SARA LA BAIGNEUSE
Le soleil et les vents, dans ces bocages sombres , Des rouilles sur son front faisaient flotter les onii.res.
ALFRED DE ViGNT.
Sara , belle d'indolence ,
Se balance Dans un hamac , au-dessus Du bassin d'une fontaine
ORIENTALES
Toute pleine D'eau puisée à l'Ilyssus ;
Et la frêle escarpolette
Se reflète Dans le transparent miroir , Avec la baigneuse blanche
Qui se penche , Qui se penche pour se voir.
Chaque fois que la nacelle
Qui chancille Passe à fleur d'eau dans son vol , On voit sur Teau qui s'agite
Sortir vite Son beau pied et son beau col.
Elle bat d'un pied timide
L'onde humide Qui ride son clair tableau ; Du beau pied rougit l'albâtre ;
La folâtre Rit de la fraîcheur de l'eau.
Reste ici caché : demeure !
Dans une heure , D'un œil ardent tu verras Sortir du bain l'ingénue ,
Toute nue , Croisant ses mains sur ses bras !
Car c'est un astre qui brille
Qu'une fille Qui sort d'un bain au flot clair ; Cherche s'il ne vient personne ,
Et frissonne, Toute mouillée au grand air !
Elle est là , souslafeuillée,
Éveillée Au moindre bruit de malheur; Et rouge pour une mouche
Qui la touche , Comme une grenade en fleur.
On voit tout ce que dérobe
Voile ou robe ; Dans ses yeux d'azur en feu , Son regard que rien ne voile
Est l'étoile Qui brilje au fond d'un ciel bleu.
L'eau sur son corps qu'elle essuie
Roule en pluie , Comme sur un peuplier ; Comme si , gouttes à gouttes ,
Tombaient toutes Les perles de son collier.
Mais Sara la nonchalante
Est bien lente A finir ses doux ébats; Toujours elle se balance
En silence , Et va murmurant tout bas :
« Oh ! si j'étais capitane ,
» Ou sultane , « Je prendrais des bains ambrés , » Dans un bain de marbre jaune,
« Près d'un trône , 0 Entre deux griffons dorés !
« J'aurais le hamac de soie
» Qui se ploie » Sous le corps prêt à pâmer ; « J'aurais la molle ottomane
n Dont émane « Un parfum qui fait aimer.
n Je pourrais folâtrer nue ,
« Sous la nue , » Dans le ruisseau du jardin , » Sans craindre devoir dans l'ombre
» Du bois sombre 1) Deux yeux s'allumer soudain.
« 11 faudrait risquer sa tête
» Inquiète , « Et tout braver pour me voir , » Le sabre nu de l'heyduque ,
» Et l'eunuque » Aux dents blanches, au front noir !
» Puis , je pourrais, sans qu'on presse
» Ma paresse, » Laisser avec mes habits » Traîner sur les larges dalles
» Mes sandales « De drap brodé de rubis. »
Ainsi se parle en princesse ,
Et sans cesse Sa balance avec amour La jeune tille rieuse ,
Oublieuse Des promptes ailes du jour.
L'eau du pied de la baigneuse
Peu soigneuse Rejaillit sur le gazon, Sur sa chemise plissée ,
Balancée Aux branches d'un vert buisson.
Et cependant des campagnes Ses compagr.es
ORIENTALES
Prennent toutes le cliemui.
Voici leur troupe frivole
Qui s'envole En se tenant par la main.
Chacune , en clianfant comme elle ,
Passe et mêle Ce reproche à sa clianson ; — Oh ! la paresseuse fille
Qui s'habille Si tard un jour de moisson !
Juillet 182S.
orientale t)injgUrmr.