‹ uvres des deux CorneilleChapitre 403 sur 433 · CLI-OPATIIE · texte numérisé non relu

CLI-OPATIIE

Couuois-moi tout eotTie ^.

Qnand je mis Rodoguue eu tes mains prisouuière.

Ce ne fut ni pitié, ni respect de son rang,

Qui m'arréla le bras, et conserva son sang.

La mort d'AntitH-lius me laissoit sans armée.

Et d'une trou|*e en hâte à me suivre animée,

Beaucoup dans ma vi Ui^eance ayant fini leurs j.iur*

Mexposoient à son frère, et foible et sans secuuis.

Je me voyoïs peidwe à moins d'un tel otage :

II vint, et sa fureur craignit pour ce clier gage,

Il m'imposa «les lois, exigea des serments,

Et moi, j'accordai tout pour obtenir du temps.

Le temps est un ti'ésur plus grand qu On ne pi ni crcnra I

l'en obtins, et je crus obtenir la victoire.

l'ai pu reprendre baleine; et, sous de faux ap;>iéta....

Mais voici mes deux fils que j'ai mandés exprés.

Écoute, et lu verras quel est cet hymcnée

Où se doit termiuer celte illustre journée.

ÔCE-NK m. — CLÉOPATRE, ANTlOCaUS, SÉLEUCUt, LAOMCE.

U.ÉOP.\TKt.

Mes enfants, prenez place. Eufiu voici le jour, Si doux à mes souhaits, si clier à mou amour, Où je puis voir brdier sur une de vos tètes Ce que j'ai cousi'i\e |)arini tant de lenï|M'le8, Et NOUS renu-tlre nu bien, après Laut de maibe^in, (jui m'a (oùtc poni \otis tant de soins et de pleurg^ il |M-ut NOUS S4iu\enir (|uelle8 fureut mes larmcf Uuaud Tryphon me doima de si rude« alarmes,

Quo. pour ne vous pas voir exposes a ses coups,

U fallut r.ie résoudre à me priver de vous.

Quelles peines depuis, grands dieux, n'ai-je soufferte»!

Qiacjur j nir redoubla mes douleurs et mes pertes.

Je vis votre royaume entre ces murs réduit;

Je cius mort votre père ; et sur un si faux bruit

Le ])euple mutiné voulut avoir un maître.

J'eus beau le nommer lâcbe, ingrat, parjure, traître^ ^

II fallut satisfaire à son brutal désir,

Kt, de peur qu'il n'en prît, il m'en fallut choisir.

Four vous sauver l'état que u'eussé-je pu faire!

Je choisis un époux avec des yeux de mère,

Votre oncle Antiochus, et j'espérai qu'en lui

Votre trône tombant trouveroit un appui :

Biais à peine son bras en relève la chute,

Que par lui de nouveau le sort me persécute 'j

Maître de votre étal par sa valeur sauvé,

Il s'obstine à remplir ce trône relevé :

Qui lui parle de tous attire sa menace.

Il n'a défait Tryphon que pour prendre sa piiee;

Et de dépositaire et de libérateur

Il s'érige en tyran et lâche usurpateur.

Sa main l'en a puni : pardonnons à son ombre;

Aussi-bien en un seul voici des maux sans nombre.

Nicanor votre père, et mon premier époux...,

Mais pourquoi lui donner encor des noms si dout.

Puisque, l'ayant cru mort, il sembla ne revivre

Que pour s'en dépouilbr afin de nous poursuivre?

Passons; je ne me puis souvenir, sans trembler.

Du coup dont j'empêchai qu'il nous pût accabler :

Je ne sais s'il est digne ou d'horreur ou d'estime.

S'il plut aux dieux ou non, s'il fut justice ou crime;

Mais, soit crime ou justice, il est certain, mes fils.

Que mcn amour pour vous fit tout ce que je fis :

Ni celui des grandeur»} ni celui de la vie,

* On De relève f«int nne chute ; od relève un trône tombe. Le reste do i\f Murs de Cléopâtre «st tres-arli6cieux, et plein de grandeur. Il semble que Racine l'ait pni en quelque chose pour modèle du grand discours d'Agrippine i Réron : mait la iitaation de Cléopâtre est bien plus frappante que celle d'Agrip- |iB«, l'iBtéHI Mt bMMOop plut graod, et la scène bien autrement intéressant*.

(ToUaire.]

ACTK 11, scnNn m.

