‹ uvres des deux CorneilleChapitre 432 sur 433 · EXAMEN DE RODOGUNE · texte numérisé non relu

EXAMEN DE RODOGUNE

Le sHJot de cette tragédie est tiré d'Appian Alexandrin, dont ▼oi( i les paroles, sur la fin du lÏM'e qu'il a fait dos Guerres de S'irie : « Uémétrius, surnommé Nioanor , entreprit la guerre » ronlre lesParthes, et vécut quelque temps prisonnier dans la » lour (le leur roi Phraates, dont il épousa la sœur, nommée » Kodopuce. Cependant Diodotus, domestique des rois précém (lents, s'empara du trône de Syrie, et y fit asseoir un Alexan- » dre, encore enfant, fils d'Alexandre le bàlaid et d'une fille de » Ptolémée. Ayant gouverné quelque temps comme tuteur sous

• le nom de ce pupille, il s'en délit, et prit lui-même la cou- » i(.nne sous un nouveau nom de Tryphon qu'il se donna. An- » tiochus, frère du roi prisonnier, ayant appris sa eaptivité à » Htiodes et les troubles qui l'avoient suivie, revint dans la Syrie, » où, ayant défait Tryphon, il le fit mourir. De là, il porta ses » armes contre Phraates, et, vaincu dans une bataille, il se tua » lui-même. Démétrius, retour ten son royaume, fut tué par » sa femme Gléopàtre, qui las are^sa ues embùclies sur le che- » min, eu naïuc ;*« cette K'»7.offune qu'il avoit épousée, dont elle p avoit conçu une telle ïndignaiion, quelle avoit épousé ce » iMÔme Antiochus, frère de son mari. Elle avoit deux fils de » Démétrius, dont elle tua Séleucus, l'aîné, d'un coup de Ilèche, » sitôt qu'il eut pris le :*iadème après la mort de son père, soit » qu'elle craignît qu'il ne 1& Noulùt venger sur elle, soit que la

• même fureur l'emportât à ce nouveau parricide. Antiochus » son frère lui succéda, et contraignit cette mère dénaturée de » prendre le poison qu'elle lui avoit préparé. »

Justin, en son trente-sixième, trente-huitième et trente-neu- ▼ième livre, raconte cette histoire plus au long, avec quelques autres circonstances. Le premier des Macliabées, et Josèphe, au treizième des Antiquités }udaîque$, en disent aussi quelque chose qui ne s'accorde pas tout-à-fait avec Appian. C'est à lui que jje me suis attaché pour la narration que j'ai mise au premier acte, et pour l'effet du cinquième, que j'ai adouci du côté d'Antiochus. J'en ai dit la raison ailleurs. Le. reste sont des épisodes d'invention, qui ne sont pas incompatibles avec l'histoire, puisqu'elle ne dit point ce que devint Uocloguue après la mort de Démétrius, qui vrai.semblablement l'anienoit en Syrie prendre possession de sa courcaue. J'^ fait i.'orlcr à la pièce le uuui de

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eettr priniN «M- pi lot que celui de Cléop/llri\ q n j • n ni mome osé nommer (l,iii<i int^s vorf. de pour ijunn m- roiirmiilil totle reine de Syrie nver relie fameuse princesse iri't.'\plr qui piirloit \i même nom, et que l'idée de celle-ri, lienueiinp plu.» < oiunie que r.uilre, ne scniàl une dangereuse préoirnpalinu pnrmi let auditeurs.

