‹ uvres de Victor HugoChapitre 22 sur 599 · A UNE FEMME · texte numérisé non relu

A UNE FEMME

C'est une âme charmante. Diderot.

Enfant ! si j'étais roi , je donnerais l'empire ,

Et mon char , et mon sceptre , et mon peuple à genoux,

LES FEUILLES D'AUTOMNE

Et ma couronne d'or , et mes bains de porphyre , Et mes flottes à qui la mer ne peut suffire , Pour un regard de vous !

Si j'étais Dieu , la terre et l'air avec les ondes , Les anges , les dénions courbés devant ma loi , Et le profond chaos aux entrailles fécondes , L'éternité , l'espace , et les cieux et les mondes , Pour un baiser de toi !

t^ingf-ttoïsièmt.

Quien no ama, no vive.

Oh! qui que vous soyez , jeune ou vieux , riche ou sage Si jamais vous n'avez épié le passage , Le soir , d'un pas léger , d'un pas mélodieux , D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les ténèbres , Et , comme un méléore au sein des nuits funèbres, Vous laisse dans le cœur un sillon radieux ;

Si vous ne connaissez que pour l'entendre dire Au poëte amoureux qui chante et qui soupire, Ce suprême bonheur qui fait nos jours dorés , De posséder un cœur sans réserve et sans voiles, De n'avoir pour flambeaux , de n'avoir pour étoiles , De n'avoir pour soleils que deux yeux adorés j

Si vous n'avez jamais attendu , morne et sombre , Sous les vitres d'un bal qui rayonne dans l'ombre , L'heure où pour le départ les portes s'ouvriront , Pour voir votre beauté , comme un éclair qui brille , Rose avec des yeux bleus et toute jeune fille , Passer dans la lumière avec des fleurs au front ;

Si vous n'avez jamais senti la frénésie

De voir la main qu'on veut par d'autres mains choisie,

De voir le cœur aimé battre sur d'autres cœurs ;

Si vous n'avez jamais vu d'un œil de colère

La valse impure , au vol lascif et circulaire ,

Effeuiller en courant les femmes et les fleurs ;

Si jamais vous n'avez descendu les collines , Le cœur tout débordant d'émotions divines; Si jamais vous n'avez , le soir , sous les tilleuls , Tandis qu'au ciel luisaient des étoiles sans nombre ,

Aspiré , couple heureux , la volupté de l'ombre , Cachés , et vous parlant tout b;is , quoique tout seuls ;

Si jamais une main n'a fait trembler la vôtre ;

Si jamais ce seul mot qu'on dit l'un après l'autre,

Je t'aime ! n'a rempli votre âme tout un jour ;

Si jamais vous n'avez pris en pitié les trônes

En songeant qu'on cherchait les sceptres, les couronnes,

Et la gloire , et l'empire , et qu'on avait l'amour !

La nuit , quand la veilleuse agonise dans l'urne , Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne Avec la tour saxonne et l'église des Goths , Laisse sans les compter passer les heures noires Qui , douze fois , semant les rêves illusoires , S'envolent des clochers par groupes inégaux ;

Si jamais vous n'avez , à l'heure oti tout sommeille , Tandis qu'elle dormait oublieuse et vermeille , Pleuré comme un enfant à force de souffrir , Crié cent fois son nom du soir jusqu'à l'aurore , Et cru qu'elle viendrait en l'appelant encore , Et maudit votre mère , et désiré mourir ;

Si jamais vous n'avez senti que d'une femme Le regard dans votre âme allumait une autre âme ; Que vous étiez charmé , qu'un ciel s'était ouvert , Et que pour celte enfant , qui de vos pleurs se joue , Il vous serait bien doux d'expirer sur la roue .... Vous n'avez point aimé , vous n'avez point souffert !

Novembre 1831.

Idiîrjgt-xïttatrtjfmje.

Mens blanda in corpore blamlo.

