‹ uvres de Victor HugoChapitre 228 sur 599 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

LA KSNCONTKE.

La porte d'un cabaret. — l'nc place. — On voit dans le fond ville de Blois en amphithéâtre, et les tours de Saint- ?ticolas s la colline rouverte de maison.^.

Le COMTE DE CASSÉ , le marqpis DE BRICHANTEA LE VICOMTE DE BOUCHAVANNES , le chevalier ROCHEBARON. Ils sont assis à des tables devant porte ; les uns fument , les autres jouent aux dés boivent. — Ensuite le chevalier de MONTPESAl LE COMTE DE VILLAC. — Pîiis L'ANGELY. — Pu

le CRIELR PUBLIC ET LA FOCLE.

BRlCHAnTEAV se levant , à Gassé qui entre. Gassé ! —

Ils se serrent la main.

Tu viens à Blois joindre le régiment ? Le saluant.

Nous te complimentons de ton enterrement.

Examinant sa toilette.

Ah!

MARION DE LORME

GASSÉ.

C'est la mode. Orange , avec des faveurs bleues.

Croisant les bras et retroussant ses moustaches.

Savez-vous bien que Blois est à quarante lieues De Paris ?

BRICHAINTEAU.

C'est la Cliine!

GASSÉ.

Et cela fait crier Les femmes. Pour nous suivre il faut s'expatrier!

BOUCHAVANNES se tI(5tournant du jeu.

Monsieur vient de Paris ?

ROCHEBARON quittant sa pipe.

Dit-on quelques nouvelles?

GASSÉ saluant.

Point. — Corneille toujours met en air les cervelles,

juiche a Tordre. Ast est duc. Puis des riens à foison :

De trente huguenots on a fait pendaison.

Toujours nombre de duels. Le trois , c'était d'Angennes

Contre Arquin , pour avoir porté du point de Gènes ;

Lavardin avec Pons s'est rencontré le dix

Pour avoir pris à Pons la femme de Sourdis ;

Sourdis avec d'Ailly pour une du théâtre

De Mondori. Le neuf, Nogent avec Lachâtre

Pour avoir mal écrit trois vers de Colletet ;

Gorde avec Margaillan , pour l'heure qu'il était ;

D'Humière avec Gondi , pour le pas à l'église ;

Et puis tous les Brissac contre tous les Soubise

i propos du pari d'un cheval contre un chien.

Enfin, Caussade avec Latournelle, pour rien ,

Pour le plaisir. Caussade a tué Latournelle.

BRICHANTEAU

îeureux Paris ! les duels ont repris de plus belle!

GASSÉ.

>'cst la mode.

BRICHANTEAU

Toujours festins , amours , combats.

)n ne peut s'amuser et vivre que là-bas.

Bâillant, tfais on s'ennuie ici de façon paternelle !

A Gassé.

fu dis donc que Caussade à tué Latournelle !

GASSÉ.

)ui, d'un bon coup d'estoc.

Examinant les manches de Rochebaron.

Ou'avez-vous là , mon cher ?

îongez que ce n'est pas la mode du bel air. liguillettes ! boutons ! d'honneur , rien n'est plus triste. )es nœuds et des rubans !

BRICHANTEAU

Refais-nous donc la liste )e tous ces duels. Qu'en dit le roi?

GASSÉ.

Le cardinal îst furieux , et veut un prompt remède au mal.

BOTICHAVANNES.

Point de courrier du camp ?

GASSÉ.

Je crois que par surprise Nous avons pris Figuière , oubien qu'on nous l'a prise .

Réfléchissant.

C'est à nous qu'on l'a prise.

ROCHEBARON.

Et que dit de ce coup Le roi ?

GASSÉ.

Le cardinal n'est pas content du tout.

BRICHANTEAU

Que fait la cour? Le roi se porte bien sans doute?

GASSÉ.

Non pas. Le cardinal a la fièvre et la goutte , Et ne va qu'en litière.

BRICHANTEAU

Étrange original !

Quand nous te parlons roi, tu réponds cardinal.

GASSÉ.

Ah ! — c'est la mode.

BOUCHAVANNES.

Ainsi rien de nouveau ?

GASSÉ.

Que dis-je.' Pas de nouvelles? — Mais, un miracle , un prodige Qui tient depuis deux mois Paris en passion ! La fuite , le départ , la disparition...

BRICHANTEAU

De qui ?

GASSÉ.

De Marion de Lorme , de la belle Des belles.

BRICHANTEAU d'un air mystérieux.

A ton tour écoute une nouvelle :

Elle est ici.

GASSÉ.

Vraiment ! à Blois !

BRICHANTEAU

Incognito.

GASSÉ haussant les épaules.

Marion ! — - Vous raillez , monsieur de Brichanteau ! Elle ici ! Marion ! elle qui fait la mode ! Mais c'est que de Paris ce Blois est l'antipode ! Regardez. — Tout est laid, tout est vieux, tout est mal.

Montrant les tours de Saint-Nicolas.

Ces clochers même ont l'air gauche et provincial !

ROCHÉBARON.

C'est vrai.

BRICHANTEAU

Douterez-vous que Saverny l'ait vue ?

Cachée ici ? déjà d'un grand amant pourvue? Lequel même a sauvé Saverny , s'il vous plaît ,

MARION DE LORME

De voleurs qui la nuit Tavaiont pris au collet , Bons larrons , qui voulaient faire en cette rencontre L'aumône avec sa bourse et voir l'heure à sa montre.

CASSÉ

Mais c'est tout une histoire !

P.0CIIEIîAR0> A Brichanteau.

En f'ies-vous bien sûr ?

BRlCIlANTEAt.

Comme j'ai six basants d'argent sur champ d'azur! Si bien que Saverny depuis n'a d'autre envie Que de trouver cet homme aïKiiiel il doit la vie.

r.oi:ciiAVAis:vES.

Mais il peut bien l'iiller trouver chez elle.

BRICnAlVTEAU.

Non.

Elle a changé depuis de logis et de nom. On a perdu sa trace.

Marion et niriior travcrscnl IcnU'iiicnl le Tond du lliOâlrc sans ûlre vus des iulcrlocuteuis , et enlrcnl par une petite porte dans une des maisons latC-rales.

GASSt:.

11 fallait que je vinsse A Blois p(Uir rolrouver Marion en province !

Entrent MM. de villac ri de Moiitpcsat, parlant liaut et se dis putant.

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