ACTE III, SCÈNE I
Quand un aveu charmant, me rendant mon espoir, M'ota de m'éloigner l'envie et le pouvoir. Qu'ai-je donc fait depuis pour perdre votre estime? L'erreur de votre père est-elle donc mon crime ? Loin de l'avoir fait naître, en ai-je profité? Pour le désabuser que n'ai-je pas tenté ! Ah ! j'ai plaidé sa cause aux dépens de la mienne... Mais puisqu'enfîn j'ai pu m'attirer votre haine, Adieu...
CAMILLA, le rappelant, puisa Justine.
Cruel!... Justine!... Ah! ne me quittez pas.
JUSTINE
Et comment à présent vous tirer d'embarras? Dites; que répondra Selmours à votre père?
DUBOIS
Si vous étiez unis, au moins de sa colère
On se consolerait; mais point, et nous aurons
Les chagrins de ceci sans consolations.
JUSTINE
Oui, ne nous flattons pas; dès demain, ce soir même, Bonézi peut savoir...
SELMOUBS.
Eh bien! c'est de moi-même Qu'il doit apprendre tout.
CAMILLA
Ciel!
JUSTINE
Songez- vous?
i84 LA DUPE DE SOI-MÊME,
SELMOURS.
Je vais Lui dire qu'il. s'abuse et que je le trompais. Peut-être cet aveu le touchera.
JUSTINE
Folie! Il verra, d'un seul coup, sa vengeance trahie, Ses droits, son amour-propre et soruhonneur blesses, Et sa fille séduite, et ses vœux traverses. Vous perdez Camilla par cette confidence.
SELMOURS.
Ne la perdé-je pas en gardant le silence ?
DUEOIS.
Oui, vous avez raison, et j'en dois convenir.
(basa Justine.)
Nous prêcherions en vain; feignons d'y consentir.
JUSTINE
ïu veux?...
DUBOIS
Avouons tout; oui, tout, sans plus attendre... Mais un pareil aveu ne va pas peu surprendre Le père de madame... Il faudrait finement L'y préparer du moins, lui faire doucement Avaler la pilule...
SELMOURS.
Eh bien?
DUBOIS
Qu'on s'en rapporte A moi... Voulez-vous?