‹ uvres de Victor HugoChapitre 377 sur 599 · CRIS DU PEUPLE · texte numérisé non relu

CRIS DU PEUPLE

Fabiani ! Mort à Fal)iani !

Ils grossissent et se rapprochent de plus en plus. LA REINE.

Mort à Fabiani ! Mylords , entendez-vous ce peuple qui hurle ? II faut lui jeter un homme. La populace veut à manger.

SIMON RENARD

Qu'ordonne Votre Majesté ?

LA REINE

Pardieu, mylords, vous tremblez tous autour de moi, il me semble. Sur mon âme , faut-il que ce soit une femme qui vous enseigne votre métier de gentilshommes ! A clieval , mylords , à cheval. Est-ce que la canaille vous intimide ? Est-ce que les épées ont peur des bâtons ?

SIMON RENARD

Ne laissez pas les choses aller plus loin. Cédez , madame , pendant qu'il en est temps encore. Vous pouvez encore dire la canaille, dans une heure vous seriez obligée de dire le peuple.

Les cris redoublent, le bruit se rappi'oche. LA REINE.

Dans une heure !

SIMON RENARD, allant A la galerie et revenant.

Dans un quart d'heure, madame. Voici que la première enceinte de la Tour est forcée. Encore un pas, le peuple est ici.

LE PEUPLE

A la Tour ! à la Tour ! Fabiani ! mort à Fabiani !

LA REINE

Qu'on a bien raison de dire que c'est une horrible chose que le peuple ! Fabiano t

MARIE TTJDOR.

SIMOIt RENARD.

Voulez-vous le voir déchirer sous vos yeux dans un instant?

LA REI.XE

Mais savez-vous qu'il est inMme qu'il n'y en ait pas un de vous qui bouge, messieurs ! naais au nom du ciel, défendez -moi donc !

LOR» CLIiVTOIV.

Vous, oui, madame ; Fabiani, non.

LA REI'VE

Ah ciel ! Eii bien oui ! je le dis tout haut, tant pis ! Fabiaiio est innocent! Fabiano n'a pas commis le crime l)our lequel il est condamné. C'est moi , et celui-ci, et le ciseleur Gilbert, qui avons tout fait, tout inventé, tout supposé. Pure comédie ! Osez me démentir, monsieur le bailli! Maintenant, messieurs, le défendrezvous ?JI est innocent, vous dis-je. Sur ma télé, sur ma couroiuie , sur mon Dieu, sur Fàine de ma mère, il est innocent du crime ! cela est aussi vrai ((ii'il est vrai que vous êtes là, lord Clinlon ! Défendez-le. Exterminez ceuxci, comme vous avez exterminé Tom W'yal, mon brave Clinton , mon vieil ami, mon bon Robert ! Je vous jure qu'il est faux que Fabiano ait voulu assassiner la reine.

LORI) CLIIVTON.

Il y a une autre reine qu'il a voulu assassiner, c'est l'Angleterre,

Les cris continuent au dehors.

LA REINE

Le balcon ! ouvrez le balcon ! Je veux prouver moimême au peuple qu'il n'est pas coupable !

SIMON RE>ARD

Prouvez au peuple qu'il n'est pas Italien ?

LA REINE

Oiiand je pense que c'est un Simon Renard, une créature du cardinal deGranvelle, qui ose me parler ainsi ! Eh bien, ouvrez celle porte ! ouvrez ce cachot ! Fabiano est là j je veux le voir, je veux lui parler.

SIMON RENARD, bas.

Que faites-vous? Dans son propre intérêt, il est inutile de faire savoir à tout le monde où il est.

LE PEl'PLE.

Fabiani à mort ! Vive Elisabeth !

SIMON RENARD

Les voilà qui crient vive Elisabeth, maintenant.

LA REINE

Mon Dieu ! mon Dieu !

SIMON RENARD

Choisissez, madame :

Il désigne «l'une main la porte du cachot.

— Ou cette tête au peuple ,

Il désigne de l'autre main la couronne que porte la Reine.

— Ou cette couronne à madame Elisabeth.

LE PEUPLE

Mort ! mort ! Fabiani ! Elisabeth !

l'ne pierre vient casser une vitre à côté de la Reine.

SIMOÎt RENARD.

Votre Majesté se perd sans le sauver. La deuxièni cour est forcée. Que veut la reine ?

LA REINE

Vous êtes tous des lâches, et Clinton tout le premier Ah ! Clinton, je me souviendrai de cela, mon ami !

Que veut la reine ?

LA REINE

Oh ! être abandonnée de tous ! Avoir tout dit sai rien obtenir ! Qu'est-ce «lue c'est donc que ces gentil hommes-là ? Ce peu|)le est infâme. Je voudrais le broy« sous mes pieds. Il y a donc des cas où une reii n'est qu'une femme! Vous me le payerez tous bien chei messieurs !

SISIO!» RETIARD.

Que veut la reine ?

LA REINE, accablée.

Ce que vous voudrez ! Faites ce que vous voudrez Vous êtes un assassin !

A part.

— Oh! Fabiano !

SIMON RENARD

Clarence! Jarretière ! à moi !— Maître Éneas, ouvre le grand balcon de la galerie.

Le b.ilcou du fond s'ouvre. Simon Renard y va, Clarence A i droite, Jarretière A sa gauche. Immense rumeur au dehors. LE PEUPLE.

Fabiani! Fabiani !

SIMON RENARD, au balcon, tourné vers le peuple. Au nom de la reine !

Page 1