‹ uvres des deux CorneilleChapitre 230 sur 433 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

ACIIILLAS.

Sire, PhoUii dit vrai; inai-^, quoiciuc do Pompée

Je voie et la roriune et la valiiir Iroinju't',

Je regar.le son sang coinnu- uii sang piécienx,

l>n'au inilii'u do Pliarsale ont respeclé les dieux.

Non qu'pii un coup d'élat je n'appiouvc le nime,

liais, s'il n'est mVossaire, il nVsl point l<'jT;ilinie :

El quel besoin iti d'une extrême rigueur?

* Qui n'est point au vaincu ne craint point le vainqueor.

Neutre jusqu'à présent, vous pouvez l'être encore;

Vous pouvez adorer César, si l'on l'adoie :

Mais, quoique vos encens le traitent d'iinuiorlcl,

Cette grande victime est trop pour son autel;

Et sa tête immolée au dieu de la victoire

Imprime à votre nom une tache trop noire :

Ne le pas secourir suffit sans l'opprimer.

En usant de la sorte ou ne vous peut blâmer.

Vous lui devez beaucoup; par lui Rome animée

A fait rendre le sceptre au feu roi Plolémée •

liais la reconnoissance et l'hospilalilé

Sur les âmes des rois n'ont qu un droit limité.

Quoi que doive un monarque, et dùl-il sa couronn«|

Il doit à ses sujets encor plus qu'à personne,

Et cesse de de\oir quand la dette est d'un rang

A ne point l'acquitter qu'aux dépens de leur sang.

S'il est juste d'ailleurs que tout se considère,

Que hasardoit Pompée en servant votre père?

Il se voulut par là faire voir tout-puissant,

Et vit croître sa gloire en le rétablissant.

Il le servit enfin, mais ce fut de la langue ;

La bourse de César fit plus que sa harangue :

Sans ses mille talents. Pompée et ses discours

Pour rentrer en Egypte étoient un froid secours.

Qu'il ne vante donc plus ses mérites frivoles,

Les eflels de (iésar valent bien ses paroles :

Et, si c'est un bienfait qu'il faut rendre aujourd'hui,

Comme il parla pour vous vous pailerez pour lui.

Ainsi vous le pou\ez et devez reconnoitre.

Le recevoir chez vous, c'est recevoir un maître,

Qui, tout vaincu qu'il est, bra\anl le nom de roi.

Dans vos propres états vous donucroit la loi.

SSS LA iMOUT Di: POMPEE.

Fernioz-luî donc vos ports, mais cparf;iirz sa tète. S'il le faut toulcfois, ma main csl toiilc prilt-; J'obéis a\oc joie, et je serois jaloux Qu'autre bras que le mien portât les premiers coups.

SF.PTIME.

Sire, je suis Romain, je connois l'un et l'autre. Pompée a besoin d'aide, il vient chercher la vôtre : Vous pouvez, comme maître absolu de son sort, Le servir, le chasser, le livrer vif ou morl. Des quatre le premier vous seroit trop funeste; Souffrez donc qu'en deux mots j'examine le reste.

Le chasser, c'est vous faire un puissant ennemi. Sans obliger par là le vainqueur qu'à demi, Puisque c'est lui laisser et sur mer et sur terre La suite d'une lonjuc et difficile guerre. Dont peut-ètie tous deux én;alcment lassés Se vengeroient sur vous de tous les maux passée. Le livrer à César n'est que la même chose : Il lui pardonnera, s'il faut qu'il en dispose, Et, s'armant à regret do générosilé, D'une fausse clémence il fera vanité; Heureux de l'asservir en lui donnant la vie, Et de plaire par là même à Rome asservie! Cependant que forcé d'épargner son rival, Aussi-bien que Pompée il vous voudra du mal. Il faut le délivrer du péril et du crime. Assurer sa puissance, et sauver son estime. Et du parti contraire en ce grand chef détruit. Prendre sur vous la honte, et lui laisser le fruit. C'est la mon sentiment, ce doit être le vôtre : Par là vous gagnez l'un, et ne craignez plus l'autre Mais suivant d'Achillas le conseil hasardeux, Vous n'en gagnez aucun, et les perdez tous deux.

PTOLÉMÉE

N'examinons donc plus la justice des causes. Et cédons au torrent qui roule toutes choses. Je passe au plus de voix, et de mon sentiment Je veux bien avoir part à ce grand changement. Assez et trop long-temps l'arrogance de Rome A cru qu'être Romain c'étoit être plus qu'homme. Abattons sa superbe avec sa liberté:

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