‹ uvres de Victor HugoChapitre 530 sur 599 · LE DOCTEUR JE^VKINS · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR JE^VKINS

Ah ! distinguons, monsieur Crorawell , sans vous déplaire! Vous pouvez vous venger, mais non pas nous punir. Les mots sont importants en tout à définir : Tyrannus nonjudex, le tyran n'est point juge. Si , grâce à quelque traître , à l'aide d'un transfuge , Vous avez dans la lutte été le plus adroit , Si vous avez la foïce , il nous reste le droit. Violemment aux lois vous pouvez nous soustraire ,

Qu'importe ! nous mourrons , mai:^ de mort arbitraire , Et seulement de fait! — Consultez sur ce point Vos propres avocats , Whiteiocke, Pierpoint , Maynard.— Je m'en rapporte à vos conseillers même , Quoique le "Whiteiocke ait im très-faux système , Et que souvent Pierpoint et le sergent Maynard Contre le poulailler jdaident pour le renard.

CROMWEl.L.

Hé bien donc ! vous aurez le gibet en partage.

LE DOCTECR JE1VKI?IS.

Soit. Mais voyez sur vous quel est notre avantage ! Nous irons au gibet d'un despote irrité, Mais vous , au pilori de la postérité !

Croinwcll hausse les épaule*.

LORD ROCHESTER, toujours à deml-éveillé.

OÙ donc ai-je l'esprit? — Si je ne dors pas , certe , Je suis mort. — Ce Cromwell pourtant me déconcerte, Ici... déjà ! — Je l'ai laissé h'i-haut hier.

S'adrcssant aux soldats qui Tt-nvironncnt.

Ne pourrait-on changer de rêve ou bien d'enfer ? Délivrez-moi de Noil ! vous m'avez l'air bons diables.

CROJIWEI.L.

Après un moment de mi^ditalion , il croise ses bras et s'adressi

en souriant aux Cavaliers.

Or çh , vous méditiez des projets incroyables : Prendre Olivier Cromwell j'i des jiiéges d'enfants ! L'égorger ! — Car, Messieurs, vos poignai-ds triomphant: Ne m'auraient point traité , devant cette poterne, Comme David traita SaUl dans la caverne; Nul de vous n'eût borné l'emploi de son couteau A couper doucement le bord de mon manteau. Je le sais. C'est tout simple ; et je vous en approuve. Tout en vous approuvant , à dire vrai , je trouve Que votre idan pouvait être un peu mieux conçu , Et qu'enfin votre trame est d'un frêle tissu. Par malheur , je n'ai point su la chose à temps, frères Pour vous communiquer sur ce point mes lumières : Ne m'en veuillez donc pas. — Vous avez bien sué Pour inventer cela ! — Moi , comme Josué , Que de vingt rois unis le choc ne troublait guère, J'ai coupé les jarrets à vos chevaux de guerre. Nous avons tous agi comme nous avons dû ; Vous avez attaqué , je me suis défendu. Quant à votre projet en lui-même, j'avoue Que j'aime ces élans du cœur qui se dévoue : Le courage me rit et l'audace ine plaît. Quoique votre succès n'ait pas été complet. Je ne vous place pas moins haut dans mon idée. Par un sentiment fort votre âme est possédée ; Vous marchez hardiment , d'un pas ferme et réglé ; Vous n'avez point fléchi , point pâli , point tremblé; Vous m'êtes, — agréez mes compliments sincères , — Des ennemis de choix , de dignes adversaires ! Je ne vois rien en vous qui soit à dédaigner, Et vous estime enfin trop — pour vous épargner. 1 Cette estime pour vous en public veut s'épandre,

Et je vous la témoigne en vous faisant tous pendre. — Point de remercîments ! — Excusez-moi plutôt De confondre avec vous sur le même échafaud

Montrant sir William Murray consternC.

Ce fanfaron pleureur, ce lâche qui m'écoule , Quoiqu'il ne vaille pas la corde qu'il me coûte. Il doit vous rendre gi Ace ; oui , certe ! car sans vous Il n'eût point eu l'honneur d'éveiller mon courroux.

Montrant Manassé toujours immobile.

Souffrez que je vous joigne encor cejuif fétide. C'est dur ! à des chrétiens mêler un déicide ! Avec les bons larrons confondre un Barabbas ! — J'arrangerai la chose. — On le pendra plus bas. — Çà , que chacun de vous maintenant me pardonne De le payer si mal ; ce que j'ai , je le donne. — Ce que je fais pour vous, je le sens , est bien peu ! — Allez : préparez-vous à rendre compte à Dieu : Noussommes tous pécheurs, frères! — Dans quelques heu- Quand le jour renaissant blanchira ces demeures, [res, Vous serez tous pendus ! — Allez : — priez pour moi !

Les gantes , lord Carllsle à leur tête , entraînent les prisonniers, qui tous, à l'exception de Murray et du juif, conservent une attitude fiére et méprisante. CromweU reste quelques instants rêveur, i>uis se tourne vivement vers Tliurloë.

Fais sur l'heure apprêter Westminster! Je suis Roi.

Il rentre à White-Hall par la poterne, et Tliurloë, après un profond salut , sort par le parc.

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