‹ uvres des deux CorneilleChapitre 258 sur 433 · CI-EOPITIIE · texte numérisé non relu

CI-EOPITIIE

Je ne viens pas ici pour troubler une plainte

Trop juste à la douleur dont vous êtes atteinte;

Je viens pour rendre hommage aux cendres d'un héros

Qu'un tîdèle affranchi vient d'arracher aux llols,

Four le plaindre avec vous, -et vous jurer, madame,

Que j'aurois conservé ce maître de votre âme,

Si le ciel, qui vous traite avec trop de rigueur,

M'en eût donné la force aussi-bien que le cœur.

Si pourtant, à l'aspect de ce qu'il vous renvoie.

Vos douleurs laissoient place à quelque peu de joie;

Si la vengeance avoit de quoi vous soulagi'r.

Je vous dirois aussi qu'on vient de vous venger,

Que le traître Photin.... Vous le savez peut-être?

CORNÉLIE

Oui, princesse, je sais qu'on a puni ce traître.

CtlioPATRE.

Un si prompt châtiment vous doit être bien doux.

CORNÉLIE

S'il a quelque douceur, elle u est que pour vous.

CLÉOPATRK.

Tous les coeurs trouvent doux le succès qu'ils espèrent.

COIlNÉLIi:.

Comme nos mtéréts, nos sentiments diffèrent.

Si César à sa mort joint celle d'.^cliillas.

Vous êtes salislaitc, et je ne la suis pas.

Aux màne<i de Pompée n tant une autre offrande;

La viclimi- <st trop basse, et t injure trop giaude; I

Et ce n'est pas un sang i|ue pour la réparer

Son ombre et nia douleur daiguu considérer :

L'ardeur de le venger, dans mon âme allumée.

En altendanl César, demande Ptolémce, Tout indigne qu'il est de vivre et do régner, Je sais bien que César se force à l'épargnor; Mais quoi que son amour ait osé vous promettre. Le ciel, plus juste enfin, n'osera le permettre; Et, s'il peut une fois écouter touls mes vœux. Par la main l'un de l'autre ils périront tous deuXi Mon âme à ce bonheur, si le ciel me l'envoie, Oublîra ses douleurs pour s'ouvrir à la joie; Mais si ce grand souhait demande trop pour moi. Si vous n'en perdez qu'un, ô ciel, perdez le roi.

CLÉOPATRE

Le ciel sur dos souhaits ne règle pas les choiet.

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