‹ uvres de Victor HugoChapitre 298 sur 599 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

BLANCHE , TRIBOULET. TRIBOI'LET , grave.

Parle à présent.

lil.ANCllE, les yeux baissas , interrompue de sangloU.

Mon père, il faut que je vous conte

Qu'il s'est hier glissé dans la maison... —

rieurant et les mains sut ses yeux.

J'ai honte !

Trlboulet la serre dans ses liras et lui essuie le front avec tendresse.

—Depuis longtemps ,— j'aurais dû vous parler plus tôt , Il me suivait. —

S'intciTompant encore.

Il faut reprendre de plus haut.

- Il ne me parlait pas. — Il faut que je vou.s dise Que ce jeune homme allait le dimanche j^i l'église... —

TRIBOILET.

Oui ! le Roi !

EL.\>CHE, continuant.

Que toujours , pour être vu , je croi , Il remuait ma chaise en passant près de moi.

D'une voix de plus en plus faible.

Hier , dans la maison il a su s'introduire... —

TUIBOILET.

Que je t'épargne au moins l'angoisse de tout dire! .?e devine le reste ! —

Il se lève.

0 douleur ! il a pris , Pour en marquer ton front , l'opprobre et le mépris .' Son haleine a souillé l'air pur qui t'environue ! Il a brutalement elîeuillé ta couronne ! Blanche ! ù mon seul asile en l'état où je suis ! Jour qui me réveillais au sortir de leurs nuits ! Ame par qui mon âme à la vertu remonte ! Voile de dignité déployé sur ma honte ! Seul abri du maudit à qui tout dit adieu ! Ange oublié chez moi par la pitié de Dieu ! — Ciel ! perdue , enfouie , en cette boue immonde , La seule chose sainte où je crusse en ce monde ! Que vais-je devenir , après ce coup fatal , Moi qui dans cette cour , prostituée au mal, Hors de moi comme en moi , ne voyais sur la terre Que vice , effronterie , impudeur , adultère , Infamie et débauche , et n'avais sous les cieux Que ta virginité pour reposer mes yeux ! — Je m'étais résigné , j'acceptais ma misère. Les pleurs , l'abjection profonde et nécessaire , L'orgueil qui toujours saigne au fond du cœur brisé, Le rire du mépris sur mes maux aiguisé, Oui , toutes ces douleurs où la honte se mêle , J'en voulais bien pour moi, mon Dieu, mais non pourelle Plus j'étais tombé bas , plus je la voulais haut.

II faut bien un autel auprès d'un échafaud. L'autel est renversé !— Cache ton front ,— oui , pleure , Chère enfant ! je t'ai fait trop parler tout à l'heure , N'est-ce pas ? pleure bien. ^ Une part des douleurs , A ton âge , parfois , s'écoule avec les pleurs. — Verse tout , si tu |)eux , dans le cœur de ton père !

Rêvant.

Blanche , quand j'aurai fait ce qui me reste à faire, Nous quitterons Paris. — Si j'échappe pourtant !

Rêvant toujours.

Quoi , suffit-il d'un jour pour que tout change tant !

Se relevant avec fureur. 0 malédiction ! qui donc m'aurait pu dire Que cette cour infâme , effrénée , en délire , Qui va , qui court , broyant et la femme et l'enfant , Échappée â travers tout ce que Dieu défend, Neffaçant un forfait que par un plus étrange , Éparpillant au loin du sang et de la fange, Irait , jusque dans l'ombre où tu fuyais leurs yeux , Éclabousser ce front chaste et religieux !

Se tournant vers la chambre du Roi.

0 roi François premier ! puisse Dieu qui m'écoute Te faire trébucher bientôt dans celte route ! Puisse s'ouvrir demain le sépulcre où tu cours î ULA^CIIE, levant les yeux au ciel.

A part.

0 Dieu ! n'écoutez pas , car je l'aime toujours ! Bruit de pas au fond du théâtre; dans la galerie extérieure parait un cortège de soldats et de gentilshommes. A leur tête , M. de Pienne.

H. DE PIEIVRE , appelant.

Monsieur de Montchenu , faites ouvrir la grille Au sieur deSaint-Vallier qu'on mène â la Bastille. Le groupe de soldat» défile deux à deux au fond. Au moment où M. de Saint-Vallier, quils entourent, passe devant la porte 11 s'y arrête et se tourne vers la chambre du Roi.

M. DE SAINT-VALLIER, dune voix haute.

Puisque par votre roi d'outrages abreuvé ,

Ma malédiction n'a pas encor trouvé

Ici bas ni là haut de voix qui me réponde ,

Pas une foudre au ciel, pas un bras d'homme au monde,

Je n'espère plus rien. Ce roi prospérera !

TRICOI LET , relevant la tête et le regardant en face.

Comte ! vous vous trompez. — Quelqu'un vous vengera !

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