PARTIE II, CHAP. V
la crotte , aujourd'hui elle nous éclabousse. Non , par ma foi , cela ne sera pas tant que j'aurai mes cinq ou six sens. Vous êtes le maître d'aller vous faire prince , duc , seigneur , ce qu'il vous plaira ; moi je reste à la maison avec ma fille Sanchette. Une honnêtetfemme a toujours la jambe cassée ; les jours de travail sont ses jours de fêtes : elle se promène en filant. Allez , allez , mon mari , avec votre monsieur don Quichotte, qui s'appelle don on ne sait trop pourquoi. Quand vous aurez un gouvernement , je vous enverrai votre fils pour que vous lui appreniez à gouverner, parce qu'il est juste que les garçons prennent l'état de leur père ; mais d'ici là ne me rompez plus la tête , et laissez-nous en repos Sanchette et moi , à la garde du bon Dieu , qui aura bien soin de nous.
A la bonne heure ! répondit Sancho , voilà un arrangement raisonnable. Tu m'enverras mon fils pour que je l'élève selon son rang ; et moi je t'enverrai de l'argent pour que tu établisses Sanchette. Vois si cela te convient. C'est parler, reprit l'hérèse ; et je ne vais pas à rencontre que tu m'envoies beaucoup d'argent. La paix fut alors rétablie dans ie ménage . et les deux époux s'embrassèrent.