‹ uvres des deux CorneilleChapitre 41 sur 433 · SCÈNE I. - D. RODRIGUE, ELVIRE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. - D. RODRIGUE, ELVIRE

ELYIRE.

Rodrigue, qu'as-lu fait? oîi vieus-lu, misérable?

D. RODRIGUE

Suivre le triste cours de mon sort déplorable.

ELVIRE

Où prends-tu cette audace et ce nouvel orgueil De paroitre en des lieux que tu remplis de deuil? Quoi! \icns-lu jusqu'ici braver l'ombre du comte' Ne l'as-tu pas tué?

D. ItODRIGCE.

Sa vie éloil ma honte; Mon honneur de ma main a voulu cet effort.

ELVIRE

Mais chercher ton asile eu la maison du mort! Jamais un meurtrier en fil-il son refuge?

D. RODRIGLE.

Et je n'y viens aussi que m'offrir à mon juge.

Ne me regarde plus d'un visage (tonné;

Je cherche le trépas après l'aNoir donné. .

Mon juge est mon amour, mon juge est ma Chimèa*

Je mérite la mort de mériter sa haine,

54 LE Cil).

Et j'en viens recevoir comme un bien souverain Et l'arrêt de sa bouche, et le coup de sa main.

ELVIRE

Puis plutôt de ses yeux, fuis de sa violence; A ses premiers transports dérobe ta présence. Va, ne t'expose point aux premiers mouvement» Que poussera l'ardeur de ses ressentiments.

D. RODRIGUE

Non, non, ce cher objet à qui j'ai pu déplaire Ne peut pour mon supplice avoir trop de colère; Et j'évite cent morts qui me vont accabler i, Si pour mourir plus tôt je la puis redoubler.

ELVIRE

Chimène est au palais, de pleurs toute baignée.

Et n'en reviendra point que bien accompagnée.

Rodrigue, fuis, de grâce, ôle-moi de souci.

Que ne dira-t-on point si l'on te voit ici?

Veux-tu qu'un médisant, pour comble à sa misère,

L'accuse d"y souffrir l'assassin de son père?

Elle va revenir, elle vient, je la voi :

Du moins, pour son honneur, Rodrigue, cache-toi.

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