‹ uvres de Victor HugoChapitre 24 sur 599 · GOYA · texte numérisé non relu

GOYA

Amis , mes deux amis ! mon peintre , mon poète ! Vous me manquez toujours . et mon àme !n([uiète

Vous redemande ici.

Des deux amis , si chers à ma lyre engourdie , Pas un ne m'est resté. Je t'en veux , Normandie ,

De me les prendre ainsi !

Ils emportent en eux toute ma poésie :

L'un, avec son doux lulh de miel et d'ambroisie ,

L'autre avec ses pinceaux.

Peinture et poésie où s'abreuvait ma muse , Adieu votre onde ! Adieu l'Alphée et l'Aréthuse

Dont je mêlais les eaux!

Adieu surtout ces cœurs et ces âmes si hautes ,

Dont toujours j'ai trouvé , pour mes maux et mes fautes .

Si tendre la pilié!

Adieu toute la joie fi leur commerce unie ! Car tous deux , ô douceur ! si divers de génie ,

Ont la même amitié!

Je crois d'ici les voir, le poëte et le peintre ! Us s'en vont raisonnant de l'ogive et du cintre

Devant un vieux portail ; Ou , soudain , à loisir , changeant de fantaisie , Poursuivent un œil noir dessous la jalousie,

A travers l'évciUail.

Oh ! de la jeune fille et du vieux monastère,

Toi , peins-nous la beauté , toi , dis-nous le mystère.

Charmez-nous tour à tour.

A travers le blanc voile et la muraille grise Votre œil , ô mes amis , sait voir Dieu dans l'église ,

Dans la femme l'amour !

Marchez , frères jumeaux, l'artiste avec l'apôtre .' L'un nous peint l'univers que nous explique l'autre;

Car, pour notre bonheur, Chacun de vous , sur terre , a sa part qu'il réclame. A toi , peintre , le monde ! A toi , pocte , l'àme !

A tous deux le Seigneur !

«ai 1830.

Dtngt-iîcuDumf.

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