CATARINA, RODOLFO
CATARINA, à part.
Ciel ! Rodolfo !
RODOLFO , accourant.
Oui , Catarina ! c'est moi. Moi pour un instant. Tu es seule. Quel bonheur !... — Eh bien ! tu es toute pâle. Tu as l'air troublée ?
Je le crois bien. Les imprudences que vous faites. Venir ici en plein jour à présent !
RODOLFO
Ah ! c'est que j'étais trop inquiet. Je n'ai pas pu y tenir.
CATARINA
Inquiet de quoi ?
RODOLFO
Je vais vous dire , ma Catarina bien-aimée. — Ah ! vraiment, je suis bien heureux de vous trouver ici aussi tranquille !
CATARINA
Comment êles-vous entré ?
RODOLFO
La clef que tu m'as remise toi-même.
CATARINA
Je sais bien , mais dans le palais ?
RODOLFO
Ah ! voilà précisément une des choses qui m'inquiètent. Je suis entré aisément , mais je ne sortirai pas de même.
CATARLNA.
Comment ?
RODOLFO
Le capitaine-grand m'a prévenu à la porte du palais que personne n'en sortirait avant la nuit.
Personne avant la nuit !
A part.
— Pas d'évasion possible ! 0 Dieu !
RODOLFO
Il y a des sbires en travers de tous les passages. Le
ANGELO
palais est gardé comme une prison. J'ai réussi à me glisser dans la grande galerie , cl je suis venu. Vraiment ! tu me jures qu'il ne se passe rien ici?
CATARINA
Non, Rien, Rien, sois tranquille , mon Rodolfo. Tout est comme à l'ordinaire ici. Regarde. Tu vois bien qu'il n'y a rien de dérangé dans celle chambre. Mais va-l'en vite. Je Iremble que le podesla ne rentre,
KODOLFO.
Non, Catarina , ne crains rien de ce côté. Le podesta est en ce moment sur le pont Molino, là en bas. Il interroge des gens qu'on vient d'arrêter. Oh! j'étais inquiet, Catarina ! Tout a un air étrange aujourd'hui, la ville comme le palais. Des bandes d'archers et de cernides vénitiens parcourent les rues. L'église Saint- Antoine est tendue de noir, et l'on y chante l'office des morts. Pour qui ? On l'ignore. Le savez-vous?
CATARlJiA.
Non.
ROnOtFO.
Je n'ai pu pénétrer dans l'église. La ville est frappée de stupeur. Tout le monde parle bas. 11 se passe à coup sûr une chose terrible quelque pari. Où? Je ne sais. Ce n'est pas ici , c'est tout ce qu'il me faut. Pauvre amie, tu ne te doutes pas de tout cela dans ta solitude !
CATARINA
Non.
RODOLFO
Que nous importe au reste! Dis, es-tu remise de l'émotion de celle nuit? Oh ! quel événement! Je n'y comprends rien encore. Catarina ! je t'ai délivrée de ce sbire Homodci. Il ne te fera plus de mal.
CATARINA
Tu crois?
RODOLFO
II est mort. Catarina ! tiens, décidément tu as quelque chose! lu as l'air triste! Catarina! lu ne me caches rien? Il ne l'arrivé rien au moins? Oh! c'est qu'on aurait ma vie avant la tienne !
CATARINA
Non, il n'y a rien. Je te jure qu'il n'y a rien. Seulement je te voudrais dehors ! Je suis effrayée pour toi.
RODOLFO
Que faisais-tu quand je suis entré ?
CATARINA
Ah mon Dieu ! tranquillisez-vous, mon Rodolfo, je n'étais pas triste, bien au contraire. J'essayais de me rappeler cet air que vous chantez si bien. Tenez , vous voyez, j'ai encore là ma guitare.
Je t'ai écrit ce malin. J'ai rencontré Reginella à qui j'ai remis la lellre. La lettre n'a pas été interceptée ? Elle t'est bien arrivée ?
CATARINA
La lettre m'est si bien arrivée que la voilà. Elle lui présente la lettre.
RODOLFO
Ah ! tu l'as ! C'est bien. On est toujours inquiet qua on écrit.
CATARINA
• Oh ! toutes les issues de ce palais gardées ! Persor ne sortira avant la nuit !
RODOLFO
Personne. Je l'ai déjà dit. C'est l'ordre,
CATARINA
Allons ! maintenant , vous m'avez parlé , vous m'a vue, vous êtes rassuré, vous voyez que si la ville est rumeur, tout est tran(|uille ici, partez, mon Rodolfo, nom du ciel ! Si le podesta entrait ! Vite ! parlez. Pi que tu es obligé de rester dans ce palais jusqu'au si voyons , je vais te fermer moi-même ton mante Comme cela. Ton chai)eau sur la lête. Et puis dev les sbires, aie l'air naturel, à ton aise, pas d'affeclat à les éviter, pas de précaution. La précaution dénon Et puis , si l'on voulait le faire écrire quelque chose hasard, un cs|)ion, quihpfun qui le tendrait un pié trouve un prétexte, n'écris pas !
RODOLFO
Pourquoi celle recommandation , Catarina?
Pourquoi ? Je ne veux pas qu'on voie de ton écritt moi. C'est une idée que j'ai. Mon ami, vous savez h que les femmes ont des idées. Je te remercie d'< venu, d'être entré, d'être resté , j'ai eu la joie di voir ! Là , tu vois bien que je suis traïKpiille , gs contente, que j'ai ma guitare là et ta lettre, maintens va-t'en vite. Je veux que tu t'en ailles. — Encore mot seulement.
RODOLFO
Quoi?
CATARINA
Rodolfo, vous savez que je ne vous ai jamais i accordé , tu le sais bien , toi !
RODOLFO
Eh bien?
CATARINA
Aujourd'hui c'est moi qui vais te demander. Rodo un baiser !
RODOLFO, la serrant dans ses bras.
Oh ! c'est le ciel !
CATARINA
Je le vois qui s'ouvre !
RODOLFO
0 bonheur !
CATARINA
Tu es heureux ?
Oui!
CATARINA
A présent sors , mon Rodolfo !
ANGELO
ROOOLFO.
Merci !
CATARINA
Adieu ! — Rodolfo !
Rodoiro , qui est à la porte , s'arréle.
— Je t'aime l
Rodoiro sort.