‹ uvres des deux CorneilleChapitre 297 sur 433 · CI.ITON, bas, U Dorante · texte numérisé non relu

CI.ITON, bas, U Dorante

Cest elle; et je me rends, monsieur, à coite foi*.

DOriANTE, à clarice.

Oui, c'est moi qui voudrois effacer de ma vie Les jours que j'ai vécu sans vous avoir servie. Que vivre sans vous voir est un sort rigoureux; C'est ou ne vivre point, ou vivre inallieurcux; Cest une longue mort; et, pour moi, je loiifcK:: Que pour vivre il faut être esclave de lanièce.

CLARICE, bas, à Lucrrce.

Chère amie, il en conte à chacune à son tour

LCCRi:CF,, bas, .i Clarice.

U aime a promener sa fourbe et son amour.

DORANTE.'

A vos commamlcmcnts j'apporte doue ma vie, Trop heureux si pour vous (lie m'étoit ruviu! Disposez-en, madame, et me dites eu quoi Vous avez résolu de vous servir d* moi.

450 Ll-: MKM'KUIl.

CXAIUf.F.

Je VOUS voulois laitôl proposer quelque chose j Mais il n'est plus besoin que je vous la propose. Car elle est impossible.

DORAINTE.

Impossible ! ah ! pour vous Je pourrai tout, madame, eu tous lieux, contre tous.

CLAUICE.

Jusqu'à vous marier quand je sais que vous l'êtes.

DORANTE

Moi, marié! ce sont pièces qu'on vous a fartes; Quiconque vous l'a dit s'est voulu divertif.

CLARICr, bas, à Lucrèce.

Est-il un plus grand fourbe?

LUCRÈ:CE, bas, à Clarice.

11 ne sait que mentir.

DOUANTE.

Je ne le fus jamais ; et si, par cette voie, On pense...

CLARICE

Et vous pensez encor que je vous craie ?

DOUANTE.

Que le foudre à vos yeux m'écrase si je mens!

CLAUICE.

Un menteur est toujours prodigue de serments.

DORANTE

Non, si vous avez eu pour moi quelque pensé© Qui sur ce faux rapport puisse être balancée. Cessez d'être en balance, et de vous défier De ce qu'il m'est aisé de vous justifier.

CLARICE, à Lucrèce.

On diroit qu'il dit vrai, tant son effronterie Avec naïveté pousse une menterie.

Diluante.

! our vous ôter de doute, â^.Téez que demain I 11 qualité d'époux je vous donne la main.

CLARICE

Hé! vous la donneriez en un jour à deux mille.

''ertes, vous m'allez mettre en crédit par la ville, ais en crédit si grand, que j'en crains les jaloux»

ACTK III. SCflNE V. 43<

ri.Miir.t.

Cwt tout co que inérilo mi Immiiu' (ol que vous. On hommo qui se dit un piaiiil foutln» de pucrre. Et u'eu a vu qu'à coups (iVcriloire ou ilo \orie; Qui viut liiiu de Poitiers, el i-oule, à son retour, Qae depuis une auucc il fait ici sa cour; Qui donne toute nuit festin, musique, et dause, Bien qu'il l'ait dans son lit passée en tout silence; Qui se dit inari»^, puis soudain s'en dédit. Sa méthode est jolie à se mettre en crédit! Vous-même appienez-moi comme il faut qu'on le nomme

CLITON, bat, a Dorante.

Si VOUS ▼OU» en tirez, je vous tieus habile homme.

nOBANTE, bas, a Clilon.

Ne fépouvante point, tout vient eu sa saison.

(à Clarice.)

De ces inventions chacune a sa raison ; Sur toutes quelque jour je vous rendrai contente: Mais à présent je passe à la plus imporlante. J'ai donc feiut cet hymen (pourquoi désavouer Ce qui vous forcera vous-même à me louer?) Je l'ai feint, et ma feinte à vos mépris m'expose. Mais si de ces détours vous seule étiez la cause?

CLARICE

Moi?

DORANTE

Voof. Ëcoutei-moi. Ne pouvant consentir..»,

CLITON, bat, i Doraou.

De grftoe, dites-moi si vous allez mentir.

DORANTE, bat, à Clitoo.

Ahl je ^arracherai celte langue importuofe.

(i Clanc)-.)

Donc comme à vous servir j'attache ma fortune. L'amour que j'ai pour vous ne pouvant consentir Qu'un père à d'autres lois voulût m'assujollir...,

CLAItlCC, bai, i Lucrèce

U fait pièce nouvelle, écoutons.

DOUANTE.

Cette adresse A conservé mon éme à la belle Lucrèce ; tt, par «e mariage au besoin iaveuié.

J'ai su rompre celui qu'on la'avoil apprêté. Blâimz-inoi de lombcr cmi des fautes si lourdes, A|>pc«l('z-nioi grand fourbe, et grand donneur de bourdes' Mais louez-moi du moins d'ainjer si puissamment, f'I joignez à ces noms celui de votre amant. Jf fais par cet hymen banqueroute à tous autres; J'i'vilo tous leurs fers pour mourir dans les vôtres; iJ, libre pour entrer en des liens si doux, ■i>' me fais marié pour toute autre que vous.

CLARICE

Votre flamme en naissant a trop de violence, ri me laisse toujours en juste défiance. Le moyen que mes yeux eussent de tels appas l'our qui m'a si peu vue et ne me connoît pas?

h' ne vous connois pas ! vous n'avez plus de mère;

l'i liandre est le nom de monsieur votre père;

I! rst homme de robe, adroit, et retenu;

Dix mille écus de rente en font le revenu.'

\;.iis perdîtes un frère aux guerres d'Italie;

Vi/ijs aviez une sœur qui s'appeloit Julie.

Vous connois-je à présent? dites encor que non»

CLIRICE, bas, à Lucrèce.

G.usine, il te connoît, et t'en veut tout de boa.

LOCRÈCE) M elle>mènie.

i'IiltàDieu!

CLARICE, bai, à Lncr^e.

Découvrons le fond de l'artitloe.

(à Dorante.)

J'avois voulu tanlôl vous parler de Qarice, t^kielqu'un de vos amis m'en est venu prier. Diles-moi, seriez-vous pour elle à marier?

DORANTE

Par cette question n'éprou\iz plus ma flamme

Je vous ai trop fait voir jusqu'au fond de mon ktoê.

Et vous ne pouvez plus désormais ignorer

Que j'ai feint cet hymen afin de m'en parer.

Je n'ai ni feux ni vœux que pour votre service,

■ Cette expreicioD viect de l'anciec not bourdeUrt bérdeUr, qui signifiait • véjouir, [Vohate.'i

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