ACTE II, SCENE IV
CÉCILE, à Marie.
Prétends-tu que monsieur s'arrête malgré lui ? Depuis assez long-temps n'a-t-il pas fait connaître Quels sentiments en lui ma présence fait naître? N'a-t-il pas assez mis de soin à m'éviter? Monsieur a ses raisons, et je dois l'imiter.
(Elle va pour sortir.) ARMAND.
Ah! restez!... Mais à quoi nous sert cette entrevue ?
CÉCILE
Oui, vous dites trop vrai; lorsque vous m'aurez vue, Mon malheur pour cela sera-t-il moins certain? N'importe.. . . Eh bien ! monsieur^ vous plaidez ce matin ? Etes-vous préparé?... ma perte est-elle sûre?
ARMAND
Ah ! ne redoublez pas le tourment que j'endure; Laissez-moi mon courage, hélas! j'en ai besoin. J'aurais été plus fort, vous combattant de loin ! Si vous pouviez savoir tout l'effort qu'il m'en coûte!... Mais un devoir sacré. .. mais mon état...
Sans doute , Un état qui vous fait oublier l'amitié , Qui vous rend insensible et sourd à la pitié ! Où, pourvu que l'on brille , on ne s'informe guère Et des pleurs que l'on cause et des maux qu'on peut faire!
ARMAND
S'il me faisait paraître insensible à vos yeux, Mon état, qui m'est cher, me serait odieux.
MARIE
Est-il possible?... Eh liicn ! (car, moi, je le confesse, Monsieur , vous êtes bon sans que cela paraisse ,) Des deux côtés ensemble oublions le passé; Tenez , ne plaidez pas , et tout est effacé.
ARMAND
Demandez-moi plutôt ma fortune et ma vie; Vous exigeriez moins, je vous le certifie; Et puissé-je à ce prix vous satisfaire tous 1
CÉCILE
Il est tant d'avocats! faut-il que ce soit vous !
ARMAND
Oui, mon devoir le veut; je ne suis plus mon maître. J'avais promis enfin avant de vous connaître.
MARIE
Mais vous la connaissez à présent , et je croi...
J'ai promis; je ne sais point manquer à ma foi. Si je rompais pour vous le serment qui m'enchaîne. Je perdrais à la fois votre estime et la mienne.
CÉCILE
Mais êtes-vous bien sûr des droits de ce client Pour qui vous témoignez un intérêt si grand?
ARMAND
Sans doute: eh! sans cela croit-on que je plaidasse? Et contre vous encore?... Ah! faites-moi la grâce De croire qu'il faut bien que .ses droits soient certains, Pour que j'immole...