‹ uvres de Victor HugoChapitre 404 sur 599 · C.ATARINA · texte numérisé non relu

C.ATARINA

Oui. je me déferai seule. Dors bien, ma bonne Dafne.

Va.

DAFNE

Que le ciel vous garde cette nuit , madame !

Elle .sort par 1.» porte de ror.itoirc.

SCKNE IV.

CATARINA, RODOLFO. (V abord sur le balcon.

CATARISA,seule.

11 y avait une chanson qu'il chantait. 11 la chanlait à

mes pieds avec une voix si douce ! Oh ! il y a des moments où je voudrais le voir. Je donnerais mon sang pour cela ! Ce couplet surtout ([ii'il m'adressait. Elle prend la guitare.

— Voici l'air, je crois.

Elle joue quelques mesures d'une musique mélancolique.

— Je voudrais me rappeler les paroles. Oh ! je vendrais mon Ame pour les lui entendre chanter , à lui , encore une fois ! sans le voir, de là bas, d'aussi loin qu'on voudrait. Mais sa voix! entendre sa voix !

RODOLFO , du balcon où il est caché.

I) chante.

Je t'adore ange et l'aime femme.

Dieu , qui par loi m'a com[ilété, A fait mon amour pour Ion âme Kl mon regard pour la beauté.

CATARINA , laissant tomber sa guitare.

Ciel!

RODOLFO , continuant. Toujours caché.

0 ma charmante , Écoule ici

L'amant <(ui chante Et pleure aussi.

CATARINA

Rodolfo !

RODOLFO, paraissant et jetant son manteau «ur le balcon derrière lui.

Catai'ina !

Il vient tombera ses pieds.

CATARINA

Vous êtes ici ? Comment ! vous êtes ici ? Oh Dieu ! je meurs de joie et d'épouvante. Rodolfo ! savez-vous oii vous êtes ? Est-ce que vous vous figurez que vous êtes ici dans une chambre comme une autre, malheureux? Vous risfpiez votre tète.

RODOLFO

Oue m'importe ! Je serais mort de ne plus vous voir, j'aime mieux mourir pour vous avoir revue.

CATARINA

Tu as bien fait. Eh bien oui, tu as eu raison de venir. Ma tète aussi est risquée. Je te revois, qu'importe le reste ! Une heure avec toi, et ensuite que ce plafond croule s'il veut !

D'ailleurs le ciel nous protégera , tout dort dans le palais , il n'y a pas de raison pour que je ne sorte pas comme je suis entré.

CATARINA

Comment as-tu fait?

RODOLFO

C'est un homme auquel j'ai sauvé la vie.... Je vous expliquerai cela. Je suis sur des moyens que j'ai employés.

CATARINA

N'est-ce pas? ohl si tu es sûr, cela suffit. Ob Dieu ! mais regarde-moi donc que je te voie?

RODOLFO

Catarina !

CATARINA

Oh ! ne pensons plus qu'à nous, toi à moi, moi à toi. Tu me trouves bien changée , n'est-ce pas? Je vais t'en dire la raison, c'est que depuis cinq semaines je n'ai fait que pleurer. Et toi, qiras-tu fait tout ce temps-là? As-tu été bien triste au moins ? Quel effet cela t'a-t-il fait, cette séparation? Dis-moi cela. Parle-moi. Je veux que tu me parles.

RODOLFO

0 Catarina , être séparé de toi , c'est avoir les ténèbres sur les yeux , le vide au cœur ! C'est sentir qu'on meurt un peu chaque jour ! C'est être sans lampe dans; un cachot , sans étoile dans la nuit ! C'est ne plus vivre,

ANGELO

ne plus penser, ne plus savoir rien ! Ce que j'ai fait, distu? je l'ignore. Ce que j'ai senti, le voilà.

CATARINA

Eh bien , moi aussi ! Eh bien , moi aussi ! Eh bien , moi aussi ! Oh ! je vois que nos cœurs n'ont pas été séparés. Il faut que je te dise bien des choses. Par où commencer? On m'a enfermée. Je ne puis plus sortir. J'ai bien souffert. Vois-tu , il ne faut pas t'étonner si je n'ai pas tout de suite sauté à ton cou , c'est que j'ai été saisie. Oh Dieu! quand j'ai entendu ta voix , je ne puis pas te dire, je ne savais plus oîi j'étais. Voyons , assieds-toi là, tu sais? comme autrefois. Parlons bas seulement. Tu resteras jusqu'au malin. Dafne te fera sortir. Oh ! quelles heures délicieuses ! Eli bien, maintenant, je n'ai plus peur du tout, tu m'as pleinement rassurée. Oh ! je suis joyeuse de te voir. Toi ou le paradis . je choisirais toi. Tu demanderas à Dafne comme j'ai pleuré! elle a bien eu soin de moi , la pauvre fille. Tu la remercieras. Et Reginella aussi. Mais, dis-moi , tu as donc découvert mon nom? Oh! tu n'es embarrassé de rien, toi. Je ne sais pas ce que tu ne ferais pas quand tu veux une chose. Oh dis ! auras-tu moyen de revenir ?

