LA CHASSE DU BURGRAVE
l'n vieux faune en riait dans sa groUe sauvage. Segrais.
« Daigne protéger notre chasse ,
» Châsse » De monseigneur saint Godefroi ,
» Roi!
» Si tu fais ce que je désire ,
» Sire , » Nous t'édif irons un tombeau
» Beau ;
« Puis , je te donne un cor d'ivoire ;
» Voire » Un dais neuf à pans de velours,
» Lourds ;
n Avec dix chandelles de cire ,
» Sire !
« Donc, te prions à deux genoux ,
» Nous,
» Nous , qui , né de bons gentilshommes,
» Sommes » Le seigneur burgrave Alexis
» Six !» —
Voilù ce que dit le burgrave ,
Grave , Au tombeau de saint Godefroi ,
Froid.
— « Mon page , emplis mon escarcelle ,
i> Selle » Mon cheval de Calatrava ;
» Va !
n Piqueur, va convier le comte.
« Conte s Que ma meute aboie en mes cours.
i> Cours ! ,
n Archers , mes compagnons de fêles ,
» Faites «Votre épieu lisse et vos cornets
» Nets.
« Nous ferons ce soir une chère
» Chère; n Vous n'y recevrez, maître-queux ,
» Qu'eux.
» En chasse , amis ! je vous invile.
« Vile !
« En chasse ! allons courre les cerfs ,
» Serfs ! »
11 part, et madame Isabelle,
Belle, Ditgaîment du haut des remparts :
« — Pars ! »
Tous les chasseurs sont dans la plaine ,
Pleine D'ardents seigneurs , de sénéchaux
Chauds.
Ce ne sont que baillis et prêtres , Reîtres
BALLADES
Qui savent traquer à pas lourds L'ours.
Dames en brillants équipages ,
Pages , Fauconniers, clercs , et peu bénins
Nains.
En chasse ! — Le maître en personne
Sonne.
Fuyez! voici les paladins,
Daims !
Il n'est pour vous comte d'empire
Pire Que le vieux biirgrave Alexis
Six! •
Fuyez ! — Mais un cerf dans l'espace
Passe , El disparaît comme l'éclair
Clair !
— « Taïaut les cbiens, taïaut les hommes !
1) Sommes » D'argent et d'or paîront sa chair
» Cher !
» Mon château pour ce cerf ! — Marraine,
» Reine « Des beaux sylphes et des follets
» Laids !
« Donne-moi son bois pour trophée ,
» Fée ! » Mère du brave , et du chasseur
« Sœur !
« Tout ce qu'un prêtre à sa madone
>' Donne , « Moi , je te le promets ici ,
» Si
« Notre main , ta serve et sujette ,
» Jette » Ce beau cerf qui s'enfuit là-bas
» Bas ! »
Du Chasseur Noir craignant l'injure ,
Jure Le vieux biirgrave haletant,
Tant
Que déjà sa meute qui jappe
Happe , Et fête le pauvre animal
Mal.
11 fuit. La bande malévole
Vole Sur sa trace , et par le plus court
Court.
Adieu clos, plaines diaprées,
Prées , Vergers fleuris , jardins sablés ,
Blés!
Le cerf , s'écliappant de plus belle ,
Bêle; Un bois à sa course est ouvert ,
Vert.
Il entend venir sur ses traces
Races De chiens dont vous seriez jaloux ,
Loups !
Piqueurs , ardentes haquenées ,
Nées De ces étalons aux long crins
Craints.
Leurs flancs , que de blancs harnois ceignent ,
Saignent Des coups fréquents des éperons
Prompts.
Le cerf , que le son de la trompe
Trompe , Se jette dans le bois épais.... —
Paix !
Hélas , en vain !.... la meule cherche ,
Cherche , Et là tu retentis encor,
Cor!
Où fuir ? dans le lac ! il s'y plonge ,
Longe Le bord où maint buisson rampant
Pend.
Ah ! dans les eaux du lac agreste
Reste !
Hélas ! pauvre cerf aux abois ,
Bois ! '^
Contre toi la fanfare ameute
Meute , Et veneurs sonnant du hautbois....
Bois!
Les archers sournois qui t'attendent.
Tendent
BALLADES
Leurs arcs dans l'épaisseur du bois !... Bois!
Ils sont avides de carnage ;
Nage !
C'est ton seul espoir désormais ;
Mais
L'essaim , que sa chair palpitante
Tenlc, Après lui dans le lac profond
Fond.
H sort. - Plus d'espoir qui le leurre !
L'heure Vient où pour loi fout est fini.
Ni
Tes piods vifs , ni snint Marc do Leydr
L'aide Du cerf qu'un chien , à demi-morl .
Mord ,
Ne te sauveront des morsures
Sûres Des limiers ardents de courroux ,
Roux.
Vois ces chiens qu'un serf bas et lAchc
Lâche , Vois les épieux à férir prêts ,
Près !
Meurs donc! la fanfare niéclianle
Chante Ta chute au milieu des clameurs.
Meurs !
Et ce soir , sur les délectables
Tables , Tu feras un excellent mets;
Mais
On l'a vengé. — Fille d'Autriche
Triche, Oiiand l'hymen lui donne un barbon
Bon.
Or , sans son hôte le bon comte
Compte; 11 revient, quoique fatigué ,
Gai.
Et tandis que ton sang ruisselle,
Celle Qu'épousa le comte Alexis
Six ,
Sur le front ridé du burgrave ,
Grave , Pauvre cerf, des rameaux aussi ;
Si
Qu'au burg, vous reniiez ù la brune,
Brune , Après un jour si hasardeux ,
Deux !
Janvier 1828.
i^aiiaîfc lOon^ime,