CI-EOPITIIE
Je ne viens pas ici pour troubler une plainte
Trop juste à la douleur dont vous êtes atteinte;
Je viens pour rendre hommage aux cendres d'un héros
Qu'un tîdèle affranchi vient d'arracher aux llols,
Four le plaindre avec vous, -et vous jurer, madame,
Que j'aurois conservé ce maître de votre âme,
Si le ciel, qui vous traite avec trop de rigueur,
M'en eût donné la force aussi-bien que le cœur.
Si pourtant, à l'aspect de ce qu'il vous renvoie.
Vos douleurs laissoient place à quelque peu de joie;
Si la vengeance avoit de quoi vous soulagi'r.
Je vous dirois aussi qu'on vient de vous venger,
Que le traître Photin.... Vous le savez peut-être?
CORNÉLIE
Oui, princesse, je sais qu'on a puni ce traître.
CtlioPATRE.
Un si prompt châtiment vous doit être bien doux.
CORNÉLIE
S'il a quelque douceur, elle u est que pour vous.
CLÉOPATRK.
Tous les coeurs trouvent doux le succès qu'ils espèrent.
COIlNÉLIi:.
Comme nos mtéréts, nos sentiments diffèrent.
Si César à sa mort joint celle d'.^cliillas.
Vous êtes salislaitc, et je ne la suis pas.
Aux màne<i de Pompée n tant une autre offrande;
La viclimi- <st trop basse, et t injure trop giaude; I
Et ce n'est pas un sang i|ue pour la réparer
Son ombre et nia douleur daiguu considérer :
L'ardeur de le venger, dans mon âme allumée.
En altendanl César, demande Ptolémce, Tout indigne qu'il est de vivre et do régner, Je sais bien que César se force à l'épargnor; Mais quoi que son amour ait osé vous promettre. Le ciel, plus juste enfin, n'osera le permettre; Et, s'il peut une fois écouter touls mes vœux. Par la main l'un de l'autre ils périront tous deuXi Mon âme à ce bonheur, si le ciel me l'envoie, Oublîra ses douleurs pour s'ouvrir à la joie; Mais si ce grand souhait demande trop pour moi. Si vous n'en perdez qu'un, ô ciel, perdez le roi.
CLÉOPATRE
Le ciel sur dos souhaits ne règle pas les choiet.