‹ uvres de Victor HugoChapitre 409 sur 599 · CATARINA , LA TISBE , ANGELO · texte numérisé non relu

CATARINA , LA TISBE , ANGELO

ANGELO , sans voir la Tisbe , qui est restée près du balcon.

Qu'est-ce que cela signifie, madame? Il me semble que je viens d'entendre du bruit chez vous.

CATARINA

Monsieur...

ANGELO

Comment se fait-il que vous ne soyez pas couchée à celle heure ?

CATARINA

C'est que...

ANGELO

Mon Dieu, vous êtes toute tremblante. 11 y a quelqu'un chez vous , madame !

LA TISBE, s'avangant du fond du théâtre.

Oui, monseigneur. Moi.

ANGELO

Vous, Tisbe !

LA TISBE.

Oui, moi.

ANGELO

Vous ici ! au milieu de la nuit ! Comment se fait-il que vous soyez ici , que vous y soyez à cette heure, el que madame...

LA TISBE.

Soit toute tremblante? Je vais vous dire cela , monseigneur. Écoutez-moi. La chose en vaut la peine.

CATARINA, à part.

Allons ! c'est fini.

LA TISBE.

Voici , en deux mots. Vous deviez être assassiné demain malin.

ANGELO

Moi!

LA TISBE.

En vous rendant de votre palais au mien. Vous save; que le matin vous sortez ordinairement seul. J'en aireçi l'avis celte nuit même, et je suis venue en toute hàti avertir madame qu'elle eût à vous empêcher de sorli demain. Voilà pourquoi je suis ici, pourquoi j'y suis ai milieu de la nuit , et pourquoi madame est toute trera blante.

CATARINA, à part.

Grand Dieu ! qu'est-ce que c'est que cette femme ?

ANGELO

Est-il possible ? Eh bien ! cela ne m'étonne pas ! Vou voyez que j'avais bien raison quand je vous parlais d^ dangers qui m'entourent. Qui vous a donné cet avis ?

ANGELO

LA TISBE.

Un homme inconnu , qui a commencé par me faire promeltre que je le laisserais évader. J'ai tenu ma promesse.

ANGELO

Vous avez eu tort. On promet, mais on fait arrêter. Comment avez-vous pu entrer au palais ?

LA TISBE.

L'homme m'y a fait entrer. II a trouvé moyen d'ouvrir une petite porte qui est sous le pont Molino.

ANGELO

Voyez-vous cela ! Et pour pénétrer jusqu'ici?

LA TISBE.

EIi bien ! et cette clef, que vous m'avez donnée vousmême !

ANGELO

Il me semble que je ne vous avais pas dit qu'elle ouvrît cette chambre.

Si vraiment. C'est que vous ne vous en souvenez pas.

ANGELO , apercevant le manteau.

Qu'est-ce que c'est que ce manteau ?

LA TISBE.

C'est un manteau que l'homme m'a prêté pour entrer dans le palais. J'avais aussi le chapeau , je ne sais plus ce que j'en ai fait.

ANGELO

Penser que de pareils hommes entrent comme ils veulent chez moi ! Quelle vie que la mienne ! J'ai toujours un pan de ma robe pris dans quelque piège. Et dites-moi, Tisbe?...

LA TISBE.

Ah ! remettez à demain les autres questions , monseigneur, je vous prie. Pour cette nuit , on vous sauve la vie, vous devez être content. Vous ne nous remerciez seulement pas , madame et moi.

ANGELO

Pardon , Tisbe.

LA TISBE.

Ma litière est en bas qui m'attend. Me donnerez-vous la main jusque-là ? Laissons dormir madame à présent.

ANGELO

Je suis à vos ordres , doua Tisbe. Passons par mon appartement , s'il vous plaît , que je prenne mon épée.

Allant à la grande porte du fond.

— Holà ! Des flambeaux !

LA TISBE.

Elle prend Catarina à part sur le devant du théâtre. Faites-le évader, tout de suite ! par où je suis Venue. Voici la clef.

Se tournant vers l'oratoire.

— Oh ! cette porte ! Oh ! que je souffre ! Ne pas même savoir réellement si c'est lui !

ANGELO , qui revient.

Je vous attends, madame.

LA TISBE, à part.

Oh ! si je pouvais seulement le voir passer ! Aucun moyen ! Il faut s'en aller! Oh !...

A Angelo.

— Allons ! venez, monseigneur !

CATARINA, les regardant sortir.

C'est donc un rêve !

%romme tournée.

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