‹ uvres de Victor HugoChapitre 283 sur 599 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

M. DE GORDES, M. DE PARDAILLAN, jemio page blond; M. DE VIC , Maître CLÉMENT MAROT, en habit (Je valet de chambre du Roi; puis M. DE l'IENNE ; un ou deux autres gentilshommes. De temps en temj)s M. DE COSSÉ, qui se promène d'un air rêveur et très-sérieux.

CLÉHErtT MAROT, saluant M. de Gordes.

Que savez-vous , ce soir ?

M. DE GORDES

Rien ; que la fête est belle Et que le roi s'amuse.

MAROT

Ah ! c'est une nouvelle !

Le roi s'amuse? Aii dial)le !

M. DE COSSÉ, qui passe derrière eux.

Et c'est Irùs-mallieureux, Car un roi qui s'amuse est un roi dangereu.x.

Il passe outre.

M. DE GORDES

Ce pauvre gros Cossé me met la mort dans l'âme.

MAROT, bas.

II parait que le roi serre de près sa femme ?

M. Ue Gordes lui fait un signe alTinnaUf. Entre M. de Picnno. M. DE GORDES.

Hé , voilà ce cher duc !

Ils se saluent.

M. DE PIESîiE, <run air mystérieux.

Mes amis ! du nouveau !

Une chose à brouiller le plus sage cerveau ! Une chose admirable ! une chose risiblo ! Une chose amoureuse ! une chose impossible !

M. DE GORDES

Quoi donc ?

M. DE PIENJÎE.

Il les ramasse en groupe autour de lui. Chut!

A Harot, qui est allé causer avec d'autres dans un coin. Venez çà , maître Clément Marot !

MAROT, approchant.

Que me veut monseigneur ?

M. DE PIETINE.

Vous êtes un grand sol.

MAROT

Je ne me croyais grand en aucune manière.

M. DE PIESJiE.

J'ai lu dans votre écrit du siège de Peschière , Ces vers sur Triboulel : « Fou de tête écorné , Aussi sage à trente aiïs que le jour qu'il est né... — » Vous êtes un grand sot !

MAROT

Que Cupido me damne Si je vous comprends !

M. DE PlEPiNE.

Soit.

A M. de Gordes.

Monsieur de Simiane, A M. de Pardaillan.

Monsieur de Pardaillan ,

M. de Gordes, M. de Pardaillan , Marot et M. de Cossé, qui est venu se joindre au groupe, font cercle autour du duc.

Devinez , s'il vous plaît.

Une chose inouïe arrive à Triboulet.

M. DE PARDAILLAN

Il est devenu droit ?

M. DE COSSÉ

On l'a fait connétable ?

MAROT

On l'a servi tout cuit par hasard sur la table !

M. DE PIEirriE.

Non , c'est plus drôle. Il a... — Devinez ce qu'il a. — C'est incroyable !

H. DE GORDE<«.

Un duel avec Gargantua ?

M. DE PIEMSE.

Point.

M. depardaillah.

Un singe plus laid que lui ?

M. DE PIENNE

Non pas.

MAROT

Sa poche Pleine d'écus ?

M. DE COSSÉ

L'emploi du chien du tourne-broche ?

MAROT

Un rendez-vous avec la Vierge au paradis ?

M. DE GORDES

Une âme , par hasard ?

M, DE PIE>\E

Je vous le donne en dix !

Triboulet le bouffon , Triboulet le difforme , Cherchez bien ce qu'il a... — quelque chose d'énorme !

MAROT

Sa bosse ?

M. DE PIENTtE.

Non. Il a... — Je vous le donne en cent ! — Une maîtresse !

Tous éclatent de rire.

MAROT

Ah ! ah ! Le duc est fort plaisant.

M. DE PARDAILLAN

Le l)on conte !

LE ROI S'AMUSE

H. DE PIENNE

Messieurs, j'en jure sur mon âme, Et je vous ferai voir la porte de la dame. II y va tous les soirs, vêtu d'un manteau brun. L'air sombre et furieux, comme un poc*te à jeun. Je lui veux faire un tour. Rôdant, à la nuit close, Près de l'hôtel Cossé , j'ai découvert la chose. Gardez-moi le secret.

MAROT

Quel sujet de rondeau !

M. DE PARDAILLAIV, riant.

Une femme à messer Triboulet !

M. DE GORDES, riant.

Une selle Sur un cheval de bois !

MAROT, riant.

Je crois que la donzelle, Si quelque autre Bedfort débarquait à Calais, Aurait tout ce qu'il faut pour chasser les Anglais !

Tous rient. Survient M. de Aie. M. de Pienne met son doigt sur sa bouche.

M. DE PIENNE

Chut!

M. DE PARDAILLAN, à M. de Pienne.

D'où vient que le roi sort aussi vers la brune Tous les jours, et tout seul , comme cherchant fortune?

M. DE PIENNE

Vie nous dira cela.

M. DE VIO.

Ce que je sais d'abord.

C'est que sa Majesté paraît s'amuser fort.

M. DE COSSÉ

Ah ! ne m'en parlez pas !

M. DE VIO.

Mais , que je me soucie De quel côté le vent pousse sa fantaisie , Pourquoi le soir il sort , dans sa cape d'hiver, Méconnaissable en tout de vêtement et d'air, Si de quelque fenêtre il se fait une porte, N'étant pas marié, mes amis , que m'importe ! M. DE COSSÉ, liochant la tête.

Un roi, — les vieux seigneurs, messieurs, savent cela, — Prend toujours chez quelqu'un tout le plaisir qu'il a. Gare à quiconque a sœur, femme ou fille à séduire ! Un puissant en gaîté ne peut songer qu'à nuire. Il est bien des sujets de craindre là-dedans. D'une bouche qui rit on voit toutes les dents.

M. DE vie, bas aux autres.

Comme il a peur du roi !

M. DE PARDAILLAN

Sa femme fort charmante En a moins peur que lui.

MAROT

C'est ce qui l'épouvante.

M. DE GORDES

Cossé , VOUS avez tort. 11 est très-important De maintenir le roi gai, prodigue et content.

M. DE PIENNE, à M. de Gordes.

Je suis de ton avis , comte ! un rf)i qui s'ennuie, C'est une fille en noir, c'est un été de pluie.

M. DE PARDAILLAN

C'est un amour sans duel.

M. DE vie.

C'est un flacon plein d'eau.

MAROT, bas.

Le roi revient avec Triboulet-Cupido.

Entrent le roi et Triboulet. Les courtisans s'écartent avec respect.

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