II OH ACE
Et, si ce n'est assez do loulo l'Italie,
Que l'Orient contre clio à l'Occident s'allie,
Qiio cent peuples unis des bouts do l'univers
laissent pour la détruire et les monts et les mera.'
(^)uVlle-même sur soi renverse ses murailles,
Et de ses propies mains déeliire ses entrailles!
Que le courroux du ciel allumé par mes vœux
Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !
Puissé-je de mes yeux y \oir tomber ce foudre,
Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre.
Voir le dernier Romain à son dernier soupir.
Moi seule en être t use, et mourir de plaisir!
nORACE, mettaot l'épt'e à la main, et poursuivant sa sœur qw l'enMI.
C'est trop, ma patience à la raison fait place; Va dedans les enfers plaindre ton Curiace *.
CAMILLE, Jlessee, dernere le tbeàtra.
Ah, traître!
HORACE, revenant lur le théitre.
Ainsi reçoive un châtiment soudain Quiconque ose pleurer un ennemi romain !
* Cette scène a toujours paru aure et revoiiante. Anstote remartfue que la plut froide des catastrophes est celle dans laquelle on commet de sang-rroid une action atroce quon a voulu commettre. Addison, dans son Spectateur, dit que ce meurtre de Camille est d'autant plus révoltant, qu'il semble commis de sangl'roid, et qu'Horace, traversant tout le tliéàtre pour aller poignarder sa sœur, avait tout le temps de la réflexion. Le public éclairé ne peut jamais soulTrir un meurtre sur le théâtre, à moins qu'il ne soit absolument nécessaire, ou que le meurtrier n'ait les plus violents remords. (Voltaire.) — Voici le passage d'Adjison : « Je me souviens de la fameuse pièce de Corneille sur les Horacet et l*i Curiaces, où le jeune héros, tout Ger d'avoir vaincu ces derniers l'un aprè» Fautre, poignarde sa sœnr, qui, au lieu de le féliciter de sa victoire, lui reprochait d'avoir tué son amant. Si quelque chiise pouvait diminuer la noirceur d'une action si brutale, ce serait de l'avoir commise avant que les sentiments de la nature, la raison ou l'humanité, pussent agir ep lui et désarmer sa colère. Cependant, pour éviter l'effusion du sang aux yeux du public, lorsque sa rage est arrivée au comble, il est assez retenu pour suivre sa sœur et ne la poignarder que derrière le théâtre. J'avoue que s'il l'avait tuée devant tout le monde, l'action aurait été beaucoup plus indécente; mais telle qu'on la voit ici, elle parait fort opposée à la nature, et approche bien d'un assassinat commis de ian"-froid. Pour en dire mon avis, je crois qu'on aurait pu rapporter le fait, si on le jugeait convenable, mais qu'il ne fallait pas le représenter. > (Le Spectateur ou U Soerate modtme. traduit de l'anglais. Paris, 1754, in'13, t.I, p. 240.)