‹ uvres de Victor HugoChapitre 547 sur 599 · WILDMAN · texte numérisé non relu

WILDMAN

C'est un abominable érastianisme !

I>AREBO:^E, à part.

Hélas !

Au fond, c'est bien le mot ! —

Haut.

Souffrez que je m'explique Est-on rebelle à Dieu, traître à la république. Pour ne i)as dédaigner les biens qu'en sa bonté Dieu donne h Thoinme, un jour sur la terre jeté, Les consolations à la chair accordées?

Montrant le trime.

De sa base à son dais ce trône a dix coudées. Ne puis-je regretter ce riche ameublement? Tout ce que je possède est ici.

HARRISON, jetant des yeux avides sur les splendides décoration que désigne Barebone.

Mais, vraiment, [garde C'est fort beau! — Comment donc ! Je n'y prenais pa; Ces glands sontd'or,— d'or pur! Tiens, Syndercomb, re

A lui seul, ce fauteuil, de brocard revêtu. Vaut mille jacobus.

BAREBONE.

Pour le moins !

n VRRISON , A Syndercomb.

Qu'en dis-tu ?

[garde!

SYNDERCOJIB , dévorant le fauteuil tlu regard. Quel butin !

BAREBONE , tressaillant.

Qu'a-t-il dit?

SYNDERCOMB , aux autres conjurés.

Le Die» qui nous seconde , Frères ! donne ù ses saints tous les biens de ce inonde. Ceci nous appartient. Cromwell mort sous nos coups, Nous pourrons partager sa dépouille entre nous.

BAREEOIVE.

Non pas ! — Ciel! mon drap d'or, mes courtines, ma soie !

SYNDERCOMB

Des aigles du Liban le veau d'or est la proie !

BAREBONE.

Des aigles ! dis plutôt des corbeaux ! — Tu voudrais ?...

OVERTOIV, les séparant.

Messieurs , frappons d'abord : nous réglerons après !

TOCS.

Amen ! —

BAREBONE , à part.

Damnation ! — Mais ce sont des pirates ! Le pillage est leur but ! Forbans ! âmes ingrates ! — Que faire? — Ils me rendraient infidèle à Sion ! — Se partager enlr'eux mon bien ! — Damnation !

Barebone se retire du milieu des conjurés et semble livré à d'amères réflexions.

OVERTON , aux têtes rondes qui font groupe autour de lui. Frères ! — En attendant qn'Irael, sur son trône , Attaque corps à corps le roi de Babylone, Et lève par nos mains contre Olivier-Premier L'étendard, où revit La Harpe et le Palmier ; Six de nous prendront poste à la salle des Gardes.

TOUS

Bien!

OVERTON, continuant.

Cachant leurs poignards devant les hallebardes, Douze se grouperont aux degrés du perron Oïl Richard à Norfolk attacha l'éperon ; Quatre aux Aides, et quatre à la cour des Tutelles. Les autres, dispersés dans toutes les chapelles Des vieux Plantagenels, des Stuarts, des Tudors, Gardant les escaliers, barrant les corridors, Et, soit qu'Olivier gagne ou perde l'avantage, Pouvant ou lui fermer ou nous ouvrir passage, Devront, par leurs discours nourrir l'embrasement Qui dans la foule en deuil couvera sourdement, Et des saintes tribus attisant la colère, Hâter l'éruption du volcan populaire !

TOCS, excepté Barebone, agitant leurs poignards. Qu'il dévore Ablron ! Qu'il consume Dathan !

GARLAISD.

11 se jette A genoux au milieu du cercle des Puritains, et s"écric

en levant sa dague vers le ciel.

0 Dieu, qui fis l'atome et le léviathan , Seconde en ta bonté notre sainte entreprise.

Fais, pour manifester ton pouvoir qu'on méprise.

Que du sein de Cromwell ce fer sorte fumant.

Guide nos coups, Dieu bon ! Dieu sauveur ! Dieu clément!

Qu'ainsi tes ennemis soient livrés au carnage.

Puisque nous te rendons ce pieux témoignage ,

Dans nos mains, sur nos fronts, fais resplendir, ôDieu,

Tes glaives tlainboyanls et tes langues de feu !

11 se relève , et les Puritains , quelque temps inclinés , semblent prier avec lui.

BAREBONE, à part.

L'abomination habite en leur pensée.

— Se partager mon bien ! —

LAMBERT

Messieurs, l'heure est passée.

Sortons.

A part.

Comment frapper ce coup? —

LC0LOW.

Ne parlons plus ?

Frappons ! — que le maudit compte avec les élus !

Tous les conjurés, excepté Barebone, sortent avec la même gravité processionnelle qui a marqué leur entrée. Au moment où Lambert est sur le point de franchir le seuil de la salle, Overton le retient par le bras.

Page 1