‹ uvres diverses de m. RogerChapitre 126 sur 235 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ARMAND, seul.

Oui, cette cause est sûre, et le droit est constant.

Voilà mon plaidoyer fini ; j'en suis content.

Il me tarde de voir quel effet il va faire !

Je ne plaidai jamais plus importante affaire.

D'un intérêt plus grand et plus universel.

Sept heures !... c'est bientôt le moment solennel..

O lois, dont en ce jour j'invoque la prudence,

De la société seconde providence ,

Vous faire triompher est un emploi flaltour,

5oo L'AVOCAT,

Un privilège auguste , et j'en sens tout l'honneur!

(Il se lève.)

Pourquoi faut-il souvent que cet honneur insigne

Coûte tant à celui qui veut s'en rendre digne!

Avant d'avoir appris contre qui je plaidais ,

Du choix qu'on fît de moi je me félicitais...

Mais , juste ciel ! plaider contre celle que j'aime ,

La perdre!... à mon devoir c'est m'immoler moi-même!

Que faire? était-il temps encor de refuser?

A d'indignes soupçons pouvais-je m'exposer?

Et, sans manquer aux lois que mon état m'impose,

Si près du jugement, abandonner la cause?

Abandonner Duclos! moi, son ancien ami!

Moi qu'il ne sut jamais obliger à demi!

Bloi qui me dois à tous , et qui ne puis sans crime

Refuser mon secours au faible qu'on opprime.

Ni voir une injustice et la voir de sang-froid !

Moi , protecteur public de quiconque a bon droit !

Malheur à l'Avocat de qui l'ame vulgaire

Ne sent pas tout le prix d'un si beau ministère'

Qu'en ce jour mon devoir soit ou non rigoureux.

Est-il quelque vertu qui rende malheureux ?

Non; quoi qu'à ma raison ma passion oppose ,

N'écoutons que l'honneur , soyons tout à ma cause.

(II relourne à son bureau.)

Chère Cécile! au moins, si tu pouvais savoir

Ce qu'il va m'en coûter pour remplir mon devoir!...

Tu ne le sauras pas... tu ne liras pas même

Ces vers. . . eh! oui, ces vers... (car à mon trouble extrême

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