‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 40 sur 47 · I.A NUIT · texte numérisé non relu

I.A NUIT

elles voient qu'une Jeune beauté les a cueillies et les a placées sur son sein.

O TOUS y mes amis, ensevelis maintenant dans un lâche sommeil ^ ah! que n*étesvous ici! Pour moi, si de loin j'avois vu briller à travers le feuillage la lumière qui vous éclaire ; si de loin j'avois entendu vos chansons, comme j'aurois volé dans vos bras! et enivré de joie, comme j'aurois mêlé ma voix aux refreins de vos airs !

Mais qu'est-ce que j'éprouve î quest-ce que j'entends? La gaieté, les jeux et les ris montent la colline : seroit-ce Bacchus , accompagné de son joyeux cortège ?

Mais non. Ah! quel transport de joie!

Cest vous que je vois , 6 mes amis ! vous montez la colline! Ça, couronnons -nous de bourgeons de vignes; asseyons-nous en

rond dans ce berceau Qui de nous

entonnera une chanson bachique? Je veux qu'elle retentisse à travers le bocage voisin; je veux que les antres d'alentour la disent aux antres lointains.

Le faune qui dort dans sa grotte l'en-

IçS LA NUIT.

tend et se réveille : étonné , il prête une oreille attentive; il se levé en sautant, répète notre chanson , et entame son outre de vin.

Phébnsy lorsqu'il s'avance dans son char d'or , de derrière cette montagne , nous trouve encore assemblés. Hélas! s'écrie-t-il alors, depuis que je suis Phébus, je n'ai jamais été si gai que ces mortels. Il dit , et amassant de tristes nuages , il fait pleuvoir pendant toute une journée.

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DU DÉLUGE

ijijA, les tours de marbre étoient ensevelies sous les flots j dé)a des yagues noires rouloient l^urs masses énormes sur les têtes des montagnes. Le front sourcilleux d'un rocher s'élevoit seul encgre du fond des eaux . Un tumulte affreux régnoit autour de ses flancs battus par les flots; les malbcureux qui, dans leur désespoir, cherchoient à gravir sa cime, poussoient des cris lamentables , pendant que la mort , •portée sur les ondes , pour^u^voit la plante de leurs pieds. Là , une portiçn de la jnontagne se détache , et se précipite avec i tout son «fardeau d'hommes géniîssans dans lès ik>ts mutinés : ici , des courans impétueux, formés par les pluies orageuses:, emportent le fils, qui. cherche yàineinent à sauver son père mourant , ou à traînejr pins haut sa. mère désolée, entourée; de

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ses autres enfans. Il ne restoit plus que le sommet supérieur qui s^élévoit encore du fond des abîmes. C*étoit sur ce sommet que Semin, jeune homme généreux, avoit sauvé Sémire sa bien aimée; deux tendres amans qui venoient de se jurer un amour éternel. Ils étoient seuls, les flote avoient englouti tout le reste-, ils étoient seuls au milieu de l'orage et des yents furieux. Les torrens de pluie se précipitoient sur eux, le tonnerre grondoit audessus de leurs tètes, une mer en furie mngissoit sous leurs pieds. D'affreuses té* nebres régnoient autour d'eux, à moins qu'ils ne vissent briller les éclairs au milieu de cette scène, d'horreur. Chaque nuage portoit la terreur sur son front oha* cur, et chaque flot, chargé de cadavres^ se rouloit à travers la tempête, et cherchoit de nouvelles destructions. Sémire pressa son amant contre son cœur palpitant; des larmes, mêlées avec les gouttes de la pluie, ruisseloient le long de ses joues pâles; elle dit avec des paroles entrecoupées : U n'est plus de salut pour

DU Béx.UOE. aoi

BOUS 9 6 mon bien aimé ! mon cher Semin!

Environnés de tous côtés par la mort affreuse ! .... O destruction ! 6 désolation!

Toujours elle s'avance de plus près y la mort! Laquelle de ces vagues, ah! laquelle sera celle qui nous ensevelira I Soutiens -moi y ah mon bien aimé! soutiens-moi dans tes bras tremblans. Bientôt ^ bientôt entraînés dans la destruction universelle , tu ne seras plus, je ne serai plus ! . • .Voici. . . ô Dieu! . . . Vois -tu ce flot? qu'il est terrible! Le voxs-tuàla lueur des éclairs % comme il s'avance !

Voici f ô Dieu ! ô Juge ! . . . Elle dit| et se pencha sur le sein de Semin.

