ACTE I, SCÈNE IV. .'|M
Au surplus, c'est la première de nos conditions; rien de conclu si le duc vous déplaît. Mais sûrement il vous plaira; il faut qu'il vous plaise. Pourquoi ne vous plairait-il pas?... Eh bien! de quoi riez- vous donc?
ÉLISKA
«Ma chère fille, je veux ton bonheur; mais je le veux «à ma manière: choisis pour époux qui tu voudras, « pourvu que ce soit le duc de Kalitz; en un mot, je te « laisse entièrement libre , à condition que tu n'auras « pas d'autres volontés que les miennes. » Convenez-en, mon père, n'est-ce pas à peu près ce que vous voulez dire?
Point du tout, point du tout... Est-ce que par hasard vous aimeriez le chevalier Ramire?
ÉLISKA
Celui-là, du moins, nous l'avons vu et nous pouvons le juger.
Quoi ! mademoiselle !
ÉLISKA
Rassurez- vous , mon père: ne puis-je le trouver aimable sans l'aimer? A dire vrai pourtant, il devrait vous convenir mieux que le duc.
Et comment cela, s'il vous plaît?
ÉLISKA
Le duc n'est-il pas un homme de cour;' Ne lailes-
vous pas profession de ti'ainier ni la cour, ni ceux qui la fréquentent?
Oh! il y en a qui sont aimables.
ÉLISKA
Il est plus sûr, dans vos principes, de préférer ceux qui n'y vont pas; et, par exemple, monsieur Ramire, simple chevalier, sans crédit, sans place, vraisemblablement sans fortune, devrait être un gendre précieux pour un philosophe comme vous.
Je suis philosophe, certainement; mais tu sens bien que la fille de Sigismond Lowinski ne peut épouser qu'un grand seigneur.
ÉLISKA
Un grand seigneur! Ah! mon père, mon père, si votre élève en philosophie osait vous rappeler vos propres leçons...
Mes leçons! mes leçons!... Il ne s'agit pas de cela, il s'agit de ton bonheur.
ÉLISKA
Pardon, il s'agit aussi de l'honneur de mon maître. N'allez pas devenir moins philosophe que moi ; en vérité, vous ne le seriez pas assez.
LE COMTE, riant in. Igré lui.
Allons, allons, mademoiselle, rentrez dans votre
appartement, et laissez-moi songer aux moyens
(avec afftciion.) Va, mon enfant, sois tranquille : je l'aime;