SCÈNE VI. ti
O ma sœur ! heureux ceux qui goûtent, comme nous, La douceur d'être unis par une amitié pure , Qui resserrent les nœuds formés par la nature; Qui trouvent leurs plaisirs en écoutant sa voix , Et s'aiment par devoir, moins encor que par choix !
JULIE
Ah ! que vous dites vrai ! le bonheur de la vie , Je le sens, c'est d'avoir une sœur pour amie.
CONSTANCE
Puisses-tu, ma Julie, ainsi penser toujours! Tu n'es à peine encor qu'au printemps de les jours, Ton cœur n'a point parlé; mais tu sais déjà plaire : D*un bonheur idéal l'image mensongère , Peut-être... ah! de l'amour redoute le poison, Julie ; avant ton cœur consulte ta raison , Rappelle-toi toujours...
JULIE
Je ne puis rien comprendre, Ma sœur , à ce danger dont il faut me défendre ; Et que m'importe à moi si l'amour fait du mal ?
f étourdiment.)
Est-ce donc de l'amour que je sens pour Florval?
CONSTANCE
Je ne sais, mais enfin...
JULIE
Je l'ignore de même , Et tout ce que j'en sais, ma sœur, c'est que je l'aime, Et qu'en le chérissant, mon cœur, loin de souffrir, S'abandonne sans crainte à son plus doux plaisir.
Mais êtes-Yous aimée?
JULIE
Eh! par reconnaissance, Ne doit-on pas aimer qui nous aime? Je pense Que rien n'est plus juste.
CONSTANCE
Oui , mais rien n'est moins fréquent.
JULIE
Vous m'effrayez , ma sœur!
CONSTANCE
Je vous dis vrai.
JULIE
Comment ?
CONSTANCE
On vient, ma sœur, sortons.
JULIE
Pourquoi ? c'est lui , je gage ; Restons.