‹ uvres de Victor HugoChapitre 269 sur 599 · LE GUICHETIER · texte numérisé non relu

LE GUICHETIER

Entrez.

laffenias au moment d'entrer se retourne , considère en entrant Marion , et revient vers elle. Le guichetier referme la porte.

LAFFEMAS , à Marion.

Mais quoi ! vraiment , C'est encor vous ! ici! — L'endroit est équivoque.

MARION

Oui.

Avec triomphe et montrant le parchemin.

J'ai la grâce !

LAFFEMAS, montrant le sien.

Et moi l'ordre qui la révoque.

MARlOPf, avec un cri d'effroi.

L'ordre est d'iiier matin !

LAFFEMAS

Le mien de cette nuit.

MARION , les mains sur ses yeux.

Oli ! plus d'espoir !

LAFFEMAS

L'espoir n'est qu'un éclair qui luit.

La clémence des rois est chose bien fragile. Elle vient à pas lents et fuit d'un pied agile,

MARION

Pourtant le roi lui-même à les sauver s'émeut !...

LAFFEMAS

Est-ce que le roi peut quand le cardinal veut ?

MARION

0 Didier ! la dernière espérance est éteinte !

LAFFEMAS , bas.

Pas la dernière.

MARION, a part.

Ciel!

LAFFEMAS , se rapprochant d'elle. — Bas.

Il est dans cette enceinte , — Ln liorame... -»- qu'un seul mot de vous — peut faire ici Plus heureux qu'un roi même,— et plus puissant aussi !

MARION

Oh ! va-t'en !

LAFFEMAS

Est-ce là le dernier mot ?

MARION, avec hauteur.

De grâce !

LAFFEMAS

Qu'un caprice de femme est chose qui me passe !

Vous étiez autrefois tendre facilement.

•aujourd'hui , — ([u'il s'agit de sauver votre amant... —

MARION, l'interrompant.

11 faut que vous soyez un homme bien infâme , Bien vil , — décidément ! — Pour croire qu'une femme — Oui ! Marion de Lorme , — après avoir aimé Un homme , le i)lus pur que le Ciel ait formé , Après s'être épurée à cette chaste flamme, Après s'être refait une âme avec cette âme , Du haut de cet amour si sublime et si doux , Peut retomber si bas qu'elle aille jusqu'à vous !

LAFFEMAS

Aimez-le donc !

MARION

Le monstre ! il va du crime au vice ! Laisse-moi pure !

LAFFEMAS

Donc je n'ai plus qu'un service A vous rendre à présent ?

MARION

Quoi ?

LAFFEMAS

Si vous voulez voir , Je puis vous faire entrer. — Ce sera pour ce soir.

MARION , tremblant de tout son corps.

Dieu ! ce soir !

LAFFEMAS

Oui , ce soir. — Pour voir [mv la portière Monsieur le cardinal viendra dans sa litière.

Marion est plongée dans une profonde et convulsive rêverie. Tout à coup, elle passe ses deux mains sur son front et se tourne comme égarée vers Laffemas.

MARION

Comment feriez-vous donc pour les faire évader?

LAFFE3IAS, bas.

Si... vous vouliez?... —Alors je puis faire garder Cette brèche , par où viendra son éminence , Par deux hommes à moi...

Il écoute du coté de la petite porte.

Du bruit... — On vient , je pense .

MARION, se tordant les mains.

Et VOUS le sauverez?

LAFFEHAS.

Oui.

Bas.

Pour tout dire ici Les murs ont trop d'échos... — Ailleurs... MARION , avec désespoir.

Venez !

Laffemas se dirige vers la grande porte, et lui fait signe du doigt de le suivre. — Marion tombe à genoux , tournée vers le guichet de la prison. Puis elle se lève avec un mouvement convulsif et disparait par la grande porte à la suite de Laffemas. — Le petit guichet .s'ouvre. Entrent , au milieu d'un groupe de gardes, Saverny et Didier.

MARION DE LORME

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