‹ uvres de Victor HugoChapitre 58 sur 599 · SARA LA BAIGNEUSE · texte numérisé non relu

SARA LA BAIGNEUSE

Le soleil et les vents, dans ces bocages sombres , Des rouilles sur son front faisaient flotter les onii.res.

ALFRED DE ViGNT.

Sara , belle d'indolence ,

Se balance Dans un hamac , au-dessus Du bassin d'une fontaine

ORIENTALES

Toute pleine D'eau puisée à l'Ilyssus ;

Et la frêle escarpolette

Se reflète Dans le transparent miroir , Avec la baigneuse blanche

Qui se penche , Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle

Qui chancille Passe à fleur d'eau dans son vol , On voit sur Teau qui s'agite

Sortir vite Son beau pied et son beau col.

Elle bat d'un pied timide

L'onde humide Qui ride son clair tableau ; Du beau pied rougit l'albâtre ;

La folâtre Rit de la fraîcheur de l'eau.

Reste ici caché : demeure !

Dans une heure , D'un œil ardent tu verras Sortir du bain l'ingénue ,

Toute nue , Croisant ses mains sur ses bras !

Car c'est un astre qui brille

Qu'une fille Qui sort d'un bain au flot clair ; Cherche s'il ne vient personne ,

Et frissonne, Toute mouillée au grand air !

Elle est là , souslafeuillée,

Éveillée Au moindre bruit de malheur; Et rouge pour une mouche

Qui la touche , Comme une grenade en fleur.

On voit tout ce que dérobe

Voile ou robe ; Dans ses yeux d'azur en feu , Son regard que rien ne voile

Est l'étoile Qui brilje au fond d'un ciel bleu.

L'eau sur son corps qu'elle essuie

Roule en pluie , Comme sur un peuplier ; Comme si , gouttes à gouttes ,

Tombaient toutes Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante

Est bien lente A finir ses doux ébats; Toujours elle se balance

En silence , Et va murmurant tout bas :

« Oh ! si j'étais capitane ,

» Ou sultane , « Je prendrais des bains ambrés , » Dans un bain de marbre jaune,

« Près d'un trône , 0 Entre deux griffons dorés !

« J'aurais le hamac de soie

» Qui se ploie » Sous le corps prêt à pâmer ; « J'aurais la molle ottomane

n Dont émane « Un parfum qui fait aimer.

n Je pourrais folâtrer nue ,

« Sous la nue , » Dans le ruisseau du jardin , » Sans craindre devoir dans l'ombre

» Du bois sombre 1) Deux yeux s'allumer soudain.

« 11 faudrait risquer sa tête

» Inquiète , « Et tout braver pour me voir , » Le sabre nu de l'heyduque ,

» Et l'eunuque » Aux dents blanches, au front noir !

» Puis , je pourrais, sans qu'on presse

» Ma paresse, » Laisser avec mes habits » Traîner sur les larges dalles

» Mes sandales « De drap brodé de rubis. »

Ainsi se parle en princesse ,

Et sans cesse Sa balance avec amour La jeune tille rieuse ,

Oublieuse Des promptes ailes du jour.

L'eau du pied de la baigneuse

Peu soigneuse Rejaillit sur le gazon, Sur sa chemise plissée ,

Balancée Aux branches d'un vert buisson.

Et cependant des campagnes Ses compagr.es

ORIENTALES

Prennent toutes le cliemui.

Voici leur troupe frivole

Qui s'envole En se tenant par la main.

Chacune , en clianfant comme elle ,

Passe et mêle Ce reproche à sa clianson ; — Oh ! la paresseuse fille

Qui s'habille Si tard un jour de moisson !

Juillet 182S.

orientale t)injgUrmr.

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