LETTRE DE M. DE TOLTAIRE. I
public que je n'ai jamais regardé ce titre comme une injure, et il n'est pas moins public que j'ai rendu des services assez importants à des personnes de cette communion. Mais ceux qui ont dit ou écrit que La Beaumelle était protestant et prédicant, ne se sont certainement pas trompés; et l'auteur de la lettre anonyme a menti quand il a écrit le contraire.
On trouve dans les registres de la compagnie des Hiinistres de Genève , que Laurent Anglevieux ' , dit La Beaumelle, natif du Languedoc, fut reçu propo* tant en théologie, le la octobre 174^9 sous le rectorat de M. Âmi de La Rive. II prêcha à l'hôpital et dans plusieurs églises pendant deux ans. Il fut précepteur du fils de M. Budé de Boisai. Il alla ensuite solliciter à Copenhague une place de professeur , et fut ensuite chassé de Copenhague. * .
Si cet homme s'était contenté de faire de mauvais sermons, je me dispenserais de répondre à la lettre anonyme, quoiqu'elle soit la quatre-vingt-quinzième que j'aie reçue : mais La Beaumelle est le même homme qui, ayant &lsifié l'histoire de Louis XIV ^ , la fit imprimer, avec des notes, à Francfort, chez Eslinger, en 176^. Il dit dans ces notes, en parlant de Louis XIV et de Louis XV , qu!un roi qui veut le bien est un être de raison. Il ose soupçonner Louis XIV d'avoir empoisonné le marquis de Louvois; il insulte la mémoire du maréchal de Villars, et de M. le marquis de La Vrillière, de M. le marquis de Torci, de M. de Chamillart. Il pousse la démence jusqu'à faire
' Le nom était Anglmel ; voyei tome XXXII, page 8r. B. * Voyeï tome XX , p. 477» 49?; XXXIX , $77 » "tMI, 485,659. B.
eutendre que le duc d'Orléans, régent, empoisonna la famille royale. Son infâme ouvrage, écrit du style d'un laquais insolent, se débita , grâce à Texcès même de cette insolence. C'est le sort passager de tous les libelles écrits contre les gouvernements et contre les citoyens; ils inondent et ils inonderont toujours l'Europe, tant qu'il y aura des fous sans éducation, sans fortune, et sans honneur, qui, sachant barbouiller quelques phrases, feront, pour avoir du pain, ce métier aussi facile qu'infâme.
Le prédicant La Beaumelle, qui osa retourner en France, ne fut puni que par quelques mois de Bicêtre'; mais son châtiment étant peu connu, et son crime étant public, mon devoir est de prévenir dans toutes les occasions les suites de ce crime, et de faire connaître aux Français et aux étrangers quel est l'homme qui a falsifié ainsi l'histoire du siècle de Louis XIV , et qui a tourné en un indigne libelle un monument si justement élevé à l'honneur de ma patrie.
Comme il a fait contre moi plusieurs autres libelles calomnieux, je dois demander quelle foi on doit ajouter à un homme qui, dans un autre libelle intitulé Mes pensées y a insulté les plus illustres magistrats du conseil de Berne, en les nommant par leur nom , et monseigneur le duc de Saxe-Gotha , à qui je suis très attaché depuis long-temps. J'atteste ce prince, et madame la duchesse de Saxe-Gotha, qu'il s'enfuit de leur ville capitale avec une servante, après
> Ce ne fut pas à Bicètre, mais à la Bastille que La Beaumelle fut enfermé; voyez tome XX, page 478- B.