ACTE I, SCÈNE II. 3o
ARMAND
Cécile gagnerait son procès?
DUCLOS
Je réponds Qu'on la reconnaîtra pour fille de mon frère, Et qu'on l'instituera sou unique héritière. N'a-t-elle pas pour elle un premier jugement ? Inique!... Mais, enfin, j'en appelle en tremblant.
^ ARMAND
Le premier tribunal n'a-t-il pu se méprendre?
DUCLOS
Eh ! mon Dieu ! le second saura-t-il mieux m'entendre ?
ARMAND
Oui, les temps sont changés et les juges aussi.
DUCLOS
Soit; et puis vous plaidez pour moi cette fois-ci. Mais...
( Il se lève et Armand aussi.)
ARMAND
Eh bien! voyons donc ce qui vous épouvante.
La déclaration de la mère expirante.
ARMAND
Bon!
DUCLOS
L'on croit volontiers les gens qui vont mourir^ Et ce n'est guère là le moment de mentir. Elle a menti pourtant; j'en jure sur mon ame ! A mon frère jamais je ne connus de femme j
3o4 L'AVOCAT,
Et , quoique ensemble au Cap nous n'ayons pas vécu , S'il s'y fût marié, certes je l'aurais su.
ARMAND
Il VOUS écrivait?
DUCLOS
Non ; certain motif fort sage. ..
Mais enfin montre-t-on l'acte de mariage? On n'en a point trouvé.
ARMAND
Quand il existerait, Vous imaginez- vous que cela suffirait ? De deux époux, ici, qu'importe l'alliance, Si l'enfant ne produit son acte de naissance ? Or (et c'est là le point) cet acte existe-t-il? Non. On nous parle en vain d'incendie et d'exil ; Ce n'est aux yeux des lois qu'un moyen illusoire : Les registres publics , voilà ce qu'il faut croire. Qui vous alarme enfin? Serait-ce le talent De monsieur Robertot , ce procureur normand , Tuteur , oncle , et de plus avocat de Cécile ?
Le coquin! n'a-t-il pas répandu dans la ville , Que Cécile ressemble à mon pauvre Duclos? Sur sa seule parole il va trouver des sots Tout prêts à l'attester.
ARMAND
Eh bien !
DUCLOS
C'est une histoire ;