sonne.

Fuyez! voici les paladins,

Daims !

Il n'est pour vous comte d'empire

Pire Que le vieux biirgrave Alexis

Six! •

Fuyez ! — Mais un cerf dans l'espace

Passe , El disparaît comme l'éclair

Clair !

— « Taïaut les cbiens, taïaut les hommes !

1) Sommes » D'argent et d'or paîront sa chair

» Cher !

» Mon château pour ce cerf ! — Marraine,

» Reine « Des beaux sylphes et des follets

» Laids !

« Donne-moi son bois pour trophée ,

» Fée ! » Mère du brave , et du chasseur

« Sœur !

« Tout ce qu'un prêtre à sa madone

>' Donne , « Moi , je te le promets ici ,

» Si

« Notre main , ta serve et sujette ,

» Jette » Ce beau cerf qui s'enfuit là-bas

» Bas ! »

Du Chasseur Noir craignant l'injure ,

Jure Le vieux biirgrave haletant,

Tant

Que déjà sa meute qui jappe

Happe , Et fête le pauvre animal

Mal.

11 fuit. La bande malévole

Vole Sur sa trace , et par le plus court

Court.

Adieu clos, plaines diaprées,

Prées , Vergers fleuris , jardins sablés ,

Blés!

Le cerf , s'écliappant de plus belle ,

Bêle; Un bois à sa course est ouvert ,

Vert.

Il entend venir sur ses traces

Races De chiens dont vous seriez jaloux ,

Loups !

Piqueurs , ardentes haquenées ,

Nées De ces étalons aux long crins

Craints.

Leurs flancs , que de blancs harnois ceignent ,

Saignent Des coups fréquents des éperons

Prompts.

Le cerf , que le son de la trompe

Trompe , Se jette dans le bois épais.... —

Paix !

Hélas , en vain !.... la meule cherche ,

Cherche , Et là tu retentis encor,

Cor!

Où fuir ? dans le lac ! il s'y plonge ,

Longe Le bord où maint buisson rampant

Pend.

Ah ! dans les eaux du lac agreste

Reste !

Hélas ! pauvre cerf aux abois ,

Bois ! '^

Contre toi la fanfare ameute

Meute , Et veneurs sonnant du hautbois....

Bois!

Les archers sournois qui t'attendent.

Tendent

BALLADES

Leurs arcs dans l'épaisseur du bois !... Bois!

Ils sont avides de carnage ;

Nage !

C'est ton seul espoir désormais ;

Mais

L'essaim , que sa chair palpitante

Tenlc, Après lui dans le lac profond

Fond.

H sort. - Plus d'espoir qui le leurre !

L'heure Vient où pour loi fout est fini.

Ni

Tes piods vifs , ni snint Marc do Leydr

L'aide Du cerf qu'un chien , à demi-morl .

Mord ,

Ne te sauveront des morsures

Sûres Des limiers ardents de courroux ,

Roux.

Vois ces chiens qu'un serf bas et lAchc

Lâche , Vois les épieux à férir prêts ,

Près !

Meurs donc! la fanfare niéclianle

Chante Ta chute au milieu des clameurs.

Meurs !

Et ce soir , sur les délectables

Tables , Tu feras un excellent mets;

Mais

On l'a vengé. — Fille d'Autriche

Triche, Oiiand l'hymen lui donne un barbon

Bon.

Or , sans son hôte le bon comte

Compte; 11 revient, quoique fatigué ,

Gai.

Et tandis que ton sang ruisselle,

Celle Qu'épousa le comte Alexis

Six ,

Sur le front ridé du burgrave ,

Grave , Pauvre cerf, des rameaux aussi ;

Si

Qu'au burg, vous reniiez ù la brune,

Brune , Après un jour si hasardeux ,

Deux !

Janvier 1828.

i^aiiaîfc lOon^ime,

Page 1