‹ uvres des deux CorneilleChapitre 118 sur 433 · SCÈNE Vît. — SAB'NE, HORACE, PROCULK · texte numérisé non relu

SCÈNE Vît. — SAB'NE, HORACE, PROCULK

SABINE

A quoi s'arrête ici ton illustre colère? Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père; Viens repaitre tes yeux duii spectacle si doux; Ou, si tu n'es point las de ces généreux coupa. Immole au cher pays des vertueux Horaces Ce reste uîalhcureux du sang des Cnriaces. Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur; Joins Sabine à Camille, et ta femme a ta sœur; Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères, Je soupire comme elh, et dcplore mes frères : Plus coupable en ce point contre tes dures lois, MuV'lle n'en pleuroil qu'un, et (|uc j'en pleure trois, 'Ju'après son châtiment ma faute continue.

IIURACE.

>iLfhe tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue, Rends-loi digne du nom de ma chaste moitié. Et ne m'accable point d'une indigne pitié. Si l'absolu pouvoir dune pudi(|ue llauune

«54 uoracl;.

Ne nous laisse à (oiis deux qu'un pcMiser et qu'une âme,

C'est à loi d'élever tes sent'unetifs ;uis miens,

Non à moi de descendre à la iionlc des tiens.

Je l'aime, et je connois la douleur (]ui (<■ presse;

Embrasse ma vertu pour vaincre ta foit)ksse,

l*ar(icipe à ma gloire au lieu de la souiller.

Fâche à l'en revêtir, non à m'en dépouifler.

E'j-tu de mon honneur si mortelle ennemie,

Que je te plaise mieux couvert d'une infamie?

Sois plus femme que sœur, et, te réglant sur moi,

Fais-toi de mon exemple une immuable loi.

SABINE

Cherche pour t'imiter des âmes dIus partaites. Je ne t'impute point les pênes qvie l'ai laites. J'en ai les sentiments que je dois en avoir. Et je m'en prends au sort plutôt qu'à ton devoir; Mais enfin je renonce à la vertu romaine *, Si, pour la posséder, je dois être inhumaine, Et ne puis voir on moi la femme du vainqueur Sans y voir des vaincus la déplorable sœur.

Prenons part en public aux victoires publiques, Pleurons dans la maison nos malheurs domesîiques, Et ne regardons point des biens communs à tous, Quand nous voyons des maux qui ne sont que pour nou^ Pourquoi veux-tu, cruel, agir d'une autre sorte? Laisse en entrant ici les lauriers à la porte, Mêle tes pleurs aux miens. Quoi! ces lâches discours N'arment poiiii ta vertu contre mes tristes jours? j Mon crime redoublé n'émeut point ta colère? Que Camille est heureuse! elle a pu te déplaire; Elle a reçu de toi ce qu'elle a prétendu. Et recouvre là-bas tout ce qu'elle a perdu. Cher époux, cher auteur du tourment qui me presse. Écoute la pitié, si ta colère cesse; Exerce l'une ou l'autre, après de tels malheurs, A punir ma foiblesse, ou finir mes douleurs : Je demande la mort pour grâce, ou pour supplicej Qu'elle soit un effet d'amour, ou de justice,

' C'est une répétition uc peu froide de» vers de Curiace : Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romais.M

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