Ne J€ta dans mon «œur ooltc avciiclo fiirio. J'élois las-i' (l'un liùiic où d'éternels inallicnrs lie conihloiiMil chaciui' jonr de nouvilios donlenrs. Ma vie est presque usée, el ce reste innlile I hez mon frère avec vous Irouvoil un sûr asile : Mais voir, après douze ans el de soins el de riiaux. Un |W're vous ôUr le fruil de mes lra\auxl Mais voir »olre eouroinie après lui deslinée Aui enfanls qui nailroient d'un second hyniénée! A celle indignilé je ne connus plus rieu ; Je me crus loul permis pour garder voire bien. Kecoez donc, mes fils, de la main d'une mère, l]ii Irone raclielé par K' malheur d'un père. Je crus qu'il fil lui-même un crime eu vous l'ôlant; lit si j'en ai fail un en vous le raclidant, liaigne du juste ciel la bonté souveraine, Vous en laissant le fruil, m'en réserver la peine, Ne lancer que sur moi les foudres mérités, iit u'épandrc sur vous que des prospérités t ANTIOCIICS.

Jnsques ici, madame, aucun ne met en doute

'.es longs el grands travaux que noire amour ' vous coàtej

Ll nous croyons tenir des soins de cet amour

Ce doux espoir du trône aussi-bien que le jour;

Le recil nous en charme, et nous lait mieux compren<lre

yui Iles grâces lous deux nous \ons en devons rendre :

Mais, afin qu'à jamais nous les puissions bénir,

Kpargiiez le ilernier à noire souvenir;

Ce sont fataliUs dont râmo embarrassée

A plus qu'ille ne veut se voit souvent fercée.

Sui les noin s couleurs d'un si triste tableau

il faut passer ri'|M)nge, ou tirer le rideau :

Un fils est criminel <|uand il les examire;

Kl, quelque suite enfin que le ciel y destine, «

J'en rejcllr l'idre, el ciois qu'en ces malheurs

Le silence ou l'oubli nous sied mieux (|u<> les pleurs.

Nous attendons le sceptre avec même espérance :

Mais si nous l'altendons, c'est sans impatience;

Njus pouvons sans régner vivre lous deux niiileuls,

MiMrt umunr, t^*t\-à-àir«, l'anaar q«« vo>ii no' |.'jrw

C'est le fruit d« vos soins, jouisscz-oii long-temps: Il lombera sur nous quand vous en serez lasse; Nous le receM'oiis lors de bien meilleure grâce; Et laecepter si loi semble nous reprocher IV n'être revenus que pour vous l'arracher.

SÉLEUCUS

J'ajouterai, madame, à ce qu'a dit mon frère Qno, bien qu'avec plaisir et l'un et l'autre espère. L'ambition n'est pas notre plus grand désir. Régnez, nous le verrons tous deux avec plaisir; Et c'est bien la raison que pour tant de puissance Nous vous rendions du moins un peu dohéissanco. Et que celui de nous dont le ciel a fait choix Sous votre illustre exemple apprenne l'art des roi».

• CLÉOPATRE

Dites tout, mes enfants : vous fuyez la couronne. Non que son trop d'éclat ou son poids vous étoans L'iinique fondement de cette aversion, C'est la honte altdchée à sa possession. Elle passe à vos yeux pour la même infamie. S'il faut la partager avec notre ennemie, ,Et qu'un indigne hymen la fasse retomber Sur celle qui venoil pour vous la dérober.

0 nobles sentiments d'une âme généreuse! 0 fils vraiment mes fils! ô mère trop heureuMr! Le sort de \i>lre père enfin est éclairci : II étoit innocent, et je puis l'être aussi ; 11 vous aini? loujours, et ne fut mauvais père Que charme par la sœur, ou forcé pai' le frère; Et dans cette embuscade, où sou effort fut vain, Rodogiivne, mes fils, le tua par ma main. Ainsi de cet amour la fatale puissance* Vous coûte votre père, à moi, mon innocence; Va si m% ma m pour vous n'avoit tout altentéj i\'effet de cet amour vous auroit tout coulé. Ainsi vous me rendrez l'innocence et leslime, Lorsque voii'* punirez la cause de mon crime. ÎL' celte même mani qui vous a tout sauve

■ De cet ami'ur «e «e rapporte à nen ; eU« enttn^ ^'«niour qii« fficaacr «tW tu pour Roilo«u«# » (Voltaire,;

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