‹ uvres des deux CorneilleChapitre 169 sur 433 · SCÈNE III. — AUGUSTE, LIVIE, Cl.NNA. MAXIME, EMILIE, FULVIE · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — AUGUSTE, LIVIE, Cl.NNA. MAXIME, EMILIE, FULVIE

ABGLSTE.

Approche, seul ami, que j'éprouve fidèle.

MAXIME

Honorez moins, seigneur, une âme criminelle

ACCrSTE.

Ne parlons plus de crime après ton rcpeotir, Après que du péril lu m'as su garantir ; C'est à toi que je dois et le jour et l'empire

MAXIME

De tous vos ennemis connoissez mieux le pire : Si vous régnez encor, seigneur, si vous vivez, C'est ma jalouse lage à ({ui vous le devez.

Un vertueux remords n'a point touché mou àmej l'our perdre mon rival j'ai découvert sa Iraine; Euphorbe vous a feint que je in'élois noyé De crainte qu'après moi vous n'eussiez envoyé : Je voulois avoir lieu d'abuser Ei.iilie, Effrayer son esprit, la tirer d'Italie, Et pcusois la résoudre à cet enlèvement Sous l'espoir du retour poui venger son amant; Mais, au lieu de i;oùter ces grossières amorce», Sa vertu combattue a redoublé ses forces, Elle a In dans mon cœur; vous savez le surplut, Et je vous eu ferois des récils superflus. Vous Noyez le succès de mou lâche artifice : Si pourtant quelque grâce esl due à mou indice.

236 CINNA

Failcs périr Euphorbe au milieu des tourments *, Va souffrez que je meure aux yeux tlo ces .nmants. J'ai trahi mon ami, ma maîtresse, mon maître. M:i gloire, mon pays, par l'avis de ce traître; lA cioirai toutefois mon bonheur infini, Si je puis m'en punir après l'avoir puni.

AUGUSTE

I II est-ce assez, ô ciel! et le sort pour me nuire

A-l-il quelqu'un des iiiiens qu'il veuille encor séduire?

(Ju'il joif^ne à ses efforts le secours des enfers

Je suis maître de moi conmie de l'univers;

Je le suis, je veux Têtre. 0 siècles! ô mémoire,

Conservez à jamais ma dernière victoire;

Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux

De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous.

Soyons amis, Cinna, c'est moi qui l'en convie* : Comme à mon ennemi je t'ai donné la vie; Et, malgré la fureur de ton lâche dessein ', Je te la donne encor comme à mon assassin. Commençons un combat qui montre par l'issue

' On lisait dant les premières e'dilions :

A vos bontés, seigneur, j'en demanderai denx, Le supplice d'Eupborbe, et ma mort à leurs yens.

Dans Vin-fol. de 1663, Corneille changea ces deux vers comme on les tcH ici. Mais il parait qu'il ne fut pas satisfait de cette correction, car, dans l'tn-ia de 1682, par lui revu, et qu'après sa mort on réimprima en 1692, il revint à l'ancienne leçon, et, je crois, Gt bien. (Rcnouard.)

' Ce que dit Auguste est admirable; c'est là ce qui fit verser des larmes •u grand Condé, larmes qui n'appartiennent qu'à de belles âmes.

De toutes les tragédies de Corneille, celle-ci lit le plus grand effet à la cour, •t on peut lui appliquer ces vers du vieil Horace :

C'est aux rois, c'est aux grands, c'est aux esprits bien faits..

C'est d'eux seuls qu'on attend la véritable cloire.

Déplus on éta/. alors dans un temps ou les esprits, animés par les factio qui avaient agité le règne de Louis XIII, ou plutôt du cardinal de Richelieu étaient plus propres à recevoir les sentiments qui régnent dans cette pièce. Le premiers spectateurs furent ceux qui combattirent à la Marfcp, et qni firent 1 guerre de la Fronde. Il y a d'ailleurs dans cette pièce un vrai continuel, un développement de la constitution de l'empire romain qui plaît extièmemenl aux hommes d'État; et alors chacun voulait l'être.

J'observerai ici que dans toutes les tragédies grecques, faites pour un peuple •i amoureu'i de sa liberté, on ne trouve pas un trait qui regarde cette liberté; et que Corueille, né Français, en est rempli. (Voltaire.)

• On Ut destin dans toutes les éditions anciennes, jusques et compris l'in-U 4t 1692. copie de l'in-12 de 1682, revu par Corneille. (Benouard.)

actl V, sclm: m. 237

\^m l'aura nieiix d»' nous ou donuoe ou reçue. tu IraliU Mi(>s bienfaits, je les veux redoubler; Je l'eu ivois eonibli>, je l'en veux acciibler : Avec celle beaulé que je l'aNois donnée Re-ois le consuial pour la prochaine année.

Aime Cinna, ma fille, en cet illustre rang; Préféres-en la poiu'pre à celle de mon sang ; Apprends sur mon exemple à vaincre la colère : Te rendant un époux, je le rends plus qu'un père.

EMILIE

El je me rends, seigneur, à ces hautes bontés; Je recouvre la vue auprès de leurs clartés : Je conuois mon forfait qui me sembloil justice, Et, ce que n'avoil pu la terreur du supplice, Je sens naître en mon àrro nr. rrpu'ntir puissant; Et mon cœur en secret me dit qu'il y consent.

Le ciel a résolu votre grandeur suprême ; Et pour preuve, seigneur, je n'en veux que moi-mèm* : J'ose avec vanité me donner cet éclat.

Puisqu'il change mon ca>ur, qu'il veut changer l'état. .Ma haine va mourir, que j'ai crue immortelle ; Elle est morte, et ce cœur devient sujet fidèle, El prenant désormais cette haine en horreur, L'ardeur de vous servir succède à sa fureur.

'^c■igneu^, que vous dirai-je après que nos offenses Au lieu de châtiments trouvent des récompenses' U vertu sans exemple! ô clémence, qui rend Votre pouvoir plus juste, et mon crime plus graod!

i!c8se d'en retarder un oubli magnanime; Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime : Il nous a trahis tous; mais ce qu'il a commis Vous conserve innocents, et me rend mes amis.

(i Haxiine.)

Reprends auprès de moi ta place accoutumée; Rentre dans Ion crédit et dans ta renommée; Qu'Euphorbe de tous trois ait sa grâce à son tour;

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