BORNEZ I
Qu'avez-vous à répondre à cela ?
SELMOURS, confus.
Oh! rien.. Mais cet aveu dut beaucoup vous surprendre?
i52 LA DLPE DE SOI-MÊME,
BONÉZI.
Me surprendre! qui? moi ! Peut-on me rien apprendre? Je savais tout avant ma fille.
SELMOURS.
Je le crois :
J'ai parlé ce matin pour la première fois ; Jusqu'au dernier moment j'ai souffert sans me plaindre, Et suis surpris que vous...
BONÉZI.
Bah ! vous aviez beau feindre, Quand tout vous décelait, vos yeux, votre air, vos soins. Je n'en disais rien, mais je n'en pensais pas moins.
SELMOURS.
Eh quoi ! vous me parlez sans humeur, sans colère ! Mon amour...
BONÉZI.
Je le crois pur, honnête, sincère; Pourquoi le blâmerai-je? Autrefois, comme vous, N'ai-je donc pas aimé? N'aimons-nous donc pas tous? A la jeunesse, enfin, il faut bien faire grâce; Jadis, c'était mon tour, et vous prenez ma place: Rien de plus naturel.
SELMOURS.
Oh! que j'ai de regret De ne vous avoir pas plus tôt dit mon secret?
C'est un tort; vous avez manqué de confiance.
SELMOURS.
ilélas ! je n'osais pas.