‹ uvres des deux CorneilleChapitre 160 sur 433 · SCÈNE V. — EMILIE, FULVIE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — EMILIE, FULVIE

i'milie.

D'où me vient cette joie? et que mal-à-propos Mon esprit malgré moi goûte un entier repos ! César mande Cinna sans me doimer d'alarmes! Mon cœur est sans soupirs, mes yeux n'ont point <le larmes. Comme si j'apprenois d'un secret mouveim-nt Qui' tout doit succéder à mon conleiilement! Ai-jf bien entendu? me l'as-ln dit, Fulvie?

KULVIi;.

J'a^ois gagné sur lui qu'il aimeroit la vie.

Et je \uus l'amenois, plus t'ailable et plii^ doui.

222 CINNA

Faire un second effort coiitte votre courroux;

Je m'en applaïulissois, quand soudain Polyclète,

Des volontis d'Au;;usto ordinaire interprète,

Est venu l'aborder et sans suite et sans bruit,

Va de sa part sur l'heure au palais l'a conduit.

Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause ;

Chacun diversement soupçonne quehiue chose;

Tous présument qu*îl ait un grand sujet d'ennui,

Kl qu'il mande Cinna pour prendre avis de lui.

Mais ce qui m'embarrasse, et que je viens d'apprendre.

C'est que deux inconnus se sont saisis d'Evandre,

Qu'Euphorbe est arrêté sans qu'on sache pourquoi,

Que même de son maître on dit je ne sais quoi :

On lui veut imputer un désespoir funeste ;

On parle d'eaux, de Tibre, et l'on se tait du reste.

EMILIE

Que de sujets de craindre et de désespérer,

Sans que mon triste cœur en daigne murmurer!

A chaque occasion le ciel y fait descendre

Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre :

Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler ;

Et je suis insensible alors c^u'il faut trenrbler !

Je vous entends, grands dieux! vos bontés cpie j'ador»

Ne peuvent consentir que je me déshonore;

Et ne me permettant soupirs, sanglots, ni pleurs,

Souiienneiit ma vertu contre de tels malheurs :

Vous voulez que je meure avec ce grand courage

Qui m'a fait entreprendre un si fameux ou\rage;

Et je veux bien périr comme vous l'ordonnez,

Et dans la même assiette où vous me retenez

C liberté de liome! ô mânes de mon père!

J'ai fait de mon c()té tout ce que j'ai pu faire :

Contre votre tyran j'ai ligué ses amis,

Et plus osé pour aous qu'il ne m'étoit permis :

Si l'effet a manqué, ma gloire n'est pas moindre;

N'ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre,

Mais si fumante eiicor d'un généreux courroux,

Par un trépas si noble et si digne de vous.

Qu'il vous fera sur l'heure aisément reconnoître

Le sang des grands héros dont vous m'avez fait naître.

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