ACTE ï, SCENE IV. 5i
DUCLOS
Je ne sais... mais je n'ose...
N'avez-vous donc enfin jamais perdu de cause?
ARMAND
Rarement ; sur ce point je ne suis pas léger ,
Et je juge une affaire avant de m'en charger.
La vôtre est juste, oui, juste, et doit même être utile.
Aussi, quelque intérêt que m'inspire Cécile,
Contre elle jusqu'au bout je soutiendrai vos droits,
Fondés sur Téquité , la raison et les lois...
Et quelles lois , monsieur? les lois les plus sacrées ,
Transmises d'âge en âge et toujours révérées,
Celles qu'il nous importe à tous de maintenir.
Si j'y portais atteinte, il faudrait m'en punir.
Non; de l'ordre public garants sûrs et fidèles.
Ces lois ne souffrent point qu'on transige avec elles ;
Et tant qu'à mes conseils enfin vous vous fierez ,
Non, monsieur, non jamais vous ne transigerez.
Certainement! Combien votre zèle m'enflamme!
Ce n'était qu'une épreuve , et j'en rougis dans l'ame.
Moi, transiger! jamais je n'en eus le dessein.
Je l'avouerai pourtant, inquiet, incertain,
Hier j'ai consenti que Robertot lui-même
Vînt ce matin....
ARMAND
Eh bien ! il s'en ira de même , Et vous allez m'aidcr à le congédier.
5i4 L'AVOCAT,
DUCLOS
Non pas, chargez-vous-en; j'ose vous en prier; Moi , je vais éclaircir un point qui m'inquiète, Et m'assurer , malgré leur équité parfaite , Si nos juges, aux vœux de maître Robertot, N'ont pas prêté l'oreille un peu plus qu'il ne faut.
(Il sort.)