SCENE XUl
DAVENAInT, LORU ROCHESTER, dame GUGGLIGOY.
DAME GLG(;liG0V, à Rochester.
Hé bien. Monsieur? Hé bien, dans mille coins divers Je vous cherche. Déjà fuyez-vous votre amante?
DAVE>A>'T, reculant.
A qui donc en veut-elle ?
DAME GUGGLIGOY, A Rochcslcr.
Ilélas, je me lamente, J'appelle, je languis, je plenre, je me meurs. Je pousse à fendre un roc de dolentes clameurs, El vous ne venez ))as! AIi ! i)auvre délaissée! Quoi, déjà votre ardeur est-elle donc passée? Voyez mes pleurs ! voyez ! mon cœur en eau se fond.
LORD ROCIIESTER, détournant les yeux, A part. Ah ! l'horrible grimace !... — Est-ce triste ou boulïon ? Bas ii Davenant en lui montrant la Gugfjligoy. Qu'en dites-vous ?
DAVENANT, île même.
Quel est ce spectre !
LORD ROCHESTER, toujours bas.
C'est ma femme.
DAVENANT, riant.
Votre femme ?
LORD ROCHESTER
Oui, d'honneur! Vite ime épilhalame.
Mon poète !
DAVENANT
Mylord veut rire?
LORD ROCHESTER
Non, pardieu !
Rien n'est moins drôle.
DAME GTJGGLIGOY.
Traître ! et vos serments de feu !
DAVENANT, bas à lord Rochester.
La maîtresse en son genre est vraiment peu commune. Je vous fais compliment de la bonne fortune.
LORD ROCHESTER , bas à Davenant.
Bonne fortune ! c'est ma femme, et rien de plus ! Vous me faites affront !
DAiSIE GUGGLTGOY.
Mes pleurs sont superflus.
Il ne m'écoute pas !
DAVENANT, bas à lord Rochester.
Tandis qu'elle radote, Expliquez-moi...
LORD ROCHESTER, basa Davenant.
Cromwell me la donne, et la dote ;
Le tout par bonté.
DAME GUGGLIGOY, le tirant par la manche.
Quoi ! mon cher mari !
DAVENANT, ba.s à lord Rochester qui cherche à repousser dame Guggliiîoy.
Comment?...
LORD ROCHESTER, basa Davenant.
Je vous dirai cela. Sachez pour le moment Qu'à bon droit de ce nom la sybille in'api)elle. C'est fait. Un corps-de-garde a servi de chapelle j Un tambour d'un sermon nous a gratifiés ; Et c'est un caporal qui nous a mariés. Je tremblais à la fin que la loi martiale
INe fît du lit-de-camp la couche nuptiale. — Heureusement !...
DAVENANT, riant.
J'aurais voulu, comme objet d'art.
Voir duègne et chapelain conjoints par un soudard !
LORD ROCHESTER, bas.
C'est ainsi que chez nous la chose se pratique.
DAVENANT
lié mais ! pour dénouer une œuvre dramati<iue, Ces mariages-là sont commodes, vraiment.
Un caporal unit la belle avec l'amant j Tout est dit.
DAME GLGGLIGOV, aigrement.
De qui donc parlez-vous à voix basse ? II me fuit 1 — Fallait-il qu'à ce point je tombasse , M(»i qui ne suis point mal, et garde en très-bon or, Deux cents vieux jacobus, qui sont tout neufs encoi' !
DAVENANT, à Uociiestcr.
Teste ! mais ce parti vaut bien des héritières !
Deux cents vieux jacobus, et trois dents presque entières!
DAME Gl]GGLIGOY, à Rochester.
Vous qui me prodiguiez tant de charmants propos... LORD ROCHESTER, à Davenant.
Elle a rêvé cela. —
A dame Guggligoy.
Laissez-nous en repos.
Dieu vous damne !
Il la repousse.
DAME GUGGLIGOY.
Ils sont tous les mêmes, ces infâmes ! Tendres pour leur amante, et durs avec leurs femmes. Des chats avant la noce, et des tigres après!
A Rochester.
Quoi ! barbare ! changer nos myrtes en cyprès. Laisser ta jeune épouse !
LORD ROCHESTER
Ah! vieille aventurière !
Si le diable était mort , tu serais sa douairière.
DAME GUGGLIGOY.
Pour un saint, quel langage !
LORD ROCHESTER , à part.
A propos, j'oubliais !...
Haut.
0 femme ! j'ai fait vœu...
A pari.
Prenons notre air niais.
Haut.
De chasteté.
DAME GUGGLIGOY.
Comment !
LORD ROCHESTER, baissant les yeux.
Vainement vous me dites :
« Dormez avec moi !...»— Point de voluptés maudites!
DAME GUGGLIGOY.
Me chasser sans pitié hors du lit conjugal !