On m'a souvent fnit une question à la cour, quel éloit celui àê me* poèmes i|ue j'eslimois le plus; el j'ai trouve Ions ceux qui me l'out faite si prévenus en faveur île Cinna ou du f'id, que je n'ai jamais osé deelarer toute la tendresse <|iie j'ai toujours eue pour celui-ci, à qui j'aiirois volontiers donné mon snlFraire, si je navois craint de manquer, en quelque sorte, au ri'spect (juc je devois à ceux que je voyois pcncliçr d'un autre côté. Celle préférence est peut-être en moi un edet de ces inclinations aveueles qu'ont beaucoup de pères pour quelques nii< de leurs enfants plus que pour les antres; peut-être y enlre-t-il un peu d'amour-propre, en ce que cette tragédie me semlile être un peu plus à moi que celles qui l'ont précédée, à rau-^e des incidents surprenants qui sont purement de mon in\eiilion, et n'a- Toiunt jamai> élé vus au théâtre ; et peut-être tiiliu y a-t-il un peu lie vrai mérite qui fait que cette inclination n'est pas toutà-fait injuste. Je veux bien laisser chacun eu liberté de ses sen- (iments; mais certainement on peut dire que mes autres pièce» •nt peu d'avantij^es qui ne se rencontrent en celle-ci : elle a tout ensemble la beauté du sujet, la nouveauté des fictions. la force des vers, la facilité de l'expression, la soliilité du raisonnement, la chaleur des passions, les tendresses de l'amour et de l'amitié; et cet heureux assemblage est ménagé île sorte, qu'elle s'élève d'acte en acte. Le second passe le premier, le troisième est au-dessus du second, el le dernier l'emporte sur tous Ie« autres. L'action y est une, grande, comp!èle; sa durée ne va point, ou fort peu, au-delà de celle de la représentation. Le jour en est le plus illustre qu'où puisse imafriuer, et l'unilé de lieu s'y renronlre en la manière (pie je rexpli(|ue dans le troi- »èmc de mes discours, et avec l'indulgence que j'ai demandée pour le théâtre.

Ce n'est pas que je me flatte assez ^ur présumer qu'elle soil sans i.iches. On a fait tant d'objections contre la narration de I^unice au premier acte, qu'il est malaise de ne donner pas let ^iiains à queli)ues-une8. Je ne la tiens pas toutefois si inutile qu'on l'a (lit. Il est hors de doute que Cléopâire, dans le second, ft-roit connoitre beaucoup de choses par sa conlideiice avec celte Laonicc, et parle re^il qu'elle en fait à ses deux lils, pour leur remettre devaiil le» yeux combien ils lui ont iloblivation; mai* ce» deux scène» demeureioieiil assez obscures, m eellf narratiiia M Ici a^ui' préc«uleci; et du uiuiiis les ju.ttet deliauces de E»>

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doî^iine à la fin du premier acto, et la peiiUiire que Cléopàtre fait (rellc-mèiiic dans son monologue qui ouvre le second, n'auroient pu se faire entendre sans ce secours.

J'avoue qu'elle est sans artifice, et qu'on la fait de fanj^-froid i un personnage protalique, qui se pourroit toute fois justifier par les deux exemples de Tcrence que j'ai cités sur ce sujet au premier discours. Tima;^'cne, qui l'écoute, n'est introduit que pour l'écouter, bien (|ue je l'emploie au cinquième à faire celle de la mort de Sélcucus, qui se poiivoit faire par un autrel 11 l'écoute sans y avoir aucun intérêt notable, et par simple curio- »ité d'apprendre ce qu'il pouvoit avoir su déjà en la cour d'Éfypte, oii il étoit en assez lionne posture, étant g^ouvcrueur des neveux du roi, pour entendre des nouvelles assurées de tout ce qui se passoit dans la Syrie, qui en est voisine. D'ailleurs, ce qui ne peut recevoir d'excuse, c'est que, comme il y avoit déjà quelque temps qu'il étoit de retour avec les princes, il n'y a pas d'apparence qu'il ait attendu ce grand jour de cérémonie pour s'informer de sa sœur comme se sont passés tous ces troubles, qu'il dit ne savoir que confusément. Pollux, dans Médée, n'est qu'un personnage protatique qui écoute sans intérêt comme lui; mais sa surprise de voir Jason à Corinthe, oii il vient d'arriver, et son séjour en Asie, que la mer en sépare, lui donne juste sujet (l'ignorer ce qu'il en apprend. La narration ne laisse pas de demeurer froide comme celle-ci, parce qu'il ne s'est encore rien passé dans la pièce qui excite la curiosité de l'auditeur, ni qui lui puisse donner quelque émotion en l'écoutant; mais si TOUS voulez réfléchir sur celle de Curiace dans Horace, vous troa- ▼erez qu'elle fait un tout autre eflet. Camille, qui l'écoute, a intérêt, comme lui, à savoir comment s'est faite une paix dont dépend leur mariage ; et l'auditeur, que Sabine et elle n'ont entretenu que de leurs malheurs et des appréhensions d'une bataille qui se va donner entre deux partis, où elles voient leurs frères dans l'un, et leur amour dans l'autre, n'a pas moins d'avidité qu'elle d'apprendre comuient une paix si surprenante s'est pu conclure.