RODOIFO.

Oui. Et comment vivrais-je sans cela ? Catarina , je t'écoute avec ravissement. Oh! ne crains rien. Vois comme cette nuit est calme. Tout est amour en nous , tout est repos autour de nous. Deux âmes comme les nôtres qui s'épanchent l'une dans l'autre, Catarina, c'est quelque chose de limpide et de sacré que Dieu ne voudrait pas troubler ! Je t'aime, lu m'aimes, et Dieu nous voit ! Il n'y a que nous trois d'éveillés à celte heure ! Ne crains rien.

CATARIIVA.

Non. Et puis il y a des moments où l'on oublie tout. On est heureux, on est ébloui l'un de l'autre. Vois, Rodolfo : séparés , je ne suis qu'une pauvre femme prisonnière , lu n'es qu'un pauvre homme banni ; ensemble , nous ferions envie aux anges! Oh ! non , ils ne sont pas tant au ciel que nous. Rodolfo, on ne meurt pas de joie, car je serais morte. Tout esl mêlé dans ma tête. Je t'ai fail mille questions tout à l'heure, je ne puis plus me rappeler un mol de ce que je t'ai dit. T'en souviens-tu , loi , seulement? Quoi ! ce n'est pas un rêve ! Vraiment, tu es là , toi !

RODOLFO

Pauvre amie !

CATARINA

Non , tiens, ne me parle pas , laisse-moi rassembler mes idées , laisse-moi te regarder , mon âme ! laissemoi penser que tu es là. Tout à l'heure je te répondrai. On a des moments comme cela, tu sais, où l'on veut regarder l'homme qu'on aime et lui dire : Tais-toi, je te regarde ! Tais-toi, je t'aime ! Tais-toi, je suis heureuse !

Il lui baise la main. Elle se retourne et aperçoit la lettre qui est sur la table.

— Qu'est-ce que c'est que cela ? 0 mon Dieu ! Voici un

papier qui me réveille! Une lettre! Est ce toi qui as mis cette lettre là ?

RODOLFO

Non. Mais c'est sans doute l'homme qui est venu avec moi.

CATARINA

Il est venu un homme avec toi ! Qui ? Voyons ! Qu'estce que c'est que cette lettre?

Elle décacheté avidement la lettre et lit.

— « Il y a des gens qui ne s'enivrent que de vin de Chypre. Il y en a d'autres qui ne jouissent que de la vengeance raCBnée. Madame, un sbire qui aime est bien petit, un sbire qui se venge est bien grand. « —

RODOLFO

Grand Dieu ! qu'est-ce que cela veut dire?

CATARINA

Je connais l'écriture. C'esl un infâme qui a osé m'aimer, et me le dire, et venir un jour chez moi, à Venise, et que j'ai fait chasser. Cet homme s'appelle Homodei.

RODOLFO

En effet,

CATARINA

C'est un espion du conseil des Dix.

RODOLFO

Ciel!

CATARINA

Nous sommes perdus ! Il y a un piège , et nous y sommes pris.

Elle va au balcon et regarde :

— Ah Dieu !

RODOLFO

Quoi ?

CATARINA

Éteins ce flambeau , vite !

RODOLFO, éteignant le nambean.

Qu'as-lu?

La galerie qui donne sur le pont Molino....

RODOLFO

Eh bien ?

CATARINA

Je viens d'y voir paraître et disparaître une lumière.

RODOLFO

Misérable insensé que je suis ! Catarina ! la cause de ta perle , c'est moi !

CATARINA

Rodolfo , je serais venue à toi comme lu es venu à moi.

Prêtant l'oreille à la petite porte du fond.

— Silence ! — Écoutons. — Je crois entendre du bruit dans le corridor. Oui ! on ouvre une porte ! On marche !

— Par où es-tu entré ?

ANGELO

RODOT.FO.

Par une porte masquée , là , que ce démon a refermée.

CATARI^A.

Que faire ?

RODOI-FO.

Cette porle?...

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