Madame , autour de vous tant de grâce étincelle , Votre chant est si pur , votre danse recèle

Un charme si vainqueur ; Un si touchant regard baigne voire prunelle, Toute votre personne a quelque chose en elle

De si doux pour le cœur ,

Que lorsque vous venez , jeune astre qu'on admire , Éclairer notre nuit d'un rayonnant sourire

Qui nous fait palpiter , Comme l'oiseau des bois devant l'aube vermeille , Une tendre pensée au fond des cœurs s'éveille

Et se met à chanter !

Vous ne l'entendez pas , vous l'ignorez , madame , Car la chaste pudeur enveloppe votre âme

De ses voiles jaloux , El l'ange que le ciel commit ù votre garde IS'a jamais à rougir , quand, rêveur, il regarde

Ce qui se passe en vous.

Avril 1831.

lOïnQUcinqmème,

jimor , ch 'a nuiv ainato amar perdona , Miprese dcl costiii piaccr si forte , Che, corne vedi , ancor non m'abbandona. Dante.

Contempler dans son bain sans voiles Une fille aux yeux innocents :

Suivre de loin de blanches voiles :

Voir au ciel briller les étoiles Et sous l'herbe les vers luisants ;

Voir autour des mornes idoles Des sultanes danser en rond ; D'un bal compter les girandoles La nuit , voir sur l'eau les gondoles Fuir avec une étoile au front ;

Regarder la lune sereine; Dormir sous l'arbre du chemin ; Être le roi lorsque la reine , Par son sceptre d'or souveraine , L'est aussi par sa blanche main \

Ouïr sur les harpes jalouses Se plaindre la romance en pleurs ; Errer, pensif, sur les pelouses, Le soir , lorsque les Andalouses De leurs balcons jettent des fleurs ;

Rêver , tandis que les rosées Pleuvent d'un beau ciel espagnol , El que les noies embrasées S'épanouissent en fusées Dans la chanson du rossignol ;

Ne plus se rappeler le nombre De ses jours , songes oubliés;

Suivre fuyant dans la nuit sombre Un esprit qui traîne dans l'ombre Deux sillons de flamme à ses pieds ;

Des boutons d'or qu'avril étale Dépouiller le riche gazon ; Voir , après l'absence fatale , Enfin , de sa ville natale Grandir la flèche à l'horizon ;

Non , tout ce qu'a la destinée

De biens réels ou fabuleux ,

Nest rien pour mon âme enchaînée ,

Quand tu regardes inclinée

Mes yeux noirs avec tes yeux bleus !

Septembre 18..

Dinjgt-sijtifm-e.

0 les temlrex propos et W.i charmantes choses Que nie dis.iit Aline en la saison des roses ! Doux zC'phirs, (|ui passiez alors dans ces beaux lieux , n'en apportiez-vous rien à l'oreille des dieux ?

Sëgbais.

Vois , celte branche est rude , elle est noire , et la nue Verse la pluie à flots sur son écorce nue ; Mais attends que l'hiver s'en aille , et tu vas voir Une feuille percer ces nœuds si durs pour elle , Et tu demanderas comment un bourgeon frêle Peut , si tendre et si vert , jaillir de ce bois noir.

Demande alors pourquoi , ma jeune bien-aimée , Quand sur mon âme , hélas ! endurcie et fermée , Ton souffle passe , après tant de maux expiés, Pourquoi remonte et court ma sève évanouie , Pourquoi mou iime en fleur (^lout épanouie Jette soudain des vers que j'effeuille à tes pieds !

C'est que tout a sa loi , le monde et la fortune ; C'est qu'une claire nuit succède aux nuits sans lune ; C'est que tout ici bas a ses reflux constants ; C'est qu'il faut l'arbre au vent et la feuille au zéphire; C'est qu'après le malheur m'est venu ton sourire ; C'est que c'était l'hiver et que c'est le printemps !

Février 18...

LES FEUILLES D'AUTOMNE

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