‹ uvres diverses de m. RogerChapitre 205 sur 235 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

HENRY

LE DUC, lui donnant la lellre.

HENRY , après avoir lu.

Ciel ! SOUS un nom supposé , sous le vôtre , le prince vient chez mon père! Voudrait-il vous enlever ma sœur, la séduire? Si je pouvais le croire, j'irais de ce pas...

LE DUC

Doucement! de la prudence.

HENRY

De la prudence! quand il y va de l'honneur!

LE DUC

Écoutez-moi , mon ami : je suis aussi délicat que vous sur l'honneur, et celui de votre famille doit me toucher particulièrement, puisque je ne viens ici que pour m'allier à elle ; mais je ne partage pas tout-à-fait vos craintes. Si notre jeune roi s'est déguisé quelquefois comme vous, comme moi, comme tous les seigneurs d'une cour voluptueuse et galante, pour quelques amourettes passagères, il a le cœur trop noble, et votre famille est trop respectée, pour qu'il ne soit pas venu ici dans des intentions plus sérieuses. Ainsi, tout cela me paraît beaucoup moins fâcheux pour vous que pour moi; pour moi qui, d'après le portrait de votre charmante sœur et tout ce qu'on m'a dit de ses qualités, suis déjà presqu(î amoureux d'elle; pour moi, enûn, qui dois l'épouser si je puis parvenir à lui plaire. Que j'ai lieu de craindre d'avoir été prévenu! Le

prince est bien aimable. Ce qu'il y a de plus piquant, c'est qu'il aura plu sous mon nom , et que ce sera peutêtre en croyant m'aimer que la belle Eliska aura eu la bonté d'en aimer un autre,

HENRY

Oh! que non! D'ailleurs, aussitôt que j'aurai dit à ma sœur...

LE DUC

Mon ami, il faut être juste; le roi est encore un meilleur parti que moi. Ne croyez pas cependant que je la lui cède sans résistance ; tant qu'il me restera quelque espérance de plaire à votre sœur, j'oserai la lui disputer.

HENRY

Comptez aussi, mon cher duc, que, dans ce cas, nous vous préférerons même au roi. Mais à quoi pensez-vous donc?

LE DUC

Je pense que, puisque mon nom est pris, je ne sais plus celui que je dois prendre ici.

HENRY

Attendez... il me vient une idée... cela pourtant mérite réflexion. Eh! mais... pourquoi pas? Le nom que vous portez, le rang que vous avez à la cour, la jeunesse du roi, la familiarité qu'il accorde à ses courtisans, quelques aventures qui vous ont été communes , ma famille compromise aujourd'hui par lui , tout nous yutorisc...

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