Les bras défaillans de Semin Sjerrerent la jeune fille évanouie; ses lèvres tremblantes se turent : ih ne voyoit plus la destruction d'alentour^ il ne voit que son amante évanouie, penchée sur son sein; et à. cette vue, il ressent plus que les an-| goisses de la mort. Il baisa ses joues pâles ^ lavées par l'eau froide de la pluie ; et la pressant plus fortement contre son sein»

il dit : Sémire, ma chère Sémire,, ré-

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Yeille-toi. Ah ! reviens encore une £ois sur cette scène d'horreur. Que tes yeux se tournent encore une fois sur moi f que tes lèvres décolorées me disent encore une fois que tu m'aimes , que tu m'ai* meras jusqu'à la mort : encore une fois avant que nous soyons emportés par les ondes.

Il dit , et elle se réveilla t elle tourna sur lui un regard dans lequel étoient exprimées la tendresse k. plus vive et l'afr fliction la plus profonde. Jetant ensuite la vue sur la destruction , elle s'écria t O Dieu ! 6 Juge ! il n'est donc plus de salut , plus de miséricorde pour nous!

O comme les eaux se précipitent! comme le toiinerre gronde autour de nous ! Quelles terreurs manifestent la vengeance implacable de l'Étemel ! O Dieu ! nos années s'écouloient dans l'innocence. Toi , 4es

jeunes hommes le plus vertueux ^

Malheur, ah! malheur à moi! Ilsne sont plus ) ceux qui combloient ma vie de mille douceurs ! Et toi qui m'as donné la vie. . . . aspect cruel. . . . les iiots t\>nt

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emporté de mes côtés : tu as encore une fois leTé la tète et les mains ; tu youloîs me bénir y mais tu fus englouti. .. . Hélas!

ils ont tous péri, et cependant.. ... 6 Semin! Semin! le monde, solitaire, détruit , seroit pour moi un jardin de délices à tes côtés. Dieu ! les années de notre jeunesse s'écouloient dans l'innocence....

Hélas ! il n'est donc plus de salut , plus de miséricorde à espérer! . . . Mais, que dit mon cœur déchiré ? O Dieu ! pardonne :

nous mourons. Qu'est-ce que l'innocence de l'homme devant toi 1

Le jeune honune soutenoît son amante qui chanceloit aux assauts des autans, et il lui dit : Oui', ma bien aimée, tout être vivant a été détruit sur la terre; on n'entend plus gémir aucun mourant du milieu de cette destruction. O ma Sémire !

ma chère Sémire ! l'instant qui va venir sera notre dernier instant. Oui, elles sont tontes évanouies , les espérances de cette vie ! toutes les perspectives charmantes que nous voyions dans les heures déli^ cieusès de notre amour, elles sont toutes

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ëTanouies! Nous mourons , la mort s'élance vers nous; dëja elle touche nos pieds tremblans : mais n'attendons pas y comme le réprouvé, le destin général.

Nous mourons. Et.... Ah ma bien aimée !

que seroit notre vie la plus longue , la plus délicieuse ? Une goutte de rosée suspendue à un rocher , et que le soleil du matin fait couler dans la mer. Relevé ton courage. Une éternité de bonheur nous attend au-delà de cette vie. Ne tremblons pas maintenant que nous y passons. Emr brasse - moi , et attendons avec résignation notre destin. Bientôt , à ma Sémire ! bientôt nos âmes s'élanceront au-dessus de ces abîmes d'horreur : pénétrées du sentiment d'une félicité inexprimable ^ elles prendront Pessor. Grand Dieu ! c'est avec cette confiance que mon ame espère.

Oui, ma chère Sémire, élevons nos mains vers Dieu. Est-ce à des mortels à juger de sçs voies? Celui dont le soufle nous a animés, envoie la mort auj^i justes et aux injustes. I^ais heureux celui qui a narçh^ dans le sentier de la vertix! C^ |i'e9t,.plu9

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pour la yie que nous t'implorons, 6 Dieu juste! Enlevé -nc^us dans ton jugement; mais ranime la grande espérance de cette félicité inexprimable que la mort ne ■ sauroit plus troubler. Grondes , tonnerres ; soulevez -TOUS abimes; venez sur nous, ô ragues. Loué soit à jamais le Dieu juste !

Que ce soit là notre dernière pensée.

La joie et le courage reparurent sur le visage embelli de Sémire ; puis, élevant ses mains au milieu de Porage, elle dit : Oui, je suis remplie désormais de toutçs ces grandes espérances. Loue le Seigneur, 6 ma bouche ! versez des larmes de joie , mes yeux , jusqu^à ce que la mort vienne vous fermer. Un ciel plein de béatitude nous attend. Vous nous y avez précédés , 6 vous tous qui nous étiez si chers! Nous vous suivons, et bientôt nous vous reverrons. Ils entourent maintenant le trône du Très -Haut, les justes; Dieu, après son jugement, les a rassemblés devant sa face. Grondez, tonnerres; mugissez, abimes : vous êtes les cantiques de sa justice. Ensevelissez-nous, ô flots!...

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