CATARINA , LA TISBE , ANGELO
ANGELO , sans voir la Tisbe , qui est restée près du balcon.
Qu'est-ce que cela signifie, madame? Il me semble que je viens d'entendre du bruit chez vous.
CATARINA
Monsieur...
ANGELO
Comment se fait-il que vous ne soyez pas couchée à celle heure ?
CATARINA
C'est que...
ANGELO
Mon Dieu, vous êtes toute tremblante. 11 y a quelqu'un chez vous , madame !
LA TISBE, s'avangant du fond du théâtre.
Oui, monseigneur. Moi.
ANGELO
Vous, Tisbe !
LA TISBE.
Oui, moi.
ANGELO
Vous ici ! au milieu de la nuit ! Comment se fait-il que vous soyez ici , que vous y soyez à cette heure, el que madame...
LA TISBE.
Soit toute tremblante? Je vais vous dire cela , monseigneur. Écoutez-moi. La chose en vaut la peine.
CATARINA, à part.
Allons ! c'est fini.
LA TISBE.
Voici , en deux mots. Vous deviez être assassiné demain malin.
ANGELO
Moi!
LA TISBE.
En vous rendant de votre palais au mien. Vous save; que le matin vous sortez ordinairement seul. J'en aireçi l'avis celte nuit même, et je suis venue en toute hàti avertir madame qu'elle eût à vous empêcher de sorli demain. Voilà pourquoi je suis ici, pourquoi j'y suis ai milieu de la nuit , et pourquoi madame est toute trera blante.
CATARINA, à part.
Grand Dieu ! qu'est-ce que c'est que cette femme ?
ANGELO
Est-il possible ? Eh bien ! cela ne m'étonne pas ! Vou voyez que j'avais bien raison quand je vous parlais d^ dangers qui m'entourent. Qui vous a donné cet avis ?
ANGELO
LA TISBE.
Un homme inconnu , qui a commencé par me faire promeltre que je le laisserais évader. J'ai tenu ma promesse.
ANGELO
Vous avez eu tort. On promet, mais on fait arrêter. Comment avez-vous pu entrer au palais ?
LA TISBE.
L'homme m'y a fait entrer. II a trouvé moyen d'ouvrir une petite porte qui est sous le pont Molino.
ANGELO
Voyez-vous cela ! Et pour pénétrer jusqu'ici?
LA TISBE.
EIi bien ! et cette clef, que vous m'avez donnée vousmême !
ANGELO
Il me semble que je ne vous avais pas dit qu'elle ouvrît cette chambre.
Si vraiment. C'est que vous ne vous en souvenez pas.
ANGELO , apercevant le manteau.
Qu'est-ce que c'est que ce manteau ?
LA TISBE.
C'est un manteau que l'homme m'a prêté pour entrer dans le palais. J'avais aussi le chapeau , je ne sais plus ce que j'en ai fait.
ANGELO
Penser que de pareils hommes entrent comme ils veulent chez moi ! Quelle vie que la mienne ! J'ai toujours un pan de ma robe pris dans quelque piège. Et dites-moi, Tisbe?...
LA TISBE.
Ah ! remettez à demain les autres questions , monseigneur, je vous prie. Pour cette nuit , on vous sauve la vie, vous devez être content. Vous ne nous remerciez seulement pas , madame et moi.
ANGELO
Pardon , Tisbe.
LA TISBE.
Ma litière est en bas qui m'attend. Me donnerez-vous la main jusque-là ? Laissons dormir madame à présent.
ANGELO
Je suis à vos ordres , doua Tisbe. Passons par mon appartement , s'il vous plaît , que je prenne mon épée.
Allant à la grande porte du fond.
— Holà ! Des flambeaux !
LA TISBE.
Elle prend Catarina à part sur le devant du théâtre. Faites-le évader, tout de suite ! par où je suis Venue. Voici la clef.
Se tournant vers l'oratoire.
— Oh ! cette porte ! Oh ! que je souffre ! Ne pas même savoir réellement si c'est lui !
ANGELO , qui revient.
Je vous attends, madame.
LA TISBE, à part.
Oh ! si je pouvais seulement le voir passer ! Aucun moyen ! Il faut s'en aller! Oh !...
A Angelo.
— Allons ! venez, monseigneur !
CATARINA, les regardant sortir.
C'est donc un rêve !
%romme tournée.