HER^VAM
Celui dont le Manc saigne a meilleure mémoire. L'affront que l'ofFeiiscur oublie en insensé Vit , et toujours remue au cœur de l'offensé !
Donc, je suis, c'est un titre à n'en point vouloir d'autres, Fils de pères qui font choir la tète des vôtres ? DONA SOL, A genoux devant l'empereur.
Sire ! pardon ! pitié ! sire ! soyez clément , Ou frappez-nous tous deux, car il est mou amant. Mon époux. En lui seul je respire ! Oh ! je tremble... Sire ! ayez la i>itié do nous tuer ensemble ! Majesté ! je me traîne à vos sacrés genoux ! Je l'aime ! il est à moi comme l'empire à vous ! — Oh grâce !
L'empereur la regarde immobile.
Quel penser sinistre vous absorbe ?
DOiV CARLOS, avec un soupir profond.
Allons, relevez-vous, duchesse de Ségorbe, Comtesse Albatera, marquise de Monroy... —
A Hernani.
Tes autres noms, don Juan?
HER?iANI.
Qui parle ainsi ? le roi ?
Non , l'empereur.
DOn A SOL , te relevant.
0 ciel !
DON CARLOS, la montrant à Hernani.
Duc ! voilà ton épouse.
HERNANI , les yeux au ciel.
Juste Dieu !
DON CARLOS, A Don Ruy Gomez.
Mon cousin , ta noblesse est jalouse.
Je sais, mais Aragon peut épouser Silva.
DON RI Y GOSEZ , sombre.
Ce n'est pas ma noblesse.
HERNANI , regardant dona Sol avec amour et la tenant embrat 8<ie.
Oh ! ma haine s'en va !
Il jette son poignard.
DONA SOL, dans les bras d'ileroani.
0 mon duc !
HERNANI
Je n'ai plus que de l'amour dans l'âme, Dona Sol!
DON CARLOS, à part, la main dans sa poitrine.
Éteins-toi , cœur jeune et plein de flamme ! Laisse régner resjirit que longtemps tu troublas. Tes amours désormais, tes maîtresses, hélas ! C'est l'Allemagne, c'est la Flandre, c'est l'Espagne.
fœil flxé sur sa bannière.
L'empereur est pareil à l'aigle sa compagne : A la place du cœur il n'a qu'un écusson !
HERNANI
Ah ! vous êtes César !
DON C.VRLOS.
De ta noble maison , Don Juan , ton cœur est digne...
Montrant dona Sol.
11 est digne aussi d'elU — A genoux , duc !
Hernani s'agenouille. Don Carlos détache sa Toison d'or et la ii passe au cou.
Reçois ce collier ;
11 tire son épée , et l'en frappe trois fois sur l'épaule Sois fidèle !
Par saint Etienne, duc, je te fais chevalier.
Il le relève et l'embrasse.
Mais lu l'as, le plus doux et le plus beau collier ! Celui que je n'ai pas, qui manque au rang suprême. Les deux bras d'une femme aimée et qui vous aime ! Ah ! lu vas être heureux j moi , je suis empereur.
Aux conjurés.
Je ne sais plus vos noms, messieurs; haine et fureur. Je veux tout oublier. Allez ; je vous pardonne ! C'est la leçon qu'au monde il convient que je donne.
LES CONJURÉS , à geaoux.
Gloire à Carlos !
DON RI Y GOMEZ, à don CarlOS.
Moi seul , je reste condamné.
HERNANI
DON C\RLOS.
Et moi !
DON RtJY roïiEZ, à part.
Biais comme lui je n'ai point pardonné !
Qui donc nous change tous ainsi?
TOUS
Vive Allemagne !
Honneur à Cliarles-Quint !
DON CARLOS, se tournant vers le tombeau.
Honneur à Charlemagne !
Laissez-nous seuls tous deux.
Tous se retirent au fond du théâtre.