‹ uvres de Victor HugoChapitre 265 sur 599 · LES MÊMES, MARION, LE MARQUIS DE NANGIS · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MARION, LE MARQUIS DE NANGIS

Le marquis de IVangis s'avance avec sa suite à quelques pas du roi , et met un genou en terre. Marion tombe à genoux à la porte.

LE MARQUIS DE >A?IGIS

Justice !

LE ROI

Contre qui?

LE MARQUIS DE NANGIS

Contre un tyran sinistre , Armand , (pi'on nomme ici le cardinal-ministre.

MARION

Grâce !

LE ROI

Pour qui ?

MARION

Didier...

LE MARQUIS DE NANGIS

Pour le marquis Gaspard De Saverny.

LE ROI

J'ai vu ces deux noms <iuelque part.

MARION DE LORME

LE MARQUIS DENANGIS.

Sire , grâce et justice !

LE ROI

Et quel titre est le vôtre !

LE MARQUIS DE NANGIS

Je suis oncle de l'un.

LE ROI, à Marion.

Vous ?

MARIOIV.

Je suis sœur de l'autre,

LE ROI

Or, çà , l'oncle et la sœur, que voulez-vous ici?

,E MARQUIS DE NAIVGIS, montrant tour A tour les deux mains du roi.

)e cette main justice , et de l'autre merci. Joi , Guillaume , marquis de Nangis , capitaine )e cent lances , baron du mont et de la plaine, >ontre Armand Duplessis , cardinal Richelieu , lequiers mes deux seigneurs , le roi de France et Dieu. ;'esl de justice entin qu'ici je suis en quête, laspard de Saverny, pour qui je fais requête , !st mon neveu.

MARIOIV, bas au marquis.

Parlez pour les deux , monseigneur !

LE MARQUIS DE IVANGIS , continuant.

I eut le mois dernier une affaire d'honneur

iVec un gentilhomme, avec un capitaine.

In Didier, que je crois de noblesse incertaine.

le fut un tort. — Tous deux ont fait en braves gensj

lais le ministre avait aposté des sergents...

LE ROI

e sais l'affaire. Assez. Qu'avez-vous à me dire ? LE MARQUIS DE NANGIS, se relevant.

e dis qu'il est bien temps que vous y songiez , sire,

)ue le cardinal-duc a de sombres projets ,

!t qu'il boit le meilleur du sang de vos sujets.

'otre père Henri , de mémoire royale ,

feût pas ainsi livré sa noblesse loyale ;

1 ne la frappait point sans y fort regarder;

i bien gardé par elle , il la savait garder.

l savait qu'on peut faire , avec des gens d'épées ,

•uelque chose de mieux que des têtes coupées ;

fu'ils sont bons à la guerre. Il ne l'ignorait point ,

.ui dont plus d'une balle a troué le pourpoint.

le temps était le bon. J'en fus , et je l'honore :

In peu de seigneurie y palpitait encore.

amais à des seigneurs un prêtre n'eût touché.

)n n'avait point alors de tête à bon marché.

lire ! en des jours mauvais comme ceux où nous sommes,

Iroyez un vieux , gardez un peu de gentilshommes.

'ous en aurez besoin peut-être à votre tour,

[élas ! vous gémirez peut-être quelque jour

lue la place de Grève ait été si fêtée ,

itque tant de seigneurs de bravoure indomptée,

■ers qui se tourneront vos regrets envieux,

Soient morts depuis longtemps qui ne seraient pas vieux.

Car nous sommes tout chauds de la guerre civile ,

Et le tocsin d'hier gronde encor dans la ville.

Soyez plus ménager des peines du bourreau.

C'est lui qui doit garder son estoc au fourreau;

Non pas nous. D'échafauds montrez-vous économe.

Craignez d'avoir un jour à pleurer tel brave homme,

Tel vaillant de grand cœur, dont, à l'heure qu'il est,

Le squelette blanchit aux chaînes d'un gibet !

Sire ! le sang n'est pas une bonne rosée ;

Nulle moisson ne vient sur la Grève arrosée ,

Et le peuple des rois évite le balcon ,

Quand aux dépens du Louvre on meuble 3Iontfaucon.

3Ieurent les courtisans , s'il faut que leur voix aille

Vous amuser, pendant que le bourreau travaille !

Cette voix des flatteurs qui dit que tout est bon ,

Qu'après tout on est fils d'Henri quatre, et Bourbon,

Si haute qu'elle soit, ne couvre pas sans peine

Le bruit sourd qu'en tombant fait une tête humaine.

Je vous en donne avis , ne jouez pas ce jeu ,

Roi , qui serez un jour face à face avec Dieu.

Donc je vous dis , avant que rien ne s'accomplisse ,

Qu'à tout prendre il vaut mieux un combat qu'un supplice ;

Que ce n'est pas la joie et l'honneur des états

De voir plus de besogne aux bourreaux qu'aux soldats;

Que c'est un pasteur dur pour la France où vous êtes,

Qu'un prêtre qui se paie une dîme de fêtes ;

Et que cet homme illustre entre les inhumains !

Qui touche à votre sceptre, — a du sang à ses mains !

- LE ROI

Monsieur, le cardinal est mon ami. Qui m'aime L'aimera !

Sire!..

LE MARQUIS DE NANGIS

Assez. C'est un autre moi-même.

LE MARQUIS DE NANGIS

Sire!.

LE ROI

Plus de harangue à troubler nos esprits !

Montr.mt ses cheveux qui grisonnent.

Ce sont les harangueurs qui font nos cheveux gris.

LE MARQUIS DE NANGIS

Pourtant , sire , un vieillard , une femme qui pleure ! C'est de vie et de mort qu'il s'agit à cette heure !

LE ROI

Que demandez-vous donc ?

LE MARQUIS DE NANGIS

La grâce de Gaspard !

MARION

La grâce de Didier!

LE ROI

Tout ce qu'un roi départ En grâces , trop souvent est pris à la justice.

MARION DE LORME

Ah ! sire ! à notre deuil que le roi compatisse. Savez-vous ce que c'est? Deux jeunes insensés, Par un duel jusqu'au fond de l'abîme poussés ! Mourir, ^rand Dieu ! mourir sur un gibet infâme ! Vous aurez pitié d'eux ! — Je ne sais pas, moi femme, Comment on parle aux rois. Pleurer peut-être est mal; Mais c'est un monstre entin que votre cardinal! Pourquoi leur en veut-il? qu'outils fait ! il n'a même Jamais vu mon Didier.— Hélas ! qui l'a vu , l'aime. — A leur âge , tous deux , les tuer pour un duel ! Leurs mères ! songez donc ! - Ah! c'est horrible !— 0 ciel ! Vous ne le voudrez pas ! . .— Ah! femmes que nous sommes, Nous ne savons pas bien parler comme les hommes, Nous n'avons que des pleurs, des cris , et des genoTix Que le regard d'un roi ploie et brise sous nous ! Ils ont eu tort , c'est vrai ! — Si leur faute vous blesse , Tenez , pardonnez-leur. Vous savez? la jeunesse ! Mon Dieu ! les joimesgens savent-ils ce qu'ils font? Pour un geste, un coupd'œil, un mot, — souvent au fond Ce n'est rien, — on se blesse, on s'irrite, on s'emporte. Les choses tous les jours se passent de la sorte; Chacun de ces messieurs le sait. Demandez-leur, Sire. —Est-ce pas,Messieurs? — Ah Dieu ! l'affreux mal- Dire que vous pouvez d'un mot sauver deux têtes ! [heur! Oh ! je vous aimerai , Sire , si vous le faites ! Grâce ! grâce ! — Oh , mon Dieu ! si je savais parler. Vous verriez , vous diriez : il faut la consoler. C'est une pauvre enfant , son Didier c'est son âme... — J'étouffe. Ayez pitié !

LE ROI

Oii'est-ce que celte dame ?

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