Ces défauts dans cette narration confirment ce que j'ai dit ailleurs, que, lorsque la tragédie a son fondement sur des guerres entre deux états, ou sur d'autres affaires publiques, il est très malaisé d'introduire un acteur qui les ignore, et qui puisse recevoir le récit qui en doit instruire les spectateurs en parlant à lui.

J'ai déguisé quelque chose de la vérité historique en celui-ci : Cléopâtre n'épousa Antiochus qu'en haine de ce que son mari avoit épousé Rodogune chez les Parthes; et je fais qu'elle ne l'épouse que par la nécessité de ses affaires, sur un faux bruit de la nio-t de Démétrius, tant J?our ne la faire pas niécbuitA

EXAMEN DE RODOGUNE. Glî

Mnt nécessité, comme Monélas dans VOrestt d'Enripi»le, que pour âToir lieu «le feiiiilrc que Dométrius n'avoit pas i-ntore é|)nnsé Ro(l<>:.'iinc, et vcnoit l'épouser dans son royaume pour la mieux établir en la place de l'autre, par le consenteim nt de ses peuples, it assurer la couronne aux enfants qui iinitroicnt de ce marioj:i'. Cette fiction m'étoit absvilument nécessaire, atin qu'il fût lue u\ant que de l'avoir épousée, et que lanitMir que ses deux fils ont pour elle ne fit point d'horreur aux spettattur», qui n'auroient pas manqué d'en prendre une assez forte, s'ils lei eussent vus amoureux lie la teuve de leur père; tant cette affection incestueuse ropufrne à nos mœurs!

Cléopàtre a lieu d'attendre ce jour-là à faire confidence à Laonke de ses desseins et des véritables raisons de tout ce qu'elle a fait. Elle eut pu traliir son secret aux princes ou à Roiloirune, »i elle l'eût su plutôt; et cette ambitieuse mère ne lui en fail part qu'au moment qu'elle veut bien qu'il éclate, par la cruelle proposition qu'elle va faire à ses fils. On a trouvé celle que Rodopine leur fait à sou tour, indigne d'une personne vertueuse, comme je la peins; mais on n'a pas considéré qu'elle ne la f.iit pas, comme Cléopàtre, avec espoir de la voir exécuter par ks princes, mais seulement pour s'exempter d'en choi-ir aucun, et les attacher tous deux à sa protection par une espérance égale. Elle étoit avertie par Laonice de celle que la reine leur avoit faite, et devoit prévoir que, si elle se fîit déclarée pour .\ntii> ehus qu'elle aimoiC. son euuemie, qui avoit seule le secret de leur naissance, n'cùî pas manque de nommer Séleucus poi:r l'ainé, afin de les commettre l'un contre l'autre, et d'excit r une guerre civile qui eût pu causer sa perle. Ainsi elle devoil s'exempter de choisir, pour les contenir tons deux dans l'éf^a- Uté de prétention, et elle n'en avoit point de meilleur moyen que de rappeler le souvenir de ce quelle devoit à la mémoire, de leur père, qui avoit perdu la vie pour elle, et leur faire celle proposition qu'elle savoit bien qu'ils n'acccptcroient pas. Si U fraité de paix l'avoit forcée à se départir de ce juste sentiment 4e rcconnoissance, la liberté qu'ils lui rcndoienl la rejetoit dans cette oblidr '''O'i- ïl i^'o'* ''f son devoir de venger cette mort ; mais il étoit de celui des princes de ne se pas charger de cette vengeance. Elle avoue elle-même à Antiochus qu'elle Icshaïroit, rlls lui avoicnt obéi; que, comme elle a fait ce qu'elle a dû par cette demande, ils font ce qu'ils doivent par leur refus ; ^'clle aime trop la vertu pour vouloir être le prix d'un crim'c, et que la justice qu'elle demande de la mort de leur père scroil an parricide, si elle la recevoit de leurs mains.

Je dirai plus : quand cette proposition seroit (uut-à-fii( cou- Jami able en «a bourbe, i Ile mériteroit qnolqui' grâce, et |>oui féclat ''ne !i nouveauté de riavenlioa a fait au théâtre, et